
APRNEWS: RDC – Félix Tshisekedi confronté à une plainte explosive aux États-Unis
Kinshasa – Washington. C’est un nouveau dossier judiciaire qui menace d’éclabousser la présidence congolaise. La société PayServices, basée dans l’Idaho, a saisi la justice fédérale américaine contre l’État congolais et plusieurs hauts responsables, accusés de "sabotage de contrat" et de "tentatives de corruption" dans le cadre d’un vaste programme de numérisation des services publics.
Un projet initialement estimé à plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels.
Un partenariat prometteur… vite rompu
Signé début 2024, l’accord liait PayServices à plusieurs institutions congolaises, dont la Caisse générale d’épargne du Congo (Cadeco). La fintech dirigée par l’homme d’affaires Lionel Danenberg se disait alors prête à investir massivement pour déployer une infrastructure nationale de paiements électroniques.
Mais à peine un an plus tard, le partenariat tourne court. En novembre 2025, après plusieurs échanges infructueux avec Kinshasa, le cabinet américain Parker Sanchez & Donnelly adresse une ultime mise en demeure. Sans réponse, PayServices porte plainte début 2026, réclamant 4 milliards de dollars de dédommagements.
Détournements présumés et corruption alléguée
Au cœur de la plainte, des accusations de demandes de pots-de-vin visant plusieurs membres de l’entourage présidentiel. Parmi les noms cités : Julie Mbuyi Shiku, ministre du Portefeuille et cousine de Félix Tshisekedi, soupçonnée d’avoir sollicité un versement de 10% sur une tranche de 20 millions de dollars due à PayServices.
D’autres personnalités sont également mentionnées, dont Doudou Fwamba Likunde, actuel ministre des finances, Anthony Nkinzo Kamole, directeur de cabinet du chef de l’État, ou encore André Wameso, gouverneur de la Banque centrale. Tous démentent, ou n’ont pas souhaité réagir.
Kinshasa crie au complot
Dans un communiqué transmis par le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, le gouvernement congolais rejette en bloc les accusations, évoquant « des allégations sans fondement » et pointant « des pressions inacceptables d’une société privée étrangère ». Kinshasa affirme en outre que le protocole signé avec PayServices « n’avait pas de base légale », faute d’approbation par le ministère des finances.
Le malaise diplomatique avec Washington
Cette affaire tombe à un moment délicat pour Félix Tshisekedi. Alors que son administration est déjà fragilisée par des enquêtes en Belgique sur de supposés détournements liés à des concessions minières au Katanga, ce nouveau contentieux outre-Atlantique risque de tendre encore davantage les relations entre Kinshasa et Washington.
D’autant que l’ambassade américaine à Kinshasa avait, dès 2024, apporté un soutien discret à PayServices, perçue comme un partenaire crédible pour moderniser l’écosystème financier congolais.
Une affaire aux multiples ramifications
De la Vendée du numérique congolais à la salle des audiences fédérales de Houston, le parcours du litige PayServices illustre les fragilités d’un État où la modernisation des institutions se heurte encore à des logiques opaques et à des rivalités politiques.
Si la justice américaine donne suite à la plainte, le dossier pourrait exposer au grand jour les rouages internes de la présidence Tshisekedi, à moins d’un règlement diplomatique permettant de préserver les liens – déjà fragiles – avec l’administration Trump.
