
APRNEWS: Pénurie de carburant et tensions politiques à Bamako – le Mali face à un double péril
Entre crise énergétique, menace djihadiste et contestation politique, la capitale malienne vit au rythme d’une inquiétude croissante.
Depuis deux mois, Bamako fait face à une pénurie persistante de produits pétroliers qui paralyse son économie et accentue le mécontentement populaire. Les longues files d’attente devant les stations-service témoignent de la gravité d’une situation devenue explosive dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité et la crise politique.
À l’origine, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a multiplié les attaques contre les voies d’approvisionnement, incendiant des camions-citernes et coupant des routes stratégiques reliant le Mali à ses voisins côtiers. Ce blocus de fait a plongé la capitale dans une rare tension économique et sociale.
Face à cette situation, le chef de la transition, le général Assimi Goïta, a appelé à « l’unité nationale » contre le « péril terroriste ». Mais les voix de l’opposition, souvent réduites au silence ou contraintes à l’exil, dénoncent une dérive autoritaire masquée derrière la rhétorique sécuritaire. L’ancien ministre de la Justice Mamadou Ismaïla Konaté a exhorté les Maliens à « ouvrir les yeux face à un régime qui confisque la nation et la conduit au chaos ». Pour sa part, Mountaga Tall, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, a salué la résilience du peuple tout en mettant en garde : « Une interminable résilience peut se transformer en résignation, puis en révolte réprimée. »
La contestation prend forme sur fond d’incompréhension croissante. En juillet dernier, Assimi Goïta a promulgué une loi prolongeant son mandat jusqu’en 2030 au moins, mettant fin aux espoirs d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Les chancelleries étrangères, inquiètes de la dégradation de la situation, ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le pays.
Dans un contexte où les menaces djihadistes se combinent à une crise énergétique et institutionnelle, le Mali s’enfonce dans une période d’incertitude dont l’issue dépendra autant de la résilience de sa population que de la capacité du pouvoir à répondre à ses aspirations démocratiques.
