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Côte d’Ivoire : L’émergence « grippée »

Aprnews -Delafosse François-Dominique- Directeur Général Agence de Presse Régionale - Actualité - Abidjan - Côte d'Ivoire
Lundi, 10 février 2020

Côte d’Ivoire : L’émergence « grippée »

Observateur averti de la vie économique et sociale de la Côte d’Ivoire, Dominique Delafosse se prononçait en 2018 sur les conditions pour l’émergence de la Côte d’Ivoire. Deux ans après, le débat reste plus que jamais d’actualité.

L’Afrique avec plus de soixante années d’indépendance, a tout connu. Redressement, restructuration. Que d’échecs ! Simple constat.

Longtemps en quête d’un idéal, l’Afrique est toujours pauvre en dépit de tous les plans économiques mis en œuvre. Emergence ! Voici le nouveau mot qui a fait son entrée dans le lexique des gouvernants.

Il fait partie de l’agenda politique de nos dirigeants et a pignon sur rue en Afrique.

L’émergence aura-t-elle du succès ?

Avant la référence à l’émergence, il y a eu dans le passé d’autres termes utilisés par les économistes pour désigner les pays pauvres : pays sous-développés, pays les moins avancés, pays en voie de développement, pays en développement, pays à revenu intermédiaire, pays pauvres très endettés, etc.

Qu’est-ce qu’un pays émergent ?

L’économiste sénégalais Moustapha Kassé nous donne une définition minimaliste.

Pour lui, l’émergence est «l’élaboration d’une vision stratégique globale et l’adoption de politiques publiques pertinentes et efficaces qui rendent la croissance soutenable et durable».

Un pays émergent, ou économie émergente, ou encore marché émergent est un pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connait une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques et sociales convergent vers ceux des pays développés avec une ouverture économique au reste du monde, des transformations structurelles et institutionnelles de grande ampleur et un fort potentiel de croissance.

Il convient de noter que le PIB par habitant n'est qu'un critère partiel (et partial) de l'émergence.

Le Koweït, économie émergente a un PIB par habitant proche de la moyenne de l'Union Européenne.

Selon l’économiste néerlandais Antoine Van Agtmael, les pays dits émergents se caractérisent par une croissance forte et soutenue de leur PIB en vue de rattraper les pays plus avancés.

Pour constat il n’existe pas une définition figée des pays émergents.

On pourrait les décrire comme des « pays inachevés » en termes d'infrastructures financière et d’inclusion, mais faisant preuve de fortes opportunités de croissance.

Les pays émergents se caractérisent par une forte croissance économique mais le PNB par tête demeure bien inférieur à celui des habitants des pays développés.

Constat en Côte d’ivoire

Le dernier rapport de la Banque mondiale (BM) sur la santé économique de la Côte d’Ivoire met l’accent sur la condition d’atteinte de l’émergence. Il cible notamment le rôle des entreprises.

« Si le pays a retrouvé une forte croissance après plus d’une décennie d’instabilité politique, son objectif de devenir un pays émergent ne pourra être atteint sans des entreprises plus performantes».

L’atteinte de l’émergence reste réalisable à condition que soient réunis plusieurs facteurs qui la favorise.

Les besoins d'infrastructures, comme les voies de communications ou le logement, demeurent encore importants.

Comment y parvenir ?

L’émergence a une stratégie et un processus d’accumulation de capital physique et financier qu’il faut culturaliste.

L’Afrique a une empreinte qui lui est propre.

Les conseillers des pays africains la définisse comme «un processus accéléré d’accumulation de capital physique et financier, de renforcement du capital humain et institutionnel, d’amélioration des termes de l’échange et des conditions de vie des populations de pays intermédiaires et inférieurs».

Elle s’appuie sur l’implémentation de réformes structurelles  des institutions, le passage d’une économie agraire à un pays industrialisé ainsi que la libéralisation économique par l’ouverture aux flux régionaux et mondiaux de produits, de services et de capitaux.

Dirigeants et leadership 

L’émergence impose un changement radical de mentalité, notamment dans les domaines de la culture endogène et des relations entre les pays africains.

Et ce changement est impulsé par un leadership d’efficacité capable de concevoir, prévoir, planifier, communiquer, sérier, impulser, orienter, suivre, motiver, évaluer et sanctionner.

Elle fait appel à des dirigeants capables de donner l’exemple pour aboutir à une réussite collective grâce à une utilisation efficiente des ressources disponibles, ainsi qu’au retour aux vraies valeurs et aux bons principes de gestion.

L’émergence ne doit pas être comprise comme un simple slogan mais plutôt comme un acte de foi en l’avenir ou un engagement mobilisateur.

L’émergence d’un pays résulte des efforts concertés de tout le corps social, elle devrait s’enraciner au cœur du système gouvernant, et s’imposer aux acteurs ou partis politiques.

Elle ne saurait être l’affaire des seuls économistes.

En réalité, elle est le résultat d’une triple révolution (culturelle, économique et politique) qui doit être menée avec méthode et patriotisme.

L’émergence de l’Afrique embrasse tous les domaines qui rythment la vie d’une société.

Pour que nos pays atteignent leurs ambitions, ces domaines doivent être pris en compte.

Il nous faut redynamiser la culture à travers nos systèmes d’éducation qu’il convient de refonder, et rénover notre politique linguistique.

Une refondation culturelle en vue de rétablir l’équilibre psychoculturel s’impose également.

De plus, l’Afrique devrait refonder son économie par la création de richesses.

Cela  permettra de vaincre l’indignité, la fragilité et la manipulabilité́ induites par l’extrême indigence, la corruption.

Au plan politique, des réformes fortes pour apaiser le jeu politique et en augmentant la légitimité des dirigeants s’avèrent nécessaires.

Elles créeront un cadre pour une meilleure éclosion de valeurs morales, de citoyens visionnaires capables de  porter de nouvelles orientations.

L’émergence passe par un climat politique apaisé.

En Côte d’Ivoire, la réconciliation en reste le vecteur pour une émergence vraie.

Sans elle, toutes les données mettront  en péril les objectifs prônés par le gouvernement.

La réconciliation ne doit pas être utopique.

DELAFOSSE François-Dominique