
APRNEWS: Ex-ministre de la Santé – Pr Thérèse N’Dri Yoman – Derrière une croissance vigoureuse, périls sanitaires, éducatifs et sociaux persistants
En dépit des performances macro-économiques enregistrées, la Côte d'Ivoire ne voit pas d'amélioration significative dans la qualité de vie de ses habitants. Les défis incluent des difficultés dans la mise en place de la couverture maladie universelle, des hôpitaux publics manquant de ressources, un accès inégal aux soins de santé, une espérance de vie inférieure à la moyenne mondiale, un taux de mortalité maternelle élevé, des déserts médicaux dans les régions intérieures, des lacunes dans le système éducatif avec un grand nombre de jeunes exclus de l'école, une progression de la pauvreté surtout en milieu rural et chez les femmes, et un salaire minimum insuffisant pour subvenir aux besoins d'une famille. Pour améliorer la situation, il est crucial de prioriser la santé, l'éducation et la lutte contre la pauvreté dans les politiques publiques, en adoptant une gouvernance inclusive et axée sur le bien-être des populations.
« Le développement économique ne peut être un simple CHIFFRE de CROISSANCE, il doit se traduire par une AMÉLIORATION concrète des CONDITIONS de vie.
Les performances macro-économiques
Enregistré, c’est avec un PIB en progression masquant une réalité plus SOMBRE : l’absence d’impact positif sur la VIE quotidienne des IVOIRIENS.
La COUVERTURE MALADIE UNIVERSELLE peine à s’implanter. Les HÔPITAUX PUBLICS SOUFFRENT d’un manque criant de MOYENS et l’accès aux soins reste inégal.
L’espérance de vie (62,6 ans) est bien en deçà de la moyenne mondiale (72 ans).
La MORTALITÉ maternelle : 387 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre
Comparable à celui des pays en
CONFLIT.
La RÉPARTITION du personnel de SANTÉ est concentrée à ABIDJAN et dans le SUD, laissant apparaître de véritables DÉSERTS MÉDICAUX à l’intérieur du pays.
Il y’a également des INSUFFISANCES dans le SYSTÈME ÉDUCATIF.
Des CLASSES SURCHARGÉES, des INFRASTRUCTURES PRÉCAIRES dans les zones RURALES, taux élevé d’abandon scolaire et faibles performances aux ÉVALUATIONS INTERNATIONALES.
En CÔTE D’IVOIRE, près de 6 millions de jeunes sont hors du système scolaire, ce qui
Constitue une BOMBE SOCIALE à retardement.
Il y a aussi une PROGRESSION de la PAUVRETÉ, particulièrement marquée en milieu RURAL et chez les FEMMES.
Cela se remarque également par l’inadéquation entre le SALAIRE MINIMUM et le COÛT RÉEL de la VIE.
Une famille de 5 personnes ne peut pas VIVRE DIGNEMENT avec 60 000 francs CFA par mois.
Tous ces constats démontrent l’urgence de replacer la SANTÉ, L’ÉDUCATION et la LUTTE contre la PAUVRETÉ au CŒUR des politiques Publiques.
J’en appelle à une gouvernance plus INCLUSIVE et plus SOUCIEUSE du BIEN-ÊTRE des POPULATIONS.
La CÔTE D’IVOIRE ne peut pas se contenter d’être un PAYS ÉMERGENT sur le PAPIER.
Les IVOIRIENS doivent sentir dans leur quotidien que L’ÉTAT TRAVAILLE pour eux.»
Ex-ministre de la Santé – Pr Thérèse N’Dri Yoman
Professeur Thérèse N’Dri Yoman, ex-ministre de la Santé sous la présidence Ouattara, alerte sur la « fracture » entre la performance macroéconomique de la Côte d’Ivoire et le quotidien de millions de ses concitoyens. Elle exhorte le pays à replacer la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté au cœur des politiques publiques, plaidant pour que la croissance se traduise par une réelle amélioration du bien-être.
Santé publique : inégalités et défis structurels
En 2025, la Côte d’Ivoire compte environ 4 951 médecins pour 32,8 millions d’habitants, soit à peine deux praticiens pour 10 000 habitants un ratio faible au regard des normes recommandées. L’accessibilité aux soins demeure très inégale : la majorité du personnel et des équipements est concentrée à Abidjan et dans le Sud, aggravant les déserts médicaux dans le Centre et le Nord. L’espérance de vie stagne à 62,6 ans (contre une moyenne mondiale de 72 ans), et la mortalité maternelle atteint 387 décès pour 100 000 naissances vivantes, des niveaux comparables à ceux de nombreux pays en conflit.
La Couverture Maladie Universelle (CMU) reste partielle, et de nombreux Ivoiriens continuent de renoncer ou de différer leurs soins, faute de moyens financiers suffisants. L’investissement dans le système sanitaire a permis d’augmenter de 40 % le nombre d’établissements de premier contact entre 2015 et 2021, mais le déficit reste structurel.
Éducation : décrochage et disparités
Le système éducatif ivoirien est confronté à une forte croissance démographique : parmi 32,8 millions d’habitants, on estime à près de six millions le nombre de jeunes hors du système scolaire en 2025. Même si le taux brut de scolarisation au primaire dépasse 100 % dans certaines régions, la réalité sur le terrain contraste fortement avec la moyenne : classes surchargées, infrastructures précaires, disparités urbain/rural. L’abandon scolaire reste élevé dans le secondaire, et l’indice d’achèvement du primaire n’atteint que 68-69 %. Les performances aux évaluations internationales demeurent faibles comparativement à la sous-région.
Pauvreté : fragilités rurales, vulnérabilité des femmes
Malgré la vigueur de la croissance (autour de 6-7 % par an selon la Banque mondiale), la pauvreté persiste, touchant 37 % de la population en 2025, soit plus de 12 millions de personnes, avec une forte prévalence en milieu rural et chez les femmes. Le salaire minimum garanti, établi à 60 000 FCFA mensuels (environ 90 euros), ne permet pas de couvrir dignement les besoins d’une famille de cinq personnes, en raison d’un coût de la vie en hausse constante. Les inégalités régionales et de genre s’accentuent, renforçant l’exclusion et la précarité.
Gouvernance et inclusion, une urgence sociale
Devant ces constats, le professeur Thérèse N’Dri Yoman lance un vibrant appel à « une gouvernance plus inclusive et soucieuse du bien-être », pour faire de la Côte d’Ivoire « un pays émergent non pas seulement sur le papier, mais dans la réalité de chaque Ivoirien ». Elle insiste sur la nécessité de sortir des logiques d’affichage : « Les Ivoiriens doivent sentir dans leur quotidien que l’État travaille pour eux. »
