
APRNEWS: Mali – Le « trou noir » des « agents fantômes » de 48 milliards qui affole Bamako
Bamako – C’est un séisme administratif dont les répliques continuent d’ébranler les couloirs du pouvoir. Un audit interne du Système intégré de gestion des ressources humaines (SIGRH) révèle l’existence de plus de 36 000 fonctionnaires « introuvables », coûtant près de 48 milliards de francs CFA par an au budget de l’État.
Ces révélations jettent une lumière crue sur les maux chroniques de la fonction publique malienne : opacité, corruption et réseaux d’influence profondément enracinés.
Un rapport qui fait vaciller la machine étatique
Selon les conclusions préliminaires, des doublons, matricules fictifs et agents décédés continueraient à percevoir des salaires, parfois depuis plusieurs années. Le système informatique censé rationaliser la gestion du personnel se serait transformé en levier d’enrichissement illicite, minant la crédibilité des administrations publiques.
Face à l’ampleur du scandale, le ministre de la Refondation de l’État, Bakary Traoré, a annoncé un ultimatum de trois mois pour permettre aux agents concernés de se présenter et régulariser leur situation. « Passé ce délai, des mesures disciplinaires et judiciaires seront engagées », a-t-il prévenu, promettant une opération de moralisation sans concession.
Un test politique décisif pour le régime Goïta
Au-delà des chiffres, cette affaire met directement à l’épreuve le chef de l’État, Assimi Goïta, qui fait de la refondation et de la bonne gouvernance les piliers de sa légitimité. Réussir à récupérer ces sommes faramineuses reviendrait à démontrer la capacité du pouvoir de transition à rompre avec les pratiques du passé et à réaffirmer l’autorité de l’État.
Mais frapper fort reviendrait aussi à s’attaquer à des réseaux influents au sein même de l’administration et de l’armée, où les complicités sont nombreuses. Plusieurs observateurs craignent que la lutte anticorruption promise ne reste lettre morte, comme tant d’autres avant elle.
Entre transparence et risque de tensions sociales
Du côté des syndicats, la prudence domine. Certains représentants redoutent que la chasse aux fraudeurs ne serve à régler des comptes politiques sous couvert de transparence. « Oui à l’assainissement, mais non à la stigmatisation des agents honnêtes », souligne un responsable syndical joint par téléphone.
L’opinion publique, elle, réclame des résultats concrets. Pour beaucoup de Maliens confrontés à la cherté de la vie et à la dégradation des services publics, 48 milliards de FCFA détournés, ce sont autant d’écoles, de routes ou d’hôpitaux sacrifiés.
Une bataille pour la crédibilité de l’État
Au-delà du scandale, l’audit du SIGRH souligne l’urgence d’une réforme en profondeur de la gestion des ressources humaines au sein de la fonction publique. Numérisation, transparence des recrutements et contrôle croisé des fichiers entre ministères : les chantiers sont immenses.
Reste à savoir si le gouvernement aura la volonté politique de les mener à terme. Car au Mali, comme souvent, le plus difficile n’est pas de dénoncer les dysfonctionnements, mais de tenir tête aux intérêts qu’ils servent.
