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Migrants : la France propose 2 500 euros pour rentrer au pays

Jeudi, 24 novembre, 2016
© Sercom APRnews Photo Premier jour du démantèlement de la « jungle » de Calais, le 24 octobre. ANTONIN SABOT / LE MONDE

Direction Kaboul… Quelque 50 Afghans ont pris l’avion pour leur pays d’origine ce jeudi 24 novembre et 20 vont faire de même trajet ce vendredi.

Depuis quelques mois, la France tente plus que jamais de convaincre les migrants de rentrer chez eux. Au moment de l’évacuation de la « jungle » de Calais, cette option a été très largement présentée aux 5 000 exilés qui ont accepté de rejoindre les centres d’accueil et d’orientation (CAO) fin octobre. Efforts couronnés par le départ de 103 Afghans et de 27 Pakistanais de ce campement insalubre.

Pour cela, le gouvernement est prêt à payer et a décidé « de porter à 2 500 euros le montant maximum d’aide au retour » pour les ressortissants acceptant de rentrer volontairement dans leur pays explique le directeur général de l’Office français d’immigration et d’intégration (OFII), Didier Leschi. Les Britanniques, intéressés aussi à diminuer le stock de migrants souhaitant entrer sur leur territoire rembourseront 1 000 euros par départ effectif.

Si ce dispositif qui fait figure d’« opération spéciale », prend fin au 31 décembre ; l’incitation au départ s’impose comme une politique de long terme en France. « C’est l’une des priorités de la loi de juillet 2015 sur le droit au séjour des étrangers », rappelle Didier Leschi, le directeur de l’OFII, l’organisme en charge de développer cette politique.

Plus de 3 000 retours en 2015

Cette année, ses agents ont convaincu 3 051 personnes de rentrer chez elles, soit déjà 16 % de plus qu’en 2015. En dépit de la violence qui règne dans leur pays, les Afghans ont été les plus nombreux à solliciter le dispositif. Quelque 400 ont déjà refait leurs valises depuis janvier, contre 19 sur toute l’année 2015. Avec les Chinois (379 départs), Russes (244), Algériens (243) et Ukrainiens (167) ils constituent les cinq nationalités les plus aisées à convaincre. S’y ajoutent 75 Irakiens et même une famille syrienne qui ne supportant pas la dureté de la vie dans la « jungle », et le peu de perspective professionnelle en France pour le père de famille, dentiste à Damas, a préféré rentrer.

A ce pécule de base, qui devrait retomber à 1 000 euros en 2017, peut s’ajouter une aide à la réinsertion de 3 500 euros par personne pour lancer une entreprise. Nadine Morano a estimé sur RMC, jeudi 24 novembre, que c’était là « une incitation désastreuse à l’immigration illégale cautionnée par Hollande ». C’était oublier que le gouvernement auquel elle participait a dépensé 9 millions d’euros sur ce poste en 2009 et organisé plus de 8 278 retours. Certains migrants en ont d’ailleurs bénéficié plusieurs fois puisque les deux tiers de ces primes au retour ont été données à des Européens, dont une bonne partie à des Roms qui excellaient dans l’aller-retour entre Paris et Bucarest… Depuis le retour de la gauche, en 2012, cet écueil a été évité au point qu’en 2015, le dispositif a financé 2 950 ressortissants de pays tiers contre 143 Européens seulement.

Expérimentation en Moselle

En fait, droite et gauche sont confrontées au même problème. Partant du principe qu’un migrant envoyé en Europe est porteur des espoirs de sa famille, envisager un retour est pour lui un cuisant échec, à peine envisageable. Les gouvernements successifs font donc le pari que cette prime au retour l’autorise à rentrer la tête haute et même à entrevoir un moyen de gagner ensuite de l’argent pour rembourser sa dette de voyage. Souhaitant tester plus avant cette intuition et surtout améliorer les renvois de déboutés du droit d’asile qui selon le ministère de l’intérieur lui-même ne dépassent pas les 3 %, le gouvernement mène depuis avril 2015 une expérimentation en Moselle.

A Vitry-sur-Orne sont assignés à résidence des migrants à qui on a refusé le statut de réfugié. Ils y préparent leur retour. Les résultats de cette expérimentation, publiée dans la Lettre de la direction générale des étrangers de France (DFEF) du mois d’octobre montrent que sur les 200 personnes (une soixantaine de familles) qui y ont été installées depuis son ouverture, quelque 140 auraient quitté volontairement le territoire et 35 sous la contrainte. Ce qui amène la DGEF à conclure qu’« une action pédagogique, assortie d’une assistance permettant de résoudre les difficultés posées par le départ conduit à reconsidérer sa volonté de maintien illicite en France en échange d’un retour accompagné financièrement et bien préparé ». L’exemple mosellan sera copié à Lyon avant fin 2016.

Avec Le Monde

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