APRNEWS: Les agences Fitch et S&P jugent surestimée l’exposition des banques ivoiriennes à la dette sénégalaise

APRNEWS: Les agences Fitch et S&P jugent surestimée l’exposition des banques ivoiriennes à la dette sénégalaise

Alors que le Sénégal traverse une période de fortes tensions budgétaires, les inquiétudes sur un éventuel effet de contagion financière au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) se multiplient. Pourtant, selon Fitch Ratings et S&P Global Ratings, si les risques existent, l’exposition des banques ivoiriennes à la dette publique sénégalaise apparaît largement surestimée.

Les deux principales agences de notation internationales partagent un constat nuancé : la dégradation des finances publiques du Sénégal exerce une pression sur les marchés régionaux, mais les mécanismes d’intermédiation et les dispositifs de soutien institutionnel limitent, pour l’heure, l’impact sur la solidité du système bancaire ivoirien.

Une exposition gonflée par des effets statistiques

Depuis le début de l’année 2025, Dakar a intensifié sa présence sur les marchés régionaux, levant plus de 2 000 milliards de F CFA par adjudications sur le marché monétaire et près de 1 600 milliards par émissions obligataires syndiquées, selon les données de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Ce recours massif à la dette a mécaniquement accru les détentions de titres sénégalais par les acteurs financiers de la région, notamment en Côte d’Ivoire, première place bancaire de l’UEMOA.

D’après S&P Global Ratings, les investisseurs ivoiriens détiendraient environ 42 % de la dette sénégalaise émise sur le marché régional, soit près de 1 800 milliards de F CFA, l’équivalent de 3,1 % du PIB ivoirien et environ 7 % des actifs bancaires. Mais ces chiffres ne reflètent pas la réalité exacte des risques encourus.

Un marché structuré par l’intermédiation bancaire

En effet, les investisseurs non-résidents  qu’il s’agisse de fonds internationaux, d’institutions régionales ou de bailleurs multilatéraux – ne peuvent pas acheter directement de titres souverains sur le marché de l’UEMOA. Ils doivent passer par des banquiers et sociétés de gestion locales, agréés comme intermédiaires. Dans les statistiques de la BCEAO, ces titres apparaissent donc temporairement logés dans les bilans des banques ivoiriennes, alors qu’ils appartiennent en réalité à des tiers.

Cette architecture fausse partiellement la perception de l’exposition réelle des établissements bancaires. « Les banques ivoiriennes n’assument pas le risque de crédit associé à ces titres lorsqu’elles agissent simplement comme courtiers ou dépositaires », souligne Fitch Ratings dans une analyse récente. Les risques de pertes éventuelles reposent sur l’investisseur final, non sur les institutions locales.

Des garde-fous régionaux renforcés

Le rôle stabilisateur de la BCEAO demeure un facteur clé de confiance. En continuant d’accepter les titres souverains comme collatéral pour les opérations de refinancement, la banque centrale assure une liquidité durable au système financier régional. Par ailleurs, les réserves de change de l’UEMOA atteignent aujourd’hui l’équivalent de six mois d’importations, contre 3,8 mois un an plus tôt  un signe de résilience macroéconomique que les agences jugent déterminant.

Des signaux d’alerte toutefois visibles au Sénégal

Fitch et S&P n’écartent pas pour autant les risques structurels. Le ratio de créances douteusesdes banques sénégalaises s’est établi à 10,6 % fin août 2025, en hausse par rapport à l’année précédente et supérieur à la moyenne régionale. Les retards de paiement des entreprises publiques, la contraction de la trésorerie de l’État et la dépendance élevée à la dépense budgétaire fragilisent le secteur bancaire national.

Pour Fitch, « le haut degré d’interconnexion du système bancaire dans l’UEMOA constitue un canal de transmission potentiel du stress sénégalais ». Toutefois, les amortisseurs institutionnels  BCEAO, intégration financière et dispositifs prudentiels communs – permettent à ce stade de contenir le risque d’un choc systémique.

Si la situation du Sénégal continue de susciter une vigilance accrue, les fondamentaux du système bancaire ivoirien apparaissent suffisamment solides pour résister à d’éventuelles turbulences régionales. Pour Fitch et S&P, l’heure n’est pas à l’alarme, mais à la prudence raisonnée.

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