
APRNEWS: Un candidat à la présidentielle ivoirienne récolte 70 000 FCFA en espérant 35 millions FCFA
Jean François Kouassi, candidat à la présidentielle ivoirienne de 2025, a lancé une collecte de fonds en ligne pour soutenir sa campagne, visant 35 millions FCFA mais n'obtenant que 70 000 FCFA à ce jour. Cette situation met en lumière les difficultés des candidats indépendants à mobiliser un soutien financier significatif. Malgré cette modeste collecte, Kouassi maintient sa candidature, illustrant les défis structurels auxquels sont confrontés les candidats indépendants en Côte d'Ivoire et en Afrique, notamment en termes de financement, de méfiance du public et de poids de l'argent en politique. Sa campagne symbolise la lutte pour exister et porter un message, même sans moyens financiers importants.
Jean François Kouassi, candidat à la présidentielle ivoirienne de 2025, a lancé une collecte de fonds en ligne dans l’espoir de mobiliser 35 millions FCFA pour soutenir sa campagne. La récolte s’est avérée extrêmement faible, avec seulement 70 000 FCFA obtenus à ce jour, illustrant les difficultés des candidatures indépendantes à mobiliser le soutien financier populaire à grande échelle.
Cette mobilisation modeste témoigne des obstacles financiers que rencontrent les candidats hors appareil politique traditionnel pour mener une campagne efficace, alors même que Kouassi se présente comme le candidat de la jeunesse et du renouvellement. Malgré cette récolte limitée, il poursuit sa démarche citoyenne et maintient sa candidature devant la CEI pour la présidentielle d’octobre 2025.
Cette situation de Jean François Kouassi est un cas d’école qui illustre parfaitement les défis structurels et contextuels auxquels sont confrontés les candidats indépendants en Côte d’Ivoire, et plus largement en Afrique.
Analyse plus approfondie des enjeux que révèle cette collecte de fonds
Le fossé entre l’ambition et la réalité du terrain
Objectif vs. Résultat
Viser 35 millions FCFA (environ 53 300 €) et n’en récolter que 70 000 FCFA (environ 107 €) représente un taux de réussite de seulement 0,2%. Cet écart colossal montre une méconnaissance de sa base de soutien réel et de sa capacité à mobiliser financièrement, même parmi ceux qui pourraient sympathiser avec ses idées.
Les défis structurels des candidatures indépendantes
Absence de machine politique
Contrairement aux grands partis (RHDP, PDCI) qui disposent de réseaux militants, de donateurs habituels (entrepreneurs, sympathisants aisés) et d’un système de cotisations, un indépendant part de zéro. La collecte dépend entièrement de la notoriété personnelle du candidat et de sa capacité à convaincre via les réseaux sociaux.
Méfiance et habitudes
Dans beaucoup de pays, dont la Côte d’Ivoire, la culture du financement participatif (crowdfunding) pour la politique est encore très rare. La population peut être méfiante quant à l’utilisation réelle des fonds ou préférer soutenir un candidat par d’autres moyens (participation aux meetings, bouche-à-oreille).
Le poids de l’argent en politique
Une campagne présidentielle moderne (affiches, meetings, déplacements, spots TV/radio, équipes de campagne) coûte extrêmement cher. 70 000 FCFA ne permettent même pas de financer une communication de base dans une seule ville, ce qui pose la question de la viabilité de sa campagne au-delà de la simple candidature symbolique.
Le paradoxe de la « candidature jeunesse »
Jean François Kouassi se présente comme le « candidat de la jeunesse ». Or, si la jeunesse ivoirienne est nombreuse et souvent demandeuse de renouvellement, elle est aussi très touchée par les problèmes économiques (chômage, précarité). Il est donc difficile de mobiliser financièrement une population qui n’a pas les moyens de donner, même si elle adhère au discours. Le soutien se limite souvent à des « likes » et des partages sur les réseaux sociaux, qui ne se transforment pas en dons.
La symbolique face à la pratique
Une candidature « citoyenne »
Le fait qu’il maintienne sa candidature malgré l’échec de la collecte est hautement symbolique. Cela envoie un message : sa démarche n’est pas conditionnée par l’argent mais par la conviction et la volonté de porter une voix alternative. C’est une façon de dénoncer indirectement l’importance de l’argent dans le jeu politique.
La légitimité devant la CEI
L’essentiel pour lui est peut-être simplement de remplir les conditions légales (parrainages, dossier) pour que sa candidature soit officialisée. Être présent sur le bulletin de vote est en soi une victoire et une forme de reconnaissance, même sans les moyens de mener une campagne intensive.
La modeste collecte de Jean François Kouassi est bien plus qu’un simple échec financier. C’est le symptôme des difficultés profondes à briser le plafond de verre politique sans le soutien d’un appareil partisan ou de ressources financières substantielles.
Elle soulève des questions cruciales sur la démocratie ivoirienne : comment permettre à des voix alternatives et indépendantes de se faire entendre sans être étouffées par des considérations purement financières ? Si son impact électoral sera très probablement marginal, sa candidature sert de révélateur des limites du système politique actuel pour les outsiders. Son véritable combat n’est peut-être pas de gagner, mais d’exister et de porter un message, fut-il sans moyens.
