APRNEWS: Le PDCI-RDA sous tutelle ? Les rebondissements de l’affaire de la présidence de Tidjane Thiam

APRNEWS: Le PDCI-RDA sous tutelle ? Les rebondissements de l’affaire de la présidence de Tidjane Thiam

Deux militants enseignants du PDCI-RDA ont intenté une action en justice contre Tidjane Thiam, remettant en question sa légitimité en tant que président du parti en raison de son élection contestée en 2023 et de son manque d'ancienneté politique requise. 

Deux militants enseignants  du PDCI-RDA ont effectivement assigné Tidjane Thiam en justice pour contester la légitimité de son élection à la présidence du parti, arguant que lors du scrutin initial de décembre 2023, il était encore détenteur de la nationalité française, et qu’il ne totalisait pas dix ans d’ancienneté politique au sein du Bureau Politique du PDCI. Cette action vise à obtenir du Tribunal de Première Instance d’Abidjan l’annulation des résolutions du 9e congrès extraordinaire tenu le 12 mai 2025 et la suspension de Tidjane Thiam de ses fonctions.

La justice ivoirienne avait déjà, au printemps 2025, suspendu la délivrance de son certificat de nationalité ivoirienne le temps de trancher une procédure contestataire portée en particulier par Valérie Tapo, ex-membre du secrétariat exécutif du PDCI. Cependant, après renonciation officielle à sa nationalité française en mars 2025 et présentation des pièces d’état civil conformes, le certificat de nationalité ivoirienne a finalement été délivré à Tidjane Thiam le 22 août 2025 : la justice a donc reconnu qu’il remplissait les conditions légales pour diriger le parti, validant également la légalité des organes mis en place sous sa direction.

Cette séquence judiciaire traduit une profonde tension interne au PDCI-RDA alors que le parti est divisé et n’a pu aligner de candidat à la présidentielle d’octobre 2025, dans un climat de contestation sur la gouvernance et la trajectoire du parti historique.

Analyse des Points Clés

1. Le Fondement des Contestations

Les requêtes des militants s’appuient très probablement sur les statuts internes du PDCI-RDA. Pour être éligible à la présidence, un candidat doit souvent remplir des conditions strictes, comme :

  • Être exclusivement de nationalité ivoirienne.

  • Justifier d’une ancienneté minimale dans les instances dirigeantes du parti (ici, 10 ans au BP).

Leur stratégie est de faire annuler l’élection a posteriori en arguant que Tidjane Thiam était inéligible au moment du vote de décembre 2023.

2. La Réponse Judiciaire Antérieure et son Importance

La décision du tribunal du 22 août 2025 est un élément crucial qui affaiblit considérablement la nouvelle action en justice.

  • La justice a déjà statué sur la question de la nationalité, qui était le cœur de la première plainte (celle de Valérie Yapo).

  • En lui délivrant le certificat, elle a acté rétroactivement qu’il remplissait les conditions légales (au regard du code de la nationalité ivoirienne) pour diriger le parti. Cette décision valide implicitement la régularité de son accession à la présidence sur ce point précis.

3. La Vraie Nature du Conflit : une Lutte de Pouvoir

Cette « séquence judiciaire » n’est que la manifestation visible d’une crise politique profonde au sein du PDCI-RDA.

  • Clivage générationnel et idéologique : Tidjane Thiam, ancien directeur général de Credit Suisse, représente une nouvelle génération et une vision modernisatrice, perçue comme une menace par l’ancienne garde du parti (dont semble faire partie Valérie Yapo).

  • Défaite et frustration : L’incapacité du parti à présenter un candidat à la présidentielle d’octobre 2025 est un échec cuisant qui exacerbe les tensions et les luttes internes pour le contrôle de la direction et de l’avenir du parti.

  • Stratégie d’obstruction : N’ayant pas réussi à empêcher son élection par les voix internes, les factions opposées à Tidjane Thiam utilisent désormais la justice pour le légitimer et le paralyser, espérant peut-être provoquer un congrès extraordinaire ou une scission.

Cette action en justice est moins une question de droit pur qu’une bataille politique menée par d’autres moyens. Si les arguments juridiques sur l’ancienneté pourraient être examinés sérieusement, la question de la nationalité semble déjà tranchée par la justice.

Le véritable enjeu est le contrôle de l’âme du PDCI-RDA, un parti historique en pleine crise identitaire et existentielle, déchiré entre son passé et la nécessité de se renouveler pour retrouver une pertinence sur la scène politique ivoirienne. La justice est ici instrumentalisée comme une arme dans cette guerre de succession interne.

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