
APRNEWS: Le système de récépissés d’entreposage, une arme contre la mévente des produits agricoles
Abidjan — Confronté depuis des décennies à des crises répétées de commercialisation des produits agricoles, l’État ivoirien mise désormais sur un instrument encore discret mais porteur de promesses : le système de récépissés d’entreposage (SRE). Créé par la loi du 20 juillet 2015 et placé sous la supervision de l’Autorité de régulation du système de récépissés d’entreposage (ARRE), ce dispositif vise à rompre avec la logique des ventes précipitées qui fragilisent les revenus paysans.
Chaque récépissé, délivré au nom d’un exploitant, d’une coopérative ou d’un négociant, atteste du dépôt d’un produit agricole dans un entrepôt agréé, en précisant la quantité et la qualité. Ce document peut ensuite servir de garantie auprès des banques, ouvrant ainsi l’accès à des crédits de campagne sans que l’agriculteur soit contraint de vendre immédiatement sa récolte.
« Le système permet une véritable respiration financière pour le monde rural », souligne le professeur Justin N’Goran Koffi, directeur général de l’ARRE. « En donnant une valeur bancaire au stock, le récépissé transforme le produit entreposé en levier de financement. »
Un outil de stabilité économique
Une régulation des marchés agricoles
L’enjeu dépasse le seul accès au crédit. Le SRE agit comme un mécanisme de régulation face aux fluctuations saisonnières. Lors des récoltes, l’afflux de produits provoque l’effondrement des prix. En différant la mise en vente jusqu’à une période plus favorable, les agriculteurs peuvent lisser leurs revenus et renforcer leur pouvoir de négociation.
Les effets attendus sont multiples : réduction des ventes forcées, amélioration de la qualité des stocks, baisse des pertes post-récolte et sécurisation des transactions. Les entrepôts agréés assurent une conservation conforme aux standards internationaux et instaurent une traçabilité appréciée des banques, transformateurs et exportateurs.
Un catalyseur pour la transformation locale
Le système s’inscrit également dans la stratégie nationale de transformation locale des matières premières, à commencer par les filières café-cacao, coton, anacarde, karité, hévéa et palmier à huile. En facilitant l’accès au crédit et la disponibilité régulière des matières premières, le SRE soutient l’activité des unités industrielles et la compétitivité à l’exportation.
Sa mise en œuvre effective pourrait ainsi servir de catalyseur à une évolution plus profonde du modèle agricole ivoirien : un passage d’une économie de vente immédiate à une économie fondée sur la gestion stratégique des stocks et la valeur ajoutée locale.
« Le récépissé d’entreposage n’est pas seulement un instrument technique, conclut Pr. Koffi. C’est une clé pour redonner aux producteurs une maîtrise sur leur production et une visibilité sur leurs revenus. »
Le système de récépissé d’entrepôt (SRE) est actuellement en fonctionnement pour les produits de l’industrie de l’anacarde, de la cola et du maïs. À ce stade, seuls les reçus d’entreposage délivrés par l’Agence de Régulation et de Régulation des Filières (ARRE) sont échangés sur le marché des matières premières agricoles en Côte d’Ivoire.
La filière CCC devrait pleinement profiter de ce système novateur introduit par le Président Alassane OUATTARA dans le cadre de transformation structurelle de l’économie ivoirienne avec le concours des partenaires techniques et financiers notamment la Banque mondiale et la SFI.
Ce système fait l’objet de campagnes de sensibilisation auprès de tous les acteurs des chaînes de valeur agricoles et agro-industrielles dans les zones de production sur toute l’étendue du territoire national
APRNEWS Par Delafosse François -Dominique
