
APRNEWS: « Un sportif est le PDG de sa carrière » l’ex-champion Serge Doh prêche la culture de l’épargne
De la piste d’athlétisme aux couloirs feutrés des entreprises, Serge Doh a troqué les projecteurs des stades pour la rigueur du monde des affaires. Ancien champion d’Afrique de lancer de poids et de disque, l’Ivoirien incarne l’image d’une reconversion réussie : celle d’un athlète ayant transposé la discipline du sport de haut niveau à l’entrepreneuriat.
À la tête de plusieurs initiatives dans le management sportif et les technologies appliquées au sport, il martèle un message simple mais décisif : « Un sportif est le PDG de sa carrière. Sans épargne, il court à la faillite. »
Du stade à la salle de conférence
Lors du Sportbiz Forum Africa, organisé en décembre à Kigali, Serge Doh a pris part à deux panels consacrés à la reconversion des sportifs et à l’investissement dans l’économie du sport. Il y a retrouvé d’anciens champions, dirigeants et investisseurs autour d’un objectif commun : bâtir un écosystème sportif africain plus structuré.
« Le sport n’est pas seulement un outil de cohésion ou de paix », explique-t-il. « C’est une industrie capable de créer de la richesse et des emplois. Le jour où nous cesserons de le considérer comme un hobby, nous franchirons un cap ».
Pour l’ancien athlète, cette réflexion vaut aussi pour la gestion individuelle : derrière chaque performance, il y a une carrière à planifier comme une entreprise à piloter
L’épargne comme discipline de vie
À l’heure où Abidjan s’apprête à accueillir un salon consacré à l’épargne, Doh en profite pour adresser un message clair aux jeunes sportifs africains : penser à l’après dès le premier chèque.
« Les revenus des athlètes sont concentrés sur une période courte », rappelle-t-il. « Sans culture financière, l’argent s’évapore vite. L’épargne n’est pas une fin en soi, mais un outil pour préparer sa reconversion — investir, entreprendre, bâtir ».
Cette approche, il la met déjà en pratique dans le management d’athlètes, dont la sprinteuse ivoirienne Murielle Ahouré, qui a investi dans l’immobilier et l’agriculture dès la fin de sa carrière. « C’est le modèle à suivre », dit-il, « car il est bien plus difficile de bâtir après coup.
Anticipation, le mot-clé
Formé aux États-Unis grâce à une bourse universitaire, Serge Doh y découvre les fondamentaux du business et de la gestion de carrière. Cette expérience, raconte-t-il, a façonné son approche : « J’ai compris que sans préparation, la reconversion est brutale. »
Dans les pays francophones, le manque de passerelles entre sport et études complique la transition. Doh plaide donc pour l’introduction de programmes mixtes intégrant formation académique, accompagnement financier et mentorat.
« La plupart des échecs post-carrière viennent du manque de planification. Beaucoup confient leurs revenus à des personnes non qualifiées ou confondent agent sportif et gestionnaire de fortune. Ce sont deux métiers différents.
Construire un écosystème sportif africain
Pour changer la donne, Doh mise aussi sur l’innovation. Avec son initiative Sportech Africa, incubateur panafricain dédié aux start-up sportives, il veut introduire la technologie au cœur de la transformation du sport africain : billetterie numérique, data analytics, fan experience, ou encore plateformes de financement participatif pour les athlètes.
« Le sport mondial vit une révolution numérique, et l’Afrique ne doit pas rester en marge. Sportech Africa est née en Côte d’Ivoire, mais sa vocation est continentale : professionnaliser le sport africain grâce à la tech, créer des emplois et attirer des investisseurs. »
Une nouvelle génération de « champions-managers »
Avec Serge Doh, la réussite sportive s’étend au-delà des pistes : elle se mesure à la capacité d’un athlète à se gérer comme une entreprise. « Nos champions ne doivent plus être de simples talents, mais des gestionnaires avisés de leur image et de leur avenir. »
Dans un continent où trop d’anciens sportifs finissent dans la précarité, son message résonne comme un appel à la responsabilité collective : former, encadrer, investir.
Et si la victoire, désormais, se jouait aussi dans la maîtrise des comptes aussi bien que des chronos ?
