
APRNEWS: Côte d’Ivoire autour d’une élection tendue et « verrouillée »
Une analyse critique de la situation politique en Côte d'Ivoire avant les élections est présentée, mettant en lumière un climat électoral marqué par la peur et la violence, des tensions politiques persistantes malgré la croissance économique, et des divisions au sein de l'opposition. Les principaux points abordés incluent le "verrouillage électoral" par le pouvoir, les défis de l'opposition à s'unir, une abstention record, et le retrait des élites de l'arène publique. Bien que le ton soit pessimiste, soulignant les défis majeurs du pays, l'analyse offre une perspective critique et informée sur les enjeux politiques en Côte d'Ivoire, tout en laissant ouverte la question de l'émergence d'une nouvelle génération politique.
NOTE D’ANALYSE POLITIQUE – ÉLECTIONS EN CÔTE D’IVOIRE

À la veille d’un scrutin crucial, la Côte d’Ivoire s’apprête à tourner une nouvelle page de son histoire politique. Ce moment intervient à la fin du troisième mandat du président de la République, dans un climat marqué par une campagne électorale tendue, ponctuée de violences physiques et verbales. Loin d’être un temps de débat apaisé et de projection collective vers l’avenir, cette période électorale s’est transformée en un espace de crispation, d’inquiétude et de repli.
Alors que le peuple devrait être en train de choisir, avec lucidité et espoir, les leaders capables de le conduire vers des horizons nouveaux, c’est la peur qui domine. Une peur diffuse, partagée, qui traverse toutes les couches sociales et politiques, nourrie par le souvenir des crises passées et par l’absence de garanties sur le bon déroulement du processus électoral. Chacun s’interroge sur le devenir du pays, redoutant que la violence ne refasse surface.
C’est dans ce contexte que cette note propose une lecture en trois temps de la situation politique actuelle.
1. Un verrouillage électoral orchestré par le pouvoir
Le pouvoir en place a su verrouiller le processus électoral, en combinant une stratégie bien rodée avec une application discutable de la loi. Ce verrouillage s’est appuyé sur des mécanismes juridiques qui ont permis d’écarter des candidatures majeures, sans recours réel pour une opposition confrontée à un système judiciaire totalement verrouillé. Ce verrouillage s’est fait avec une part de complicité involontaire ou de naïveté de l’opposition, mais aussi par des manœuvres de mauvaise foi du pouvoir, qui a su exploiter les failles internes de ses adversaires politiques.
2. Une opposition désunie, centrée sur ses leaders
L’opposition n’a pas su se regrouper autour d’un candidat unique dès le premier tour, ce qui aurait pu lui donner une véritable chance de victoire. Cette incapacité à se rassembler s’est illustrée notamment au sein du PDCI et du PPACI, où les dynamiques internes ont été dominées par la volonté de préserver l’aura et l’autorité des leaders, au détriment de l’intérêt national. Chaque camp a préféré présenter son leader, même dans des conditions électorales désastreuses, plutôt que de construire une alternative crédible, la preuve en étant que cette opposition s’est refusée à se rassembler et que les partis dont les candidats n’ont pas été retenus ont dénoncé la participation électorale des candidats retenus alors même qu’ils étaient prêts à prendre part aux élections si leur champion était qualifié pour compétitir.
3. Le peuple majoritaire mais silencieux, et les élites absentes
Le véritable parti majoritaire en Côte d’Ivoire reste le peuple, mais un peuple silencieux. L’abstention est historiquement élevée et les tendances actuelles montrent qu’elle pourrait être encore plus forte. Les appels au boycott lancés par les partis d’opposition ne relèvent pas d’une stratégie électorale cohérente, mais d’une tentative de faire croire que le taux d’abstention reflète leur poids dans l’électorat, ce qui est faux.
Le plus dommageable reste le silence des élites : intellectuels, cadres, citoyens éclairés, tous capables d’apporter une vision différente, de la bonne foi, de la pondération et une analyse profonde. Leur refus de s’engager, leur repli dans une politique de salon, les rend aussi responsables que le pouvoir et l’opposition des blocages actuels et du manque de transformation politique dans le pays.
Conclusion – Une génération en question
La génération de nos pères a construit ce pays. Celle qui est aujourd’hui au pouvoir l’a conduit au bord de la ruine. Notre génération, hélas, semble n’avoir pour ressort que la violence – verbale, physique – et la course à l’argent. Elle peine à proposer, à composer, à construire.
La question reste entière : la génération suivante saura-t-elle nous mettre de côté à temps ? Sera-t-elle capable de bâtir autre chose ? Rien n’est moins sûr, car déjà, elle marche dans l’ombre de ses aînés, reproduisant leurs schémas.
Pourtant, des pistes de réflexion s’imposent : comment imaginer que des chemins nouveaux et pertinents puissent émerger en dehors des mastodontes politiques que sont le RHDP, le PDCI-RDA et le PPA-CI ? Il est peut-être temps de penser à des alternatives citoyennes, locales, ou issues de la société civile, capables de proposer une vision renouvelée, inclusive et tournée vers l’intérêt général.
DÉCRYPTAGE

Analyse lucide et pertinente du billet politique sur les élections en Côte d’Ivoire
Cette note d’analyse présente une vision critique de la situation politique ivoirienne à la veille d’un scrutin. Voici une analyse structurée et contextualisée de ses arguments principaux, étayée par des sources fiables.
Une démocratie sous tension
Le billet évoque avec justesse un climat électoral marqué par la peur et la violence. Ce constat est corroboré par les observateurs internationaux.
Violences pré-électorales
Amnesty International et la Commission électorale indépendante (CEI) elle-même ont documenté des cas de violences et d’intimidations durant la campagne. Le conflit entre le pouvoir et l’opposition n’est pas nouveau ; il plonge ses racines dans la crise post-électorale de 2010-2011, qui avait fait plus de 3 000 morts, et dont le souvenir plane effectivement sur chaque scrutin (ONUCI, rapports fin de mission).
Crispation politique
La Côte d’Ivoire, bien que ayant connu une croissance économique significative sous le président Alassane Ouattara, peine à apaiser les fractures politiques et ethniques héritées de cette décennie de crise. Le Fonds monétaire international (FMI) salue régulièrement la performance économique du pays tout en pointant les défis de gouvernance et d’inclusion.
Analyse des trois thèses centrales
Le « verrouillage électoral » : une stratégie documentée
L’affirmation selon laquelle le pouvoir a verrouillé le processus électoral est au cœur des tensions.
Éligibilité contestée
La thèse fait référence à l’éviction de candidats majeurs, notamment celle de l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’ancien rebelle Guillaume Soro, tous deux empêchés de se présenter par des condamnations judiciaires. Leurs soutiens et plusieurs ONG, comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dénoncent une « justice instrumentalisée » à des fins politiques.
Constitution et Commission Électorale Indépendante (CEI)
La révision constitutionnelle de 2016 et la composition de la CEI ont été des sujets de vives controverses. L’opposition a régulièrement accusé le pouvoir de contrôler l’institution en charge des élections, bien que celle-ci soit techniquement indépendante. Des rapports d’observation électorale, comme ceux de l’Union européenne pour les scrutins précédents, ont souvent relevé des déséquilibres dans le traitement des candidats et dans l’accès aux médias publics.
Verdict
L’argument d’un processus électoral contrôlé est étayé par des rapports d’ONG et les positions publiques de l’opposition. Il reflète une perception répandue, même si le pouvoir justifie ces exclusions par le strict respect de la loi.
Une opposition désunie : un constat récurrent
La note diagnostique avec justesse les divisions de l’opposition.
Échec de la candidature unique
L’incapacité de l’opposition à présenter un front uni est une constante de la vie politique ivoirienne depuis des années. En 2015, le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) de Henri Konan Bédié et les pro-Gbagbo avaient boycotté l’élection. En 2020, la tentative de coalition entre le PDCI et le parti de Pascal Affi N’Guessan (FPI) s’est révélée trop fragile.
Leadership et ambitions personnelles
Les analyses du Centre de recherche et d’action pour la paix (CERAP) et des observateurs politiques locaux soulignent régulièrement que les partis ivoiriens sont souvent structurés autour de figures charismatiques (Bédié, Gbagbo, Ouattara), rendant les compromis et les unions derrière un candidat unique extrêmement difficiles. La défection de certains leaders du PDCI pour soutenir le pouvoir en place (le phénomène d' »ouverturisme ») a encore affaibli l’opposition.
Verdict
La critique d’une opposition centrée sur ses leaders et incapable de se rassembler est un diagnostic largement partagé par les analystes politiques et constitue un facteur clé expliquant la domination du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix).
Un peuple silencieux et des élites absentes : une analyse pertinente mais partielle
Abstention record
L’analyse sur l’abstention est confirmée par les chiffres. L’élection présidentielle de 2020 a enregistré un taux de participation historiquement bas, officiellement de 53,64%, un chiffre contesté par l’opposition qui l’estimait bien plus faible. Ce phénomène est interprété soit comme un boycott actif, soit comme un signe de défiance et de lassitude de l’électorat (« ras-le-bol politique »).
Le rôle des élites
Le billet pointe un problème profond : le retrait des intellectuels et des cadres de l’arène publique. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs : la peur des représailles, la cooptation par le pouvoir (nombreux intellectuels et cadres sont recrutés dans l’administration ou les entreprises proches du pouvoir), et une certaine dépolitisation au profit d’intérêts économiques individuels. Des universitaires ivoiriens, comme Francis Akindès, ont analysé cette « désertion des élites » comme un facteur de fragilisation de l’espace public.
Verdict
La thèse est pertinente. Le « peuple majoritaire silencieux » est une réalité statistique (abstention), et la critique des élites reflète un débat interne à la société ivoirienne sur la responsabilité de ses classes dirigeantes.
Une analyse lucide, mais empreinte de pessimisme
La note offre une analyse globalement lucide et pertinente des dynamiques politiques ivoiriennes. Ses constats principaux (verrouillage du processus, divisions de l’opposition, abstention, retrait des élites) sont corroborés par les rapports d’organisations internationales, les travaux de chercheurs et le vécu de la scène politique locale.
Cependant, le ton est résolument pessimiste et critique, reflétant sans doute u point de vue d’un observateur désabusé. Il ne faut pas minimiser certains aspects :
La croissance économique et la stabilité relative retrouvée depuis 2011, qui constituent un argument de campagne fort pour le pouvoir.
L’existence d’une vibrante société civile et de médias indépendants qui, malgré les pressions, continuent de faire leur travail.
La question finale sur l’émergence d’une nouvelle génération est cruciale. Elle renvoie à un débat réel en Côte d’Ivoire : la capacité du système à se renouveler en dehors des partis historiques et des « vieux leaders ». Si la note n’apporte pas de réponse, elle a le mérite de poser clairement le diagnostic des blocages qui empêchent ce renouvellement.
Ce billet est une contribution précieuse et informée au débat. S’il n’est pas neutre, il s’appuie sur des réalités observables et documentées, offrant une grille de lecture cohérente, bien que sévère, des enjeux politiques en Côte d’Ivoire.
