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Les hommes ont plus de cancers de la gorge

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Mardi, 19 mars 2019

Les hommes ont plus de cancers de la gorge

APRNEWS-Ils sont souvent dus au papillomavirus, et la vaccination systématique des garçons pourrait enrayer cette hausse.

Les hommes qui fument et ont eu des rapports orogénitaux avec au moins cinq partenaires sexuels courent particulièrement le risque de développer un cancer oropharyngé (fond de la gorge), selon une étude de l’université Johns Hopkins, à Baltimore (Maryland), publiée le 20 octobre dans les Annals of Oncology. Cependant, les auteurs précisent que ce risque reste faible puisque seulement «0,7 % des hommes auront un cancer oropharyngé au cours de leur vie» et que le risque est encore plus bas pour les femmes, les non-fumeurs et ceux ayant moins de cinq partenaires de sexualité orale.

«0,7 % des hommes auront un cancer oropharyngé au cours de leur vie» Étude de l’université Johns Hopkins

On connaît bien le risque de cancer lié à certains papillomavirus (HPV), en particulier du col de l’utérus, du vagin, de la vulve et de l’anus. Mais l’idée que ces mêmes virus (il en existe plus de 150 types mais seuls une quinzaine sont considérés comme oncogènes, en particulier le HPV16) jouent un rôle croissant dans les cancers ORL (de la tête et du cou) peut sembler plus étonnante. L’infection HPV serait pourtant retrouvée, en fonction des pays, dans 30 à 80 % des cancers de l’oropharynx. Au total, 2,5 % des cancers diagnostiqués en Europe seraient dus aux HPV.Les pratiques orogénitales qui se sont généralisées ont contribué à la diffusion des HPV dans la bouche et la gorge. «Le virus se transmet par la pénétration vaginale et anale mais aussi par le cunnilingus, la fellation ou par simple contact digital», souligne le Dr Joseph Monsonego, gynécologue et spécialiste des pathologies à HPV. «Que l’on soit fille ou garçon, hétérosexuel, homosexuel ou autre, on est presque tous infectés, à un moment donné, par le HPV, fait remarquer le Dr Laurent Abramowitz, proctologue et président du groupe de recherche de la Société française de coloproctologie, et si la majorité se débarrasse du virus en quelques mois, on ne sait pas pourquoi certains (10 %) le conservent.» Des réinfections sont aussi possibles.

Polémiques exagérées
«Beaucoup de gens ont une sexualité orale et nous avons découvert que l’infection orale avec le HPV qui cause les cancers est rare chez les femmes, quel que soit le nombre de partenaires avec qui elles ont eu ce type de rapport», précisent le Dr Amber D’Souza et ses collègues de Johns Hopkins. Pour aboutir à cette conclusion, ils ont analysé les donnés de 13.089 personnes âgées de 20 à 69 ans. «Les femmes semblent moins réceptives au HPV16 au niveau buccal, à l’inverse des hommes, qui, lorsqu’ils reçoivent du HPV16 dans leur bouche, ont moins de protection», observe le Dr Monsonego. «Quand une femme est porteuse du HPV16, elle peut pratiquer la fellation mais je lui conseille d’essayer de limiter les cunnilingus tant que le HPV16 est présent et n’a pas été traité», ajoute-t-il. «L’immunité de la muqueuse joue un rôle prépondérant, explique le Pr Badoual, anatomo-pathologiste spécialisée en pathologie cancéreuse ORL. Et des travaux sont en cours, mais malheureusement on ne dispose pas de modèle animal.»

En revanche, les oncologues ont déjà remarqué des particularités des cancers ORL liés au HPV. «Ils sont de meilleur pronostic que ceux qui associent HPV et tabac, eux-mêmes de meilleur pronostic que ceux dus au tabac seul», note le Pr Badoual.

«Il n’y a à ce jour aucun test qui pourrait être utilisé pour dépister les cancers oropharyngés» Dr Carole Fakhry, département ORL de l’université Johns Hopkins

Impliquée dans l’étude, la Dr Carole Fakhry, du département d’ORL de l’université Johns Hopkins, reste prudente: «Il n’y a à ce jour aucun test qui pourrait être utilisé pour dépister les cancers oropharyngés, précise-t-elle. Ce sont des cancers rares et, pour la plupart des gens en bonne santé, les inconvénients supplanteraient les avantages en raison des faux positifs (test positif sans cancer, NDLR) et de l’anxiété ainsi générée.» Mais la question se posera lorsqu’un test efficace sera disponible. «Aujourd’hui, nous n’avons pas les bons outils de dépistage, confirme le Pr Badoual, mais la prévalence de ce cancer ne cesse d’augmenter et, pour certains épidémiologistes, il y en aura bientôt plus que de cancers du col de l’utérus. C’est déjà le cas aux États-Unis.»

Pour l’heure la vaccination reste donc la seule arme préventive réellement efficace. «Il faudrait certainement vacciner tous les hommes», affirme le Pr Badoual. Malheureusement la France est passée à côté de la vaccination contre le HPV. D’abord en raison des polémiques exagérées sur l’innocuité du vaccin, ensuite en ne vaccinant que les filles, enfin, plus récemment (calendrier vaccinal 2017), en réservant la vaccination aux garçons qui se sentiraient attirés par les hommes. «C’est ubuesque sur le plan épidémiologique, économique et éthique. Nous recommandons la vaccination de toutes les filles et de tous les garçons», conclut le Dr Abramowitz.

Avec Le figaro