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Au Tchad, la campagne présidentielle se durcit

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Vendredi, 12 mars 2021

Au Tchad, la campagne présidentielle se durcit

À un mois de l’élection présidentielle, le climat politique se tend au Tchad. Au moins trois personnes ont été tuées dans la tentative d’arrestation de l’opposant Yaya Dillo, dont sa mère et son fils. Une affaire qui a soulevé une vive émotion, même de la part des partenaires du président Déby.
Réélu sans discontinuité depuis qu’il a été installé par l’Élysée au palais présidentielle de N’Djamena en 1990, à la place de son ancien mentor Hissen Habré, le maréchal président Idriss Déby se prépare à gagner dans un mois, sa sixième élection présidentielle. Cependant, le climat politique s’est considérablement tendu au Tchad ces derniers jours, surtout après la violente tentative d’arrestation de l’un de ses principaux opposants, Yaya Dillo.

Dans la nuit du 28 février au 1er mars, des soldats à bord de véhicules blindés et de chars ont encerclé et attaqué la maison de Yaya Dillo, au lendemain du dépôt de sa candidature à l’élection présidentielle. Selon ce dernier, plusieurs personnes ont été tuées dans l’assaut, dont sa mère et son fils.

Selon N’Djamena, les forces de l’ordre étaient venues l’interpeller puisqu’il était sous le coup de deux mandats d’arrêts. Les premiers coups de feu auraient été tirés par le clan Dillo, affirment les autorités tchadiennes : les forces de l’ordre n’auraient fait que se défendre, perdant, selon elles, deux de ses hommes dans l’opération.

Diffamation et vols de véhicule de fonction

Yaya Dillo est sous le coup d’une plainte pour diffamation et injure déposée par la franco-tchadienne Hinda Déby Itno, la quatrième épouse du maréchal président Déby et première dame du pays. Il y a un an, l’opposant avait dénoncé un conflit d’intérêt entre le ministère de la santé et la fondation dirigée par la première dame. Il s’interrogeait sur les raisons qui avaient permis à cette fondation de gérer une partie des fonds destinés à la lutte contre le Covid, soupçonnant un détournement d’argent : d’où la plainte pour diffamation déposée par Hinda Déby Itno.

À la suite de cette affaire, N’Djamena l’a limogé de son poste d’ambassadeur à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac). Il ne lui aurait pas rendu trois véhicules de fonction, accuse la Cemac. D’où la deuxième plainte.

Enfin, c’est parce qu’il aurait refusé de répondre à une convocation de la justice que le gouvernement tchadien s’est décidé à l’arrêter par la force, explique-t-on du côté du palais présidentiel.

Le camp de Déby se fracture

Au lendemain de cette interpellation ratée, Yaya Dillo a été exfiltré de son domicile par une cache secrète, bénéficiant de complicité au sein du dispositif sécuritaire tchadien : composé essentiellement de Zaghawa, le peuple dont sont issus Idriss Deby et Yaya Dillo.

La passe d’armes entre les deux hommes illustre les divisions au sein des Zaghawa, et donc, au sein du camp Déby. Les oncles de Yaya Dillo avaient déjà voulu le renverser dans les années 2000. Yaya Dillo ne les a pas suivi, préférant se rallier au pouvoir. Entré au gouvernement en 2008, il a occupé plusieurs postes importants avant d’être nommé ambassadeur du Tchad auprès de la Cemac.

Des candidats qui jettent l’éponge

Au lendemain de cette opération meurtrière, trois candidats à l’élection présidentielle ont renoncé à se présenter. Le premier d’entre eux, Saleh Kebzabo, leader de l’opposition, a dénoncé une « militarisation évidente du climat politique ».

 

De son côté, Mahamat Yosko Brahim a fustigé le climat « actuel qui n’est pas favorable à une élection présidentielle libre et transparente ». Et Ngarlejy Yorongar, ancien compagnon d'armes d'Idriss Déby en 1990, s’est retiré en raison de « l'injustice sociale et de l'insécurité que vivent les partis politiques de l'opposition ». De sorte, qu’ils ne sont plus que six candidats à se présenter le 11 avril.

Une émotion au-delà du Tchad

La meurtrière tentative d’arrestation de Yaya Dillo a fait réagir plusieurs partenaires du Tchad, dont l’Union africaine qui a exprimé sa « consternation » après « la perte de vies humaines civiles et parmi les forces de l'ordre ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déploré « le recours à la force dans le cadre du processus électoral au Tchad »et il a exhorté « les autorités tchadiennes à favoriser le dialogue politique avant les prochaines élections ».

Fait plus rare, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a appelé, lui aussi, les autorités tchadiennes à mener « au plus vite » une enquête « impartiale » sur les morts dans la tentative d'arrestation de Yaya Dillo.

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