
APRNEWS: Parlons des électeurs de Côte d’Ivoire
Vincent Toh Bi Irié met en lumière la faible population électorale en Côte d’Ivoire, soulignant des défis majeurs pour la légitimité des institutions et la démocratie. Les raisons de cette situation incluent une population jeune, des obstacles à l'inscription, un manque d'engagement politique et de confiance dans les institutions. Les conséquences de cette faible participation électorale peuvent entraîner un manque de légitimité des élus, une désaffection politique et un risque d'instabilité. Des solutions telles que la modernisation de l'enregistrement électoral, des campagnes de sensibilisation et le renforcement de la confiance sont proposées pour améliorer la situation. Il est crucial de collaborer entre acteurs politiques, société civile et institutions électorales pour encourager l'inscription et la participation des citoyens, tout en promouvant la transparence et la confiance.
Depuis quelques semaines, un débat est récurrent dans l’arène politique ivoirienne, la question des listes électorales et conséquemment de l’inscription sur les listes électorales.
Je voudrais apporter ici cet éclairage technique et politique, sur la base de chiffres récoltés par certaines organisations spécialisées, notamment International IDEA.
La conclusion sur laquelle l’on peut sauter immédiatement est que la Côte d’Ivoire a l’une des plus faibles populations électorales d’Afrique, c’est-à-dire que par rapport à la population générale, le nombre de personnes inscrites sur les listes électorales est relativement faible, quand nous nous basons sur les chiffres du RGPH 2021 et sur le chiffre beaucoup plus stable et fixe de la population électorale des législatives de Mars 2021 ( plutôt que les populations fluctuantes et légales des populations électorales des élections locales de Septembre 2023).
Dans le tableau en illustration ci-dessus, la population électorale de Côte d’Ivoire, avec ses 25,11%, est presque 2 fois plus faible que la plus faible population ( Niger 42,26%) des 21 pays sélectionnés ci-dessus.
Certains pays telle que l’Afrique du Sud affichent des taux records de 68%.
Des voisins tel que le Liberia grimpent jusqu’à 53,79%.
Certains pays africains telle que l’Egypte ( où le vote est obligatoire) et non Africains tel que le Pérou ( où ne pas participer à une election peut être puni d’une amende équivalant au SMIG), affichent de forts taux .
Qu’est-ce qui explique ces écarts entre les populations électorales ? Ce sont les variables suivantes :
-structure de la population ( jeunes , adultes , vieux )
-majorité électorale (16, 18 ou 21 ans)
-système d’enregistrement électoral ( annuel, séquentiel, événementiel ponctuel, permanent, cyclique ou opportuniste )
-migrations
-participation politique
-atmosphère générale de liberté ou de transparence
-tradition électorale
-composition genre ( hommes/femmes)
-niveau d’éducation
-CONFIANCE DANS LES INSTITUTIONS ET DANS LA COMMISSION ÉLECTORALE .
Pourquoi est-il inquiétant qu’un pays comme la Côte d’Ivoire ait une faible population électorale ? Parce que si une bonne partie de la population n’a pas participé au processus électoral en s’inscrivant ou en votant , il peut se poser un problème de légitimité des institutions et des personnes sorties des urnes, malgré leur légalité. Les populations pourraient ne pas se reconnaître dans les orientations, les décisions et les politiques publiques prises par les autorités élues, du Président de la République aux Élus locaux. L’un des exemples en la matière est le Mali, qui fut pendant plus de 20 ans l’une des plus grandes démocraties d’Afrique dont la population électorale et la participation au vote n’ont cessé de décroître ( jusqu’à 24%) de 1990 à 2012, le moment du malheureux affaissement de cette démocratie.
Ce débat est donc essentiel et devrait être pris avec beaucoup de sérieux, en dehors des passions des chapelles politiques.
Namibia 59,60 %
Botswana 65,78 %
South Africa 68 %
Lesotho 60,68 %
Gambia 59,01%
Togo 55,07 %
Uganda 44,93 %
Zimbabwe 55,65 %
Zambia 49,64 %
Sierra Leone 52,65 %
Niger 42,26 %
Mozambique 48,50 %
Malawi 47,12 %
Liberia 53,79 %
Kenya 53,29 %
Guinea-Bissau 50,57 %
Ghana 51,90 %
Gabon 55,56%
Ethiopia 54,01%
RDC 50,89%
Côte d’Ivoire 25,11%
Par Vincent Toh Bi Irié
L’analyse de Vincent Toh Bi Irié sur la faible population électorale en Côte d’Ivoire soulève des questions cruciales concernant la légitimité des institutions, la participation citoyenne et la démocratie dans le pays.
Constat : Une faible population électorale en Côte d’Ivoire
Chiffres alarmants : Avec seulement 25,11 % de sa population inscrite sur les listes électorales (selon les données de 2021), la Côte d’Ivoire se classe parmi les pays ayant les taux d’inscription les plus bas en Afrique. Ce chiffre est presque deux fois plus faible que celui du Niger (42,26 %), et bien en dessous de pays comme l’Afrique du Sud (68 %) ou le Liberia (53,79 %).
Comparaison régionale : Les pays voisins et d’autres nations africaines affichent des taux d’inscription électorale bien plus élevés, ce qui souligne un déficit particulier en Côte d’Ivoire.
Facteurs explicatifs de cette faible inscription
Plusieurs variables expliquent ce faible taux d’inscription sur les listes électorales :
Structure de la population : Une population très jeune (moins de 18 ans) peut réduire le nombre d’électeurs potentiels.
Majorité électorale : En Côte d’Ivoire, l’âge minimum pour voter est de 18 ans, ce qui exclut une partie importante de la population.
Système d’enregistrement électoral : Le système ivoirien, souvent ponctuel et événementiel, peut limiter les opportunités d’inscription.
Migrations : Les déplacements internes et externes de populations peuvent compliquer l’inscription et la participation.
Participation politique : Un faible engagement politique ou un désintérêt pour les élections peut réduire le nombre d’inscrits.
Manque de confiance dans les institutions : Si les citoyens ne font pas confiance à la Commission électorale ou aux institutions, ils peuvent être moins enclins à s’inscrire ou à voter.
Niveau d’éducation : Un faible niveau d’éducation peut limiter la compréhension de l’importance du vote.
Atmosphère politique : Un climat de tension ou de méfiance peut dissuader les citoyens de participer au processus électoral.
Conséquences d’une faible population électorale
Problème de légitimité : Un faible taux d’inscription et de participation peut remettre en cause la légitimité des élus et des institutions, même si leur élection est légale.
Désaffection politique : Les populations peuvent ne pas se reconnaître dans les décisions prises par les autorités élues, ce qui peut entraîner un sentiment d’exclusion ou de marginalisation.
Risque d’instabilité : Comme l’exemple du Mali le montre, une participation électorale en déclin peut fragiliser la démocratie et conduire à des crises politiques.
Solutions et pistes d’amélioration
Pour augmenter la population électorale et renforcer la démocratie en Côte d’Ivoire, plusieurs mesures pourraient être envisagées
Modernisation du système d’enregistrement : Mettre en place un système d’enregistrement électoral permanent ou cyclique pour faciliter l’inscription des citoyens.
Campagnes de sensibilisation : Informer et éduquer les citoyens sur l’importance de s’inscrire et de voter.
Renforcement de la confiance : Garantir la transparence et l’indépendance de la Commission électorale pour rassurer les citoyens.
Facilitation de l’accès aux bureaux d’enregistrement : Multiplier les centres d’inscription, notamment dans les zones rurales et reculées.
Engagement des jeunes : Cibler les jeunes électeurs potentiels à travers des campagnes adaptées et des programmes éducatifs.
Vote obligatoire : Bien que controversée, cette mesure (comme en Égypte) pourrait augmenter la participation, mais elle doit être accompagnée de garanties pour éviter des abus.
La faible population électorale en Côte d’Ivoire est un défi majeur pour la démocratie et la légitimité des institutions. Pour y remédier, il est essentiel de comprendre les causes profondes de cette situation et de mettre en place des mesures concrètes pour encourager l’inscription et la participation des citoyens. Cela nécessite une collaboration entre les acteurs politiques, la société civile et les institutions électorales, ainsi qu’un engagement fort en faveur de la transparence et de la confiance.
Décryptage Delafosse François- Dominique