
APRNEWS: Mali – l’imam Dicko lance une coalition clandestine pour “résister” à la transition militaire
Une nouvelle coalition d’opposition non violente et clandestine, la Coalition des forces pour la République (CFR), a été lancée ce vendredi 5 décembre au Mali, sous la direction de l’influent imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut Conseil islamique du Mali (HCIM).
Une coalition née dans la clandestinité
Dans un communiqué transmis à plusieurs médias maliens et internationaux, la CFR affirme se constituer en “devoir national” pour s’opposer à la prolongation de la transition militaire, en place depuis le coup d’État d’août 2020. La coalition se fixe comme priorités :
Le retour à l’ordre constitutionnel et la tenue d’élections libres et crédibles.
Le rétablissement des libertés fondamentales, limitées depuis l’instauration de l’état d’urgence et les restrictions aux libertés publiques.
La préparation d’un dialogue national inclusif intégrant les groupes armés maliens, y compris les factions jihadistes et indépendantistes, pour une paix durable.
La CFR se présente comme une structure non violente, privilégiant la mobilisation citoyenne, la diplomatie discrète et la pression morale sur les autorités.
Dicko, figure pivot de l’opposition
L’imam Mahmoud Dicko, connu pour son rôle clé dans les mobilisations ayant conduit à la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, opère un retour remarqué sur le devant de la scène politique. Après s’être distancié de la junte en 2021, il avait maintenu un profil bas, tout en critiquant régulièrement la gestion de la transition et l’alliance stratégique avec le groupe Wagner.
Selon des sources journalistiques de Jeune Afrique et de RFI, Dicko aurait organisé plusieurs rencontces discrètes ces derniers mois avec d’anciens responsables politiques, des leaders communautaires et des membres influents de la diaspora malienne pour constituer cette coalition. Parmi les personnalités évoquées figurent d’anciens ministres, des syndicalistes et des militants des droits humains, dont certains ont requis l’anonymat pour des raisons de sécurité.
Un contexte politique et sécuritaire explosif
La création de la CFR intervient dans un contexte de tensions accrues entre la junte et les partis politiques, après l’annonce d’un report potentiel des élections prévues initialement pour février 2024. Les autorités de transition invoquent des défis sécuritaires et techniques, un argument rejeté par une partie de l’opposition et de la société civile.
Parallèlement, la situation sécuritaire reste extrêmement fragile, avec une recrudescence des attaques jihadistes au centre et au nord du pays, et des tensions persistantes entre le Mali et la communauté internationale, notamment après le départ de la MINUSMA.
Réactions et perspectives
Pour l’instant, les autorités de transition n’ont pas officiellement réagi à l’annonce de la CFR. Toutefois, des sources proches du CNT interrogées par l’Agence France-Presse (AFP) qualifient cette initiative de “manœuvre politique illégitime” et rappellent que toute action “séditieuse” sera réprimée.
Des observateurs, comme le chercheur Malick Sarr cité par BBC Afrique, estiment que la CFR pourrait cristalliser un mécontentement populaire grandissant face à la dégradation des conditions de vie et aux restrictions politiques. Reste à savoir si cette coalition parviendra à mobiliser au-delà des cercles urbains et à peser sur l’agenda de la transition.
La légitimité religieuse et morale de Dicko constitue à la fois un atout et un risque : si elle peut rassembler, elle expose aussi la coalition à des accusations d’instrumentalisation du religieux dans le débat politique.
