
APRNEWS: Les confidences explosives de Charles Blé Goudé sur Nady Bamba
Charles Blé Goudé vient de rouvrir, avec fracas, le dossier explosif des rapports entre Laurent Gbagbo, son épouse Nady Bamba et la gauche ivoirienne, en mêlant confidences intimes, accusations politiques et demande publique de pardon.
Ses propos, tenus à la télévision ivoirienne et largement relayés sur les réseaux sociaux, interrogent à la fois la gouvernance interne du PPA‑CI, le rôle supposé de Nady Bamba dans l’entourage de Gbagbo et l’avenir d’une gauche ivoirienne qu’il décrit comme « infiltrée » et « expropriée ».
Des confidences sur Nady Bamba
Lors d’une émission sur une chaîne ivoirienne, Charles Blé Goudé affirme que le jour où il a demandé à Nady Bamba de « ne pas ramener ses problèmes à Gbagbo en prison », il serait devenu « son ennemi à vie ». Il ajoute que Nady Bamba lui aurait déclaré qu’il ne reverrait plus jamais Laurent Gbagbo autrement qu’à la télévision ou dans la presse, laissant entendre une volonté de le tenir à distance durablement de l’ancien chef de l’État.
Ces déclarations interviennent dans un contexte où Nady Bamba apparaît comme une figure centrale de l’appareil PPA‑CI, très impliquée dans la mobilisation de la base en faveur de Gbagbo et de sa candidature à la présidentielle de 2025. En 2024, elle galvanisait déjà les militants en assurant publiquement que Laurent Gbagbo resterait le seul véritable candidat de la formation, rejetant l’idée d’être un « plan B » et appelant les femmes et les bases militantes à se ranger résolument derrière lui.
« Infiltration » de la gauche et rôle du PPA‑CI
Dans la même séquence médiatique, Charles Blé Goudé dresse un diagnostic sévère de la gauche ivoirienne, qu’il dit victime « d’infiltration, d’expropriation » et de « complot », tout en présentant ses excuses au président Gbagbo. Ces propos renvoient aux fractures ouvertes entre les anciens cadres du FPI, le PPA‑CI de Laurent Gbagbo et les nouvelles structures portées par Blé Goudé depuis son retour d’exil, sur fond de recomposition du champ oppositionnel face au pouvoir en place.
La question de l’influence de Nady Bamba dans la direction politique apparaît en filigrane, certains acteurs estimant qu’elle pèse lourdement sur les choix stratégiques du PPA‑CI, jusque dans la gestion des alliances et des exclusions. Des commentaires sur les réseaux sociaux, à la suite des déclarations de Blé Goudé, vont jusqu’à suggérer que Gbagbo serait désormais sous la « férule » de son épouse, illustration d’un débat plus large sur la personnalisation et la « privatisation » de l’appareil partisan.
Une demande de pardon à forte portée politique
La formule « je demande pardon au Président Gbagbo », insérée dans un discours sur le complot et l’infiltration de la gauche, s’inscrit dans la continuité d’une posture que Blé Goudé adopte depuis son acquittement par la CPI : celle d’un acteur se réclamant de la réconciliation et de la responsabilité historique. Dès 2022, il avait publiquement demandé pardon aux victimes de la crise post‑électorale de 2010‑2011, saluant le rôle des autorités dans son retour d’exil et se positionnant comme artisan d’un apaisement national, sans pour autant reconnaître une culpabilité pénale.
En s’excusant aujourd’hui auprès de Gbagbo, il tente de réinscrire leur relation dans une mémoire commune de lutte tout en dénonçant ce qu’il perçoit comme une confiscation de l’héritage politique de la gauche ivoirienne. Mais la virulence de ses attaques envers Nady Bamba, accusée implicitement d’avoir érigé un mur entre lui et l’ancien président, risque d’attiser les tensions internes au camp pro‑Gbagbo au moment où se jouent les positionnements pour la présidentielle de 2025.
Enjeux pour la recomposition de l’opposition
Ces révélations publiques replacent au centre du jeu trois questions clés : la place de Nady Bamba dans l’architecture du PPA‑CI, la capacité de Laurent Gbagbo à arbitrer les conflits entre ses anciens lieutenants et la crédibilité de la gauche ivoirienne à se présenter comme une alternative unie. Pour de nombreux militants, l’affaire met à nu les rivalités personnelles et les suspicions d’« infiltration » qui minent la reconstruction d’un camp progressiste déjà fragilisé par les scissions successives et les années de crise.
En exposant sur la place publique ce qu’il présente comme des menaces, des interdits de contact avec Gbagbo et des manœuvres d’« expropriation » politique, Charles Blé Goudé prend le pari risqué de se poser en lanceur d’alerte à l’intérieur de la famille nationale‑populaire. Reste à savoir si cet appel mêlé de règlements de compte, de confidences privées et de « pardon » solennel sera entendu comme une contribution à la clarification politique, ou comme un nouvel épisode de déchirement au sommet d’une gauche ivoirienne toujours en quête d’unité.
