
APRNEWS: Retour en Côte d’Ivoire – Tidjane Thiam prêt à déposer sa candidature présidentielle lundi
Le représentant du PDCI-RDA se déplacera à Abidjan le samedi 23 août 2025 afin de soumettre sa candidature pour l'élection présidentielle d'octobre, malgré son inéligibilité. Ses partisans anticipent une participation massive à cet événement.
Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, est annoncé à Abidjan pour ce samedi 23 août afin de préparer le dépôt officiel de sa candidature à l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2025, malgré une situation juridique complexe concernant son éligibilité. Le dépôt du dossier à la Commission électorale indépendante (CEI) est prévu pour le lundi 25 août, et le parti prévoit une mobilisation importante de ses militants et sympathisants pour l’accueillir et marquer cet événement.
Un comité d’organisation, spécialement constitué, doit coordonner l’accueil de Tidjane Thiam et assurer le bon déroulement de son dépôt de candidature, alors que ses partisans réclament activement sa présence depuis plusieurs mois.
Cependant, le retour de Thiam en Côte d’Ivoire s’inscrit dans un contexte juridique tendu. D’une part, son entourage rapporte qu’une autorité ivoirienne aurait averti son frère, Augustin Thiam, proche du RHDP, que Tidjane Thiam serait exposé à des poursuites judiciaires immédiates à son arrivée, en raison de soupçons liés à une implication supposée dans le Conseil national de transition (CNT) de 2020. D’autre part, plusieurs médias indiquent que Thiam risque jusqu’à cinq ans de prison pour avoir diffusé une conversation privée entre lui-même et le ministre de la Justice, Sansan Kambilé une action susceptible de relever de la législation ivoirienne sur la cybercriminalité.
En exil en France ces derniers mois, Tidjane Thiam s’était montré prudent sur son retour, évoquant publiquement ces menaces judiciaires. Son éventuel dépôt de candidature fait donc l’objet de toutes les attentions politiques et médiatiques en Côte d’Ivoire. Le comité d’organisation du PDCI-RDA a annoncé une communication officielle prochaine sur les détails de l’événement et la sécurité de son leader pendant son séjour.
DECRYPTAGE
Analyse de la Situation Autour de la Candidature de Tidjane Thiam
L’annonce du retour de Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire pour déposer sa candidature à la présidentielle de 2025 crée un événement politique majeur, mais il est immédiatement entouré d’une forte tension juridique et politique. On peut analyser cette situation sous plusieurs angles.
1. Une Stratégie Politique Affirmée du PDCI-RDA
Le PDCI-RDA, principal parti d’opposition, orchestre ce retour comme un acte politique fort :
Un Événement Médiatisé : La date est annoncée, une mobilisation massive des militants est prévue, et un comité d’organisation dédié a été mis en place. Cela transforme le simple dépôt de candidature en une démonstration de force et de popularité.
Une Réponse aux Attentes : Le parti répond ainsi à la base militante qui réclame depuis des mois la présence et la candidature de son leader, affichant une unité et une détermination.
Forcer le Jeu : En se présentant physiquement à la Commission Électorale Indépendante (CEI), Thiam et le PDCI-RDA placent la balle dans le camp des autorités. Ils les mettent au défi de soit accepter le dossier, soit de l’écarter ouvertement, avec les conséquences politiques que cela pourrait entraîner.
2. Un Contexte Juridique Extrêmement Tendu et Menaçant
C’est le principal obstacle et la source d’incertitude. Deux menaces judiciaires distinctes pèsent sur Thiam :
L’Accusation d’Implication dans le CNT (2020) : Le Conseil National de Transition était une structure proposée par l’opposition de l’époque pour gérer une transition après la candidature très controversée d’Alassane Ouattara. Le pouvoir actuel considère souvent cette initiative comme une tentative d’insurrection. Poursuivre Thiam pour cela serait une manœuvre politique visant à le disqualifier pour « insurrection », un motif classique d’inéligibilité.
L’Affaire de la Conversation Privée : La diffusion d’un enregistrement privé avec le ministre de la Justice est une accusation plus concrète, relevant de la loi sur la cybercriminalité. Cette accusation offre au pouvoir une base légale plus tangible pour justiquer d’éventuelles poursuites, même si le motif est perçu par beaucoup comme prétexte.
La « fuite » vers son frère, un proche du RHDP (parti au pouvoir), suggère une intimidation politiquepour le dissuader de revenir. L’exil volontaire de Thiam en France montre qu’il prend ces menaces au sérieux.
3. Les Enjeux et les Scénarios Possibles
Le week-end du 23-25 août 2025 s’annonce décisif. Plusieurs scénarios sont possibles :
Scénario de la Confrontation : Thiam arrive à Abidjan, est accueilli par une foule immense. Il pourrait alors être arrêté ou convoqué par la justice immédiatement, ce qui déclencherait très probablement des tensions et des manifestations de ses partisans. Ce scénario du « martyr » serait très risqué pour la stabilité du pays.
Scénario de l’Atermoiement : Les autorités le laissent déposer sa candidature mais ouvrent ou poursuivent des procédures judiciaires parallèlement. La CEI serait alors ensuite confrontée à la décision très politique de valider ou non sa candidature en fonction de sa situation judiciaire (une condamnation pouvant entraîner une inéligibilité).
Scénario de l’Apaisement (Moins Probable) : Le pouvoir le laisse revenir, déposer sa candidature et faire campagne, estimant que le risque de troubles est plus grand en l’écartant qu’en le affrontant dans les urnes. Cela supposerait un calcul politique très froid.
Le retour de Tidjane Thiam est bien plus qu’un simple dépôt de candidature. C’est une manœuvre à haut risque qui place le pouvoir ivoirien face à un dilemme :
L’arrêter ou l’empêcher de se présenter risque de décrédibiliser le processus électoral, de radicaliser l’opposition et de provoquer des violences.
Le laisser concourir reconnaît sa légitimité et lui offre une tribune nationale pour défier le pouvoir en place.
LE PDCI DEMENT
Cet événement est donc un point de cristallisation des tensions politiques et juridiques en Côte d’Ivoire, qui teste les limites de l’état de droit et la maturité démocratique du pays à l’approche d’une élection cruciale. La communication du comité du PDCI sur la sécurité de son leader sera un indicateur clé de la façon dont ils appréhendent la menace.

