
APRNEWS: « Thérèse et Mandela » Serge Bilé et la colère de Marie-Thérèse Houphouët-Boigny
La sortie du documentaire « Thérèse et Mandela » du journaliste franco-ivoirien Serge Bilé suscite de vives réactions, notamment celle de Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, ancienne Première dame de Côte d’Ivoire.
À 95 ans, cette dernière dénonce des inexactitudes et fustige un « révisionnisme » de sa vie privée, réaffirmant n’avoir jamais rencontré Nelson Mandela.
Selon son entourage, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, alors présente en Afrique du Sud pour un mariage, aurait décliné tout échange avec Mandela ce dernier étant gravement malade. Elle juge « indécent » de remettre en scène ces épisodes de sa vie, d’autant que Serge Bilé s’était déjà penché sur son parcours intime dans son précédent documentaire « Les Sept Femmes de Félix Houphouët-Boigny ». Des poursuites judiciaires contre le journaliste ne sont pas exclues, la polémique pouvant s’amplifier à son retour de Genève.
Au cœur du débat : la méthodologie du film. L’ex-Première dame s’interroge sur l’absence de son témoignage direct dans la réalisation du documentaire, insistant sur le fait que l’équilibre de l’information impose d’entendre tous les protagonistes concernés.
Dans « Thérèse et Mandela », Serge Bilé revient sur la diplomatie complexe, parfois secrète, de la Côte d’Ivoire face au régime d’apartheid de Pretoria et son soutien financier à l’ANC de Nelson Mandela dès 1973. Il met en lumière l’attitude ambivalente de Félix Houphouët-Boigny, à la fois soutien discret de la cause anti-apartheid et promoteur du dialogue avec un pouvoir sud-africain encore raciste. Le documentaire explore aussi la dimension plus personnelle supposée entre Marie-Thérèse Houphouët-Boigny et Mandela, évoquant une invitation à Pretoria en 1996. Selon Serge Bilé, ce pan méconnu de l’histoire doit aider les jeunes générations à relire la diplomatie africaine à l’aune du contexte, des enjeux et de la mémoire collective.
Serge Bilé, déjà reconnu pour son travail de mémoire avec « Les Sept Femmes de Félix Houphouët-Boigny » et d’autres œuvres documentaires, affirme vouloir ouvrir un débat sur l’héritage diplomatique ivoirien et la construction collective de l’histoire continentale. L’affaire oppose donc une exigence de rigueur documentaire à la volonté de préserver la dignité et la vérité vécue des acteurs historiques.
À l’heure où l’Afrique s’interroge sur la manière de raconter sa propre histoire, cette controverse rappelle la nécessité de croiser rigueur journalistique et respect de la parole des témoins pour bâtir une mémoire inclusive et crédible.
