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Côte d'Ivoire : Le Président Bédié contraint de quitter sa résidence à Abidjan ?

apr-news/ Photo d'illustration - l`Expert indépendant de l`ONU, Doudou Diène chez Bédié
Dimanche, 5 mai 2019

Côte d'Ivoire : Le Président Bédié contraint de quitter sa résidence à Abidjan ?

APRNEWS- Henri Konan Bédié a d’ores et déjà évacué une bonne partie de ses effets vers Daoukro…

La pression avait atteint son paroxysme. Et, Henri Konan Bédié (HKB) a fini par craquer. Les traits tirés, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) s’est résolu à partir. Même si, note notre source, ceux qui réclamaient son départ de sa résidence de Cocody-Les ambassades, sont en train de faire machine-arrière.

Un très proche du leader du Pdci, avec qui nous avons échangé, mercredi 1er mai 2019, sur cette « affaire », est tout aussi furieux que le président de son parti, face à ce qu’il qualifie « d’attitude méprisante de violations des droits et du statut d’ancien chef d’institution du président Henri Konan Bédié ».

« Il (le président Bédié) a entrepris d’évacuer tous ses effets essentiels de cette maison de Cocody, pour les mettre en dépôt dans sa résidence de Daoukro. Il ne reste apparemment plus rien d’important dans cette résidence. Il a tout ramassé », nous a-t-il confié.

HKB n’a pas, pour autant, encore rendu les clés à la Société de gestion du patrimoine immobilier de l’État (Sogepie). C’est que, le président du Pdci, en fin tacticien, attend qu’un acte juridique officiel d’expulsion lui soit signifié, avant de libérer la maison. En attendant ce « commandement d’huissier », le Sphinx de Daoukro a fait, aujourd’hui, de cette résidence d’État, un simple lieu de rendez-vous politique. Au point qu’il n’y passe que quelques rares nuits, lorsqu’il est de passage à Abidjan. S’il demeure encore le locataire de cette maison d’État, HKB n’y réside quasiment plus, après avoir évacué la presque-totalité de ses biens privés.

Selon la Lettre du continent (Lc) n° 799 du mardi 30 avril 2019, Henri Konan Bédié est contraint par des proches du chef de l’État, Alassane Ouattara, de libérer la résidence mise à sa disposition à Cocody-Les-ambassades, en vertu de son statut d’ancien chef de l’État. Les tensions politiques qui déchirent le pays, notamment entre le Pdci et le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) seraient à la base de cette décision imputée à des proches d’Alassane Ouattara, par la Lettre du continent.

« Depuis plusieurs mois, des proches du régime ivoirien souhaitent obtenir le départ du « Bouddha de Daoukro » de cette villa d'Etat, qui a notamment été habitée, par le passé, par Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ministre de l'économie de Laurent Gbagbo, et par l'amiral Mohamed Lamine Fadiga, qui fut ministre de Félix Houphouët-Bolgny », révèle LC.

A lire cet article, il y a un lien direct entre les tensions qui existent entre le Rhdp et le Pdci et les assauts des proches du numéro 1 ivoirien à expulser le parton du Pdci.

Affaire de « tabourets »

Dès lors, la tentative d’expulsion de Bédié par l’État, pourrait s’inscrire dans la théorie de libération des « tabourets », développée par Adama Bictogo, député Rdr d’Agboville et Président du comité d’organisation (Pco) du congrès ordinaire du Rhdp en janvier 2019. Depuis Touba, lors d’un meeting, le week-end dernier, celui-ci a instamment sommé le président du Sénat, Jeannot-Ahoussou Kouadio, à « clarifier sa position, car, on ne peut pas être Rhdp le jour et Pdci la nuit ».

Pour ne pas être surpris, Henri Konan Bédié a d’ores et déjà pris, lui-même, les devants, en évacuant une « grande partie de ses affaires » vers Daoukro. La maison de Cocody qui lui servait de résidence principale, HKB en a fait aujourd’hui, un simple « club-house » où se rencontrent les membres des instances du Pdci, et un lieu d’audiences politiques.

Il y a quelques années, le gouvernement lançait une vaste enquête, afin de dénombrer les biens immobiliers publics frauduleusement et illicitement cédés dans la capitale économique ivoirienne. L’opération, menée par la Société de gestion du patrimoine immobilier de l’État (Sogepie), et qui concerne quelque 32 761 biens administratifs, n’a toujours pas rendu publics ses résultats. Et, des Ivoiriens se demandent si la résidence de Bédié n’est pas touchée par cette opération… « Cela fait plusieurs années que le patrimoine immobilier de l’État n'a pas fait l'objet d'un inventaire exhaustif et périodiquement actualisé », avait déploré Souleymane Camara, le Directeur général (Dg) de cette société d’État. Celui-ci avait soutenu, mordicus, que cette situation avait conduit à « une méconnaissance du patrimoine immobilier de l’État, à des appropriations et occupations illicites des bâtiments administratifs, à des oublis d'immeubles publics et à des cessions illégales d'actifs immobiliers ». L'enquête avait pour vocation de permettre d’établir la cartographie des sites à forte potentialité de bâtiments administratifs usurpés, aux fins de leur identification, notamment. La question qui est aujourd’hui sur certaines lèvres, est de savoir si cette résidence de Bédié lui a été attribuée, après la chute de Laurent Gbagbo, sur des bases claires.

Il est vrai qu’en sa qualité d’ancien chef de l’État, au terme du décret n° 2003-263 du 263 du 23 août 2006 pris pour l’application de la loi n° 2005-201 du 16 juin 2005, relativement aux avantages matériels et financiers d’un ancien président de la République, Henri Konan Bédié a droit à un loyer de 3 millions de F Cfa. Cette loi lui attribue du carburant à hauteur de 2 millions 500 000 F Cfa, 1 million de F Cfa au titre de l’électricité et de l’eau, 1 million de F Cfa pour le téléphone et, avec comme cerise sur le gâteau, la somme de 9 millions 584 580 F Cfa d’Indemnité viagère ( Iv) par mois, ainsi qu’une Pension d’invalidité (Pi).

Avec Armand B. DEPEYLA