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Ghana : une entreprise poids lourds n'emploie que des femmes

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Samedi, 14 novembre 2020

Ghana : une entreprise poids lourds n'emploie que des femmes

L'entreprise ghanéenne Ladybird Logistics, une société de camionnage exclusivement féminine, a vu sa flotte de gros engins quadrupler en deux ans et le nombre de ses chauffeurs tripler.

Abigail Asumadu-Amoah, mère de famille de 44 ans, fait partie des 21 conductrices de poids lourds de Ladybird Logistics, la « première compagnie de transport au monde à n’employer que que des femmes », de la directrice générale à la mécanicienne.

Elle et ses collègues transportent à chaque fois 47 000 litres d’essence vers les mines d’or du Ghana, un pays d’Afrique de l’Ouest de près de 240 000 km2, soit pratiquement la superficie du Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale.

Abigail Asumadu-Amoah, mère de famille de 44 ans, fait partie des 21 conductrices de poids lourds de Ladybird Logistics. PHOTO AFP
Abigail Asumadu-Amoah, mère de famille de 44 ans, fait partie des 21 conductrices de poids lourds de Ladybird Logistics. PHOTO AFP - AFP

Basées dans la ville côtière de Takoradi, ces femmes font en général des trajets de quatre heures, le plus long étant de sept heures.

« Ce que font les hommes, nous pouvons le faire aussi », lâche Abigail, en attendant de remplir sa citerne.

Au Ghana, les secteurs du transport et du stockage fournissent de nombreux emplois, 8% des hommes actifs y travaillant, mais restent largement dominés par la gent masculine.

Trafic d’essence

Alors Abigail et ses collègues bousculent les habitudes... notamment celle consistant à revendre l’essence au marché noir.

Certains chauffeurs siphonnent le précieux liquide et le revendent dans des circuits parallèles pour compléter - ou plutôt doubler - leurs fins de mois.

William Tewiah, le directeur général de Zen Petroleum, l’un des leaders du transport d’hydrocarbures au Ghana, estime ainsi qu’il peut perdre jusqu’à 50 000 dollars par mois (44 000 euros) à cause de ce trafic.

Recruter des femmes a fait partie des solutions choisies par ce chef d’entreprise qui, fin 2017, a lui-même poussé Payin Marfo, alors conseillère en gestion, à prendre la tête d’une compagnie de transport entièrement féminine. Elle est ainsi devenue la directrice générale de Ladybird.

« Un état d’esprit totalement différent »

« Puisqu’elles sont nouvelles dans le secteur, elles arrivent avec un état d’esprit totalement différent », assure William Tewiah.

Beaucoup des employées de cette société de transport, âgées de 28 à 45 ans, étaient déjà conductrices de cars ou de bus et avaient le permis poids lourd avant de conduire des camions-citernes. Elles ont suivi un entraînement militaire, notamment avec des cours de self-defense, en plus de leur formation professionnelle.

Payin Marfo est très satisfaite des résultats de l’entreprise qu’elle dirige dont elle ambitionne de multiplier par deux le personnel et d’accroître le parc des camions. Chaque semaine, de nouvelles candidates se présentent à son bureau. « Pour moi, c’est déjà une victoire », se réjouit-elle.

Pour Beatrice Frimpong, une mécanicienne de 28 ans, cet emploi n’est pas seulement un gagne-pain. « J’espère que ça va encourager d’autres personnes à faire des choses hors du commun ».

Ses collègues masculins lui avaient toujours dit qu’elle était trop petite et trop frêle pour un tel travail et qu’elle devrait plutôt s’en tenir aux véhicules légers. « Je voulais leur prouver que je pouvais le faire », lâche-t-elle. « Peu importe que je sois grande, forte ou petite. »