
APRNEWS: Madagascar – Andry Rajoelina officiellement déchu de sa nationalité malgache
Le gouvernement malgache a révoqué la nationalité malgache de l'ancien président Andry Rajoelina suite à sa naturalisation française en 2014, conformément à la loi malgache. Cette décision historique intervient après la chute du régime de Rajoelina et marque une rupture politique significative. Rajoelina n'a pas encore réagi à cette décision, mais son double statut national a déjà suscité des controverses sur sa légitimité présidentielle. Cette destitution soulève des questions juridiques et diplomatiques, laissant planer des incertitudes quant à l'avenir politique du pays sous la junte militaire actuelle.
Un décret historique publié à Antananarivo
Le gouvernement malgache a officiellement retiré, le vendredi 24 octobre 2025, la nationalité malgache à l’ancien président Andry Rajoelina. La décision a été entérinée par un décret signé par le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo et publiée au Journal officiel, conformément à l’article 42 de l’ordonnance n°60-064 du 22 juillet 1960, qui stipule que « perd la nationalité malgache, le Malgache majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère ».
Ce décret, inédit dans l’histoire contemporaine du pays, intervient à la suite de la révélation de la naturalisation française de Rajoelina en 2014, information rendue publique en 2023 par plusieurs médias internationaux, dont Le Monde.
Une décision aux implications politiques profondes
Ce retrait de nationalité marque une rupture juridique définitive entre l’ancien chef de l’État et la République de Madagascar. Il intervient dans un contexte politique explosif, près de deux semaines après la chute du régime de Rajoelina, renversé par une mutinerie militaire le 14 octobre 2025 et remplacé par une junte dirigée par le colonel Michaël Randrianirina.
Selon des sources gouvernementales, cette mesure découlerait directement de la découverte de documents de naturalisation française signés en 2014 par l’ex-Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, publiés au Journal officiel de la République française. L’article 42 du Code de la nationalité malgache rend donc automatique la perte de citoyenneté dès lors qu’un ressortissant acquiert une autre nationalité de manière volontaire.
Un ancien président silencieux et contesté
Depuis sa destitution et son exfiltration vers l’étranger, Andry Rajoelina n’a pas encore réagi à cette décision. L’ancien président, âgé de 51 ans, s’était déjà défendu en 2023 en affirmant avoir acquis la nationalité française « pour faciliter les études de ses enfants », tout en déclarant que « le sang qui coule dans [ses] veines est malgache ».
Cependant, son double statut a longtemps nourri la polémique sur la légitimité de son élection de 2018, la Constitution malgache imposant que le président soit exclusivement de nationalité malgache. La révélation de sa naturalisation en France avait alors provoqué un tollé politique et diplomatique.
Une nouvelle ère d’incertitudes
Cette destitution soulève désormais plusieurs questions juridiques et diplomatiques. D’une part, elle efface toute base légale à une éventuelle réhabilitation politique de l’ancien chef d’État. D’autre part, elle ouvre une période d’instabilité, la junte militaire au pouvoir n’ayant pas encore précisé le calendrier de transition vers un retour à un ordre constitutionnel.
Des observateurs estiment que ce décret vise aussi à marquer la rupture du nouveau régime avec les élites de l’ère Rajoelina, tout en réaffirmant une souveraineté nationale mise en cause par les débats sur la double nationalité.
