
APRNEWS: Edito Politique – Le Courage de Laurent Gbagbo
Laurent Gbagbo a fait preuve de courage face à une attaque surprise en Côte d'Ivoire en 2002, où son ministre de l'Intérieur a été assassiné et des armes lourdes étrangères ont été utilisées. Malgré le danger, Gbagbo a décidé de rentrer dans son pays, montrant une détermination inébranlable. Son retour rapide a contrecarré les plans des assaillants. Sa décision de rentrer, malgré la mort de son principal protecteur et le chaos régnant, témoigne d'un courage inné, renforcé par sa foi et son expérience politique, faisant de lui un homme politique singulier et courageux.
Le 19 septembre 2002, Laurent Gbagbo, alors en déplacement à Rome déclare : « Ils utilisent des armes lourdes, nouvelles pour la plupart, des armes dont ne dispose pas notre armée – donc on ne peut pas dire que c’est l’armée de la Côte d’Ivoire qui se rebelle – des armes utilisées dans les armées étrangères ou achetées à des gouvernements ».
Un modus operandi éprouvé.
Les coups d’État réussis en Afrique, lors d’attaques en l’absence du président de la République, on les compte à la pelle. En 1964
Le sultan Jamshid ben Abdallah de Zanzibar est renversé alors qu’il est en déplacement. En 1965 en Centrafrique Bokassa profite d’un déplacement de David Dacko, pour le renverser. En 1966, alors que le président Kwame Nkrumah du Ghana est en Chine, il est renversé. En 1968, alors que Massamba-Débat au Congo a quitté le palais pour son village natal, ce qui équivalait, dans ce pays aux infrastructures pauvres, à un voyage à l’étranger, il est renversé. En 1969 Mouammar Kadhafi renverse la monarchie, alors que le roi est en cure à l’étranger. Après septembre 2002 en Côte d’Ivoire, cette stratégie de tenter le coup en l’absence du président va encore fonctionner dans d’autres pays..nMars 2003, le président Ange-Félix Patassé est au sommet régional de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) à Niamey, au Niger, quand il est renversé.
Une attaque surprise.
Au moment où Laurent Gbagbo déclare que son pays est attaqué, l’un des hommes parmi les plus puissants du pays, a été assassiné. Criblé de balles, le corps du ministre de l’Intérieur, Émile Boga Doudou, gît encore au sol dans sa villa sis à Cocody II Plateaux Vallon. Voisin immédiat du ministre, cette nuit où nous avons été réveillés par le sifflement des balles et les explosions, Laurent a dû être informé que cette attaque était parfaitement coordonnée. Ayant grandi dans cette rue où les assaillants ont menée l’assaut, et enfant, joué dans cette maison, bien avant l’installation du ministre de l’Intérieur, il fallait qu’ils soient sacrément bien renseignés pour avoir ciblés à la roquette la chambre principale de cette villa, depuis l’extérieur. Jusqu’à ce jour l’impact est visible.
Une violence qui devait dissuader Gbagbo.
La garde rapprochée du ministre, en partie décimée, ce sont deux policiers blessés et en état de choc qui s’étaient terrés dans les buissons devant notre maison, qu’au matin, on a retrouvé. Au fond de la rue, un char de la BAE, venu en renfort avait été détruit, il a fini sa course dans la clôture d’une autre villa. Rentré pour mourir, c’est bien ce qui s’est passé puisque le ministre de l’Intérieure le soir même venait de rentrer de Paris. La chambre de la personne au gouvernement, la plus puissante du pays, ciblée – un char de la BAE détruit – Le ministre de l’intérieur, assassiné – des camps militaires attaqués à Abidjan, Bouaké et Korhogo – Des armes lourdes dont ne dispose pas l’armée ivoirienne, utilisée. La situation était extrêmement critique et périlleuse.
Un président loin du palais.
Mais ce 20 septembre 2002 la visite du président ivoirien Laurent Gbagbo à Jean Paul II, prévue à Castelgandolfo, n’était pas encore annulée en raison de la tentative de coup d’Etat en Côte d’Ivoire, dans la journée de jeudi. Le 20 septembre au matin, le président Gbagbo se trouvait encore à Rome. Le 10 décembre dernier déjà, il devait se rendre à Rome pour rencontrer le pape. Cette visite avait été repoussée. Par craintes d’un coup d’Etat, déjà, le président était resté dans son pays. D’une durée de 25 minutes, l’audience était prévue vendredi à 11h00 à Casteldandolfo, la résidence d’été du pape. Ce rendez-vous devait marquer le dernier point fort de la visite officielle du président ivoirien, arrivé mardi soir à Rome et dont le départ pour Abidjan était initialement prévu samedi.
Rentrera, ou ne rentrera pas.
À Rome, Laurent Gbagbo a laissé planer un vent d’incertitude. D’autres par le passé ont baissé les bras et ne sont jamais rentrés. Le président ivoirien s’est terré toute la journée dans sa chambre d’hôtel. Réveillé dans la nuit par la nouvelle de la tentative de coup d’Etat, le président ivoirien Laurent Gbagbo logé à l’hôtel Excelsior a dû être terriblement choqué en apprenant la mort d’un de ses plus vieux compagnons. Par la voix de son porte-parole, Laurent Gbagbo a affirmé avoir suivi «avec attention et sérénité» les développements sur place et constaté avec soulagement dans l’après-midi que «les forces républicaines ont pris le dessus», et que «la situation est sous contrôle à Abidjan et en voie de normalisation à Bouaké». Mais le chef d’Etat a préféré ne pas s’adresser aux Ivoiriens, laissant souffler un sérieux vent d’incertitude. Après avoir annulé sa rencontre avec le président de la Chambre des députés italien, Pierferdinando Casini, et son déplacement auprès de la communauté Sant’Egidio, le président ivoirien devait rencontrer le pape Jean Paul II.
L’historien, le politicien, le courageux.
Cette rencontre n’aura jamais lieu, alors que ce qui deviendra une rébellion se met en place, et que le ratissage commence à peine à Abidjan, Laurent Gbagbo rentre dans son pays. Quel degré de courage doit être le vôtre lorsque la personne en charge de votre sécurité est morte, assassinée, et que la sécurité rapprochée de cette personne est elle aussi en partie décimée. Celui qui est censé être votre bouclier est tombé, vos yeux et vos oreilles. Celui qui devait vous faire un point de la situation est mort. Quel niveau d’adrénaline faut-il avoir dans un tel contexte de chaos et de mort, pour rentrer? Et rentrer en sachant que vous êtes la cible numéro un.
La première explication est l’histoire. Laurent Gbagbo connaît bien ces histoires de présidents déchus en leur absence. Certains ont eu peur malgré des troupes restées fidèles et ne sont pas revenus. Le découragement des hommes, en l’absence du chef, est un effet psychologique connu. Quant au courage, il relève de son caractère. C’est quelque chose d’inné, qu’on peut difficilement expliquer de manière rationnelle. Laurent Gbagbo est croyant et si c’est sa foi qui le convainc, en son fort intérieur qu’il mène le bon combat, aucune thèse politique ne pourra expliquer ce qui s’est passé en septembre 2002. Ce qui est certain, ce retour, de surcroît très rapide, a forcément faussé le plan des assaillants.
L’historien, le politicien, le courageux, l’homme de foi; c’est à la jonction de la formation académique, l’expérience politique et la psyché de Laurent Gbagbo, que se trouvent les réponses. Et des actes courageux, on lui en connait beaucoup d’autres. En définitive la singularité de son parcours politique, on peut la définir sans trop se tromper, de celle d’un homme courageux.
