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Dr Massamba Diop explique le retard de développement du Covid-19 en Afrique

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Samedi, 26 septembre 2020

Dr Massamba Diop explique le retard de développement du Covid-19 en Afrique

Confrontés depuis longtemps à d'autres types de coronavirus, les Africains auraient développé une forme d'immunité qui les a protégés de la Covid-19 ?

C’est la thèse du président de SOS Médecins Sénégal, le Dr Massamba Sassoum Diop , et au vu du bilan sanitaire après 7 mois de pandémie sur le continent, on est tenté de le croire.

Le chercheur sénégalais se base sur les statistiques de son organisation et sur celles de l’Institut Pasteur selon lesquelles, plus de 70% des virus détectés lors des dernières épidémies locales de grippe sont des Coronavirus. « Finalement, nous avons 2 grandes périodes où circulent du Coronavirus en Afrique », affirme-t-il.

Le Coronavirus a fait bien moins de victimes en Afrique qu’ailleurs dans le monde. Alors que des mesures adéquates de confinement n’ont pu être prises à temps ni maintenues longtemps, et que la disponibilité du matériel et des infrastructures de lutte contre la maladie est réduite, cette dernière y a causé environ 35 000 décès, selon l'Africa CDC (Centre de prévention et de contrôle des maladies de l'Union africaine).

L'OMS s'interroge

Les mesures de confinement strictes ont été adoptées très tôt dans la plupart des pays d’Afrique. Et cela a certainement aidé à garder le nombre de cas très bas.  Mais il y a d’autres raisons pour expliquer la particularité africaine. Et même si les données cliniques et sociologiques sont encore parcellaires, les chercheurs estiment que la situation en Afrique s’explique par une combinaison de multiples facteurs.

Immunité croisée

Une première explication viendrait de l’âge de la population, selon le Dr Matshidiso Moeti, directrice de l'OMS en Afrique. Les scientifiques ont en effet montré que les personnes âgées étaient plus à risque de contracter le Covid-19. « Dans la plupart des pays d’Afrique, environ 3% de la population a plus de 65 ans. Il y a des pays qui ont un taux de mortalité plus élevé en Afrique. L’Algérie, par exemple, où l'on voit que près de 10% de la population a plus de 65 ans. Donc, on pense que l’âge fait une différence. Et il y a d’autres facteurs : la mobilité internationale, la capacité à se déplacer à l’intérieur des pays, les réseaux routiers, le nombre de voiture par habitant. Tout cela joue sur la capacité de diffusion du virus dans les pays. »

La température ou même la manière de vivre pourraient également jouer. Matshidiso Moeti estime ainsi que le fait que les seniors vivent dans la maison familiale en Afrique et non pas réunis au sein de maisons de retraite, a pu éviter des foyers de contagion. La professeure Francisca Mutapi, infectiologue à l’université d'Édimbourg, avance aussi d’autres pistes de recherche. « Le virus se transmet peu en extérieur. Et l’Afrique a une part importante de population rurale qui passe du temps en extérieur. Nous venons aussi de commencer une grande étude sur l’immunité croisée au Zimbabwe pour savoir si l’exposition à six autres coronavirus protège la population au SARS-CoV-2. »

Données africaines pour l'Afrique

Des études préliminaires montrent aussi, par exemple, que 80% des cas de Covid-19 en Afrique sont asymptomatiques, contre 40% à 50% en Europe, selon l’OMS. Et pour le professeur d’épidémiologie Mark Woolhouse, à la tête d'un programme de collecte de données dans neuf pays du continent, il est important de mieux comprendre ces particularités africaines : « L’Afrique a sa propre épidémie. J’ai beaucoup travaillé sur l’épidémie au Royaume-Uni et en Europe. Ces épidémies sont différentes. Elles n’ont pas les mêmes caractéristiques. Donc, je pense qu’on va apprendre beaucoup de choses de ces données africaines destinées à l’Afrique. »

Avec RFI et l'Agence Ecofin