
APRNEWS: Sondage exclusif – Les électeurs ivoiriens réclament des élections inclusives en 2025
Ce sondage constitue un message fort à l’État ivoirien et aux institutions électorales : la société civile refuse les manipulations et veut choisir librement ses dirigeants, ce qui pose la question fondamentale de la légitimité d’un scrutin excluant les principales figures de l’opposition.
Un sondage récent conduit par The Messina Group, cabinet américain fondé et dirigé par Jim Messina, met en lumière une forte exigence populaire pour des élections inclusives en Côte d’Ivoire en 2025. Les résultats, récoltés entre août et septembre, montrent que la majorité des électeurs ivoiriens – y compris ceux du camp présidentiel – souhaitent voir les principaux opposants figurer sur la liste électorale :
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66% des électeurs d’Alassane Ouattara réclament la présence de Tidjane Thiam.
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55% souhaitent celle de Laurent Gbagbo.
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59% sont favorables à la participation de Charles Blé Goudé.
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56% soutiennent le retour politique de Guillaume Soro.
Selon ces données, l’exigence d’inclusion transcende tous les bords politiques, traduisant un consensus national sur le besoin d’un processus électoral ouvert, transparent et crédible. Cette tendance signifie qu’une élection sans figures majeures de l’opposition serait perçue comme illégitime, suscitant le risque d’abstention massive et de tensions sociales accrues.
Le sondage indique également pour le premier tour :
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Alassane Ouattara en tête avec 38%
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Tidjane Thiam à 25%
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Laurent Gbagbo à 18%
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Suivi d’autres candidats autour de 2 à 5%
Des projections pour le second tour donnent Tidjane Thiam victorieux avec 57% face à Ouattara à 43%, illustrant encore l’impact potentiel d’une compétition inclusive.
Face à ces résultats, Tidjane Thiam mène une offensive diplomatique aux États-Unis, mobilisant l’opinion internationale contre les exclusions jugées arbitraires, et rencontrant des institutions influentes (Department of State, think tanks, Banque mondiale) afin de plaider pour l’ouverture démocratique.
Décryptage
Une exigence d’inclusivité : Un sondage de The Messina Group affirme qu’une majorité d’électeurs ivoiriens, y compris ceux du camp présidentiel (RHDP), souhaite la participation des principaux opposants (T. Thiam, L. Gbagbo, C. Blé Goudé, G. Soro) à l’élection.
Intentions de vote : Le sondage donnerait A. Ouattara à 38% au 1er tour, et T. Thiam vainqueur au 2nd tour avec 57% des voix.
Un processus électoral délégitimé : Le texte argue que sans ces candidats, l’élection perdrait sa légitimité, entraînant une faible participation et des risques de tensions.
Une bataille diplomatique : Tidjane Thiam mènerait un plaidoyer actif auprès des autorités américaines (Department of State, think tanks, Banque mondiale) pour internationaliser la question des exclusions.
Analyse et mise en contexte critique
Il est essentiel d’examiner ces affirmations avec un esprit critique, en les confrontant au cadre juridique et politique ivoirien.
Sur le sondage et sa méthodologie
Source non vérifiable : À ma connaissance, il n’existe pas de preuve publique de la réalisation de ce sondage par The Messina Group. Les résultats détaillés, surtout ceux concernant un second tour hypothétique, doivent être considérés avec une extrême prudence. Les sondages électoraux, où qu’ils soient, sont sujets à des marges d’erreur et peuvent être instrumentalisés.
Un récit avant tout politique : La publication de ces chiffres, qu’ils soient exacts ou non, s’inscrit dans une stratégie de communication politique. Son objectif est clair : créer une perception d’élan populaire et de légitimité pour T. Thiam et les autres opposants, tout en délégitimant par avance le processus si ils en sont exclus.
Sur le cadre légal et les obstacles des candidats mentionnés
Le texte présente les exclusions comme « arbitraires », mais elles sont juridiquement fondées sur la Constitution et le Code électoral ivoiriens, même si ces fondements sont âprement contestés politiquement.
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Laurent Gbagbo : Condamné en première instance pour le détournement des fonds de la BCEAO (affaire dite « des 100 milliards »), il bénéficie d’une condamnation avec sursis. La loi ivoirienne dispose qu’une condamnation pour crime ou délit incompatible avec la fonction de président rend inéligible. Sa candidature est donc soumise à l’appréciation du Conseil Constitutionnel.
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Guillaume Soro : Condamné par contumace à la prison ferme pour « détournement de deniers publics » et « blanchiment de capitaux », parmi d’autres affaires. Son inéligibilité est directement actée par la justice ivoirienne.
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Charles Blé Goudé : Ancien ministre de la Jeunesse de Gbagbo, il a également été condamné. Sa situation juridique est similaire à celle des autres condamnés.
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Tidjane Thiam : Sa situation est différente. Il n’est pas condamné. Son éligibilité dépendra de la validation de son dossier de candidature par le Conseil Constitutionnel, qui vérifiera notamment les critères de nationalité, d’état civil et de résidence. La bataille politique autour de sa candidature porte sur l’interprétation de ces critères.
La Commission Electorale Indépendante (CEI) n’exclut pas directement les candidats. Elle reçoit les candidatures et les transmet au Conseil Constitutionnel, qui a le dernier mot pour valider ou invalider une candidature.
Sur la bataille diplomatique et le rôle des États-Unis
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Une stratégie courante : Il est fréquent que l’opposition dans un pays cherche à internationaliser un différend électoral pour faire pression sur le pouvoir en place. Rencontrer des diplomates, des think tanks et des institutions internationales fait partie des outils du plaidoyer politique.
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Position américaine : Les États-Unis, comme d’autres partenaires internationaux, prônent généralement des élections « credibles, transparentes et inclusives ». Cependant, leur définition de « l’inclusivité » s’arrête généralement au respect du cadre juridique du pays. Ils appellent à un processus équitable, mais n’exigent pas nécessairement la candidature de personnalités spécifiques si leur exclusion est basée sur des décisions de justice, aussi controversées soient-elles.
La question fondamentale
Le texte pose en finale une question rhétorique : « La Côte d’Ivoire doit-elle aller à des élections quand la majorité éclatante de ses citoyens rejette d’avance un processus tronqué ? »
Cette question résume l’enjeu du débat :
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Pour l’opposition et les auteurs du texte, un processus sans les principaux challengers est « tronqué » par définition, indépendamment du respect de la procédure légale.
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Pour le pouvoir en place, un processus est légitime s’il respecte scrupuleusement la loi ivoirienne, qui prévoit des conditions d’éligibilité et des conséquences aux condamnations judiciaires.
La tension entre la légitimité populaire (recherchée par l’opposition via des sondages et la mobilisation) et la légalité constitutionnelle (invoquée par le pouvoir) est au cœur de la crise politique ivoirienne. La crédibilité de l’élection de 2025 dépendra de la capacité des acteurs à trouver un équilibre entre ces deux exigences, dans un contexte où la méfiance entre les camps reste très forte.
