
APRNEWS: Niger-Mali – Crise du carburant et bras de fer sahélien
Au Sahel, les tensions énergétiques prennent un tour politique explosif. Confronté à la multiplication des attaques djihadistes contre les convois de carburant, le Mali s’enfonce dans une crise énergétique sans précédent.
Son allié nigérien, principal fournisseur régional, vient de hausser le ton face aux transporteurs qui refusent désormais de livrer un pays placé sous blocus islamiste.
Niamey passe à la méthode forte
À Niamey, les autorités ne cachent plus leur irritation. Le ministère nigérien des Transports a annoncé le retrait des licences de quatorze sociétés et dix-neuf chauffeurs coupables d’avoir refusé les missions de livraison de carburant vers le Mali. « L’approvisionnement du pays frère relève de notre sécurité et de nos engagements stratégiques », affirme un haut responsable du ministère.
Ce durcissement illustre la volonté du Niger de consolider sa position de pivot énergétique au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), face à un Mali asphyxié par un blocus djihadiste instauré depuis septembre par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Le carburant, nouvelle arme de guerre
Depuis plusieurs mois, les groupes armés multiplient les attaques contre les axes logistiquesreliant Bamako à ses voisins : Sénégal, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Guinée. Camions-citernes incendiés, routes minées, postes de sécurité attaqués — la stratégie du JNIM vise à étrangler économiquement le pays et à fragiliser une junte déjà contestée.
Résultat : les stations-service sont à sec, le prix du transport explose et des pans entiers de l’économie tournent au ralenti. Selon des experts maliens, Bamako aurait besoin de 150 camions-citernes par jour pour assurer un approvisionnement normal. Les livraisons ponctuelles par Niamey — comme le convoi record de 82 camions escortés par l’AES en novembre dernier — ne représentent qu’une bouffée d’oxygène temporaire.
Solidarité sahélienne sous tension
Le Niger, producteur de pétrole depuis 2011, s’était engagé à fournir 85 millions de litres de carburant sur six mois au Mali. Un accord à forte portée politique, censé symboliser la cohésion des trois membres de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) depuis leur retrait collectif de la CEDEAO.
Mais cette solidarité se heurte désormais à la réalité du terrain : trajets périlleux, zones d’embuscade, chauffeurs réticents. Niamey, en misant sur la coercition administrative, espère éviter l’échec d’un axe énergétique vital – tout en affirmant son leadership dans l’espace AES.
Kayes, nouveau front stratégique
Longtemps épargnée par les violences, la région de Kayes, au sud-ouest du Mali, est devenue un nouvel épicentre des tensions. Carrefour du corridor Bamako-Dakar et bastion aurifère stratégique, elle subit depuis l’été une recrudescence d’attaques. Le JNIM y impose un blocus ciblant les flux commerciaux, cherchant ainsi à démontrer sa capacité à frapper loin des zones de conflit traditionnelles du centre et du nord.
Pour Bamako, cette offensive menace directement la relance économique et symbolise la vulnérabilité persistante de l’État malien, même dans ses zones historiquement stables.
Une crise énergétique aux dimensions géopolitiques
Au-delà des pénuries et des sanctions, cette crise du carburant révèle les failles structurelles de la coopération sahélienne. Entre impératifs sécuritaires, dépendance énergétique et rivalités d’influence, l’approvisionnement en hydrocarbures s’impose désormais comme un test majeur de survie politique pour l’AES.
Dans cette bataille du pétrole sahélien, Niamey entend se poser en garant de la résilience régionale — au risque de transformer la solidarité énergétique en instrument de puissance.
