
APRNEWS: Laurent Gbagbo dénonce l’injustice post-électorale et appelle à la vérité sur la crise ivoirienne
Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d'Ivoire, a récemment publié un communiqué rappelant sa version des événements de l'élection présidentielle de 2010, où le Conseil constitutionnel l'avait proclamé vainqueur avec 51% des voix face à Alassane Ouattara, avant que la communauté internationale, incluant l'ONU, ne reconnaisse ce dernier comme élu. Il dénonce son arrestation le 11 avril 2011 par les forces françaises et de l'ONU, son transfert au Golf Hôtel puis à Korhogo, et son incarcération à la Cour pénale internationale (CPI) jusqu'à son acquittement définitif le 31 mars 2021, partagé avec Charles Blé Goudé.
« Mais moi, je suis proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel. Le débat semblait clos quand Alassane Ouattara, son ami Nicolas Sarkozy, président français, et le représentant de l’ONU mirent en cause les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décidèrent qu’Alassane Ouattara était le vrai vainqueur.
De là partit une polémique vive, qui se transforma en rixe puis en combats.
C’est au cours de ces combats que la résidence présidentielle que j’occupais fut bombardée par l’armée française et les troupes de l’ONU.
Le 11 avril 2011, je fus arrêté, conduit d’abord au Golf Hôtel pour deux jours, puis à Korhogo
pour sept mois, et enfin à la CPI en Hollande.
Le reste est connu.
Quelques années plus tard, exactement le 23 mars 2014, Charles Blé Goudé est amené en
prison et la CPI joint les deux dossiers.
Le 15 janvier 2019, Charles Blé Goudé et moi sommes acquittés.
Le 5 février 2019, je suis conduit à Bruxelles chez mon épouse Nady. À Bruxelles, j’étais à la maison certes, mais il m’était interdit de sortir de la commune de Bruxelles.
Et tous les jeudis matin, des policiers venaient vérifier si j’étais là, et tous les jeudis aussi, la
CPI m’appelait pour vérifier ma présence.
Ce petit jeu dura jusqu’au 31 mars 2021, date à laquelle je fus définitivement acquitté.
Ivoiriennes, Ivoiriens,
chers amis de la Côte d’Ivoire,
J’ai rappelé tous ces faits pour dire que tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient
une injustice. Un conflit a éclaté en Côte d’Ivoire à cause d’une rébellion qui a occupé le pays et rendu la tenue de l’élection présidentielle compliquée.
Il s’en est suivi une dispute sur les résultats de cette élection-là. J’ai été arrêté alors que je ne suis pas le mentor de la rébellion. J’étais le Président légal et légitime, mais c’est moi qui ai été arrêté.
Mais quid de tous les autres acteurs de la crise ?
Des questions restent en suspens.
Pourquoi aucun des autres acteurs n’a-t-il été arrêté, ni jugé par la CPI ?
Dès l’instant où j’ai été acquitté, il fallait immédiatement se mettre à rechercher les vrais coupables.
§ Qui a conçu et financé la rébellion ?
§ Qui a organisé le génocide Wê ?
§ Pourquoi l’ONU et l’Occident ont-ils poussé à aller à l’élection alors que le désarmement n’était pas fait ?
Pour toutes ces questions, j’ai demandé à mon avocat, Maître Emmanuel Altit, de ressaisir la
CPI et de remettre sur la table le problème de la guerre en Côte d’Ivoire.
Il faut que la vérité éclate.
Il faut rendre justice aux victimes et aux survivants qui attendent, depuis des années, que la vérité soit établie.
J’ai fait ma part. J’espère que tous les autres feront leur part. La vérité est une condition de la paix.
Laurent Gbagbo
Ancien Président de la République de Côte D’ivoire.
Ancien prisonnier de la CPI »
Contexte de la Crise Post-Électorale
L’élection du 28 novembre 2010, marquée par un second tour tendu après des reports dus à des questions de citoyenneté et de désarmement, a vu la Commission électorale indépendante (CEI) annoncer la victoire d’Ouattara avec 54% des suffrages, résultat contesté par le Conseil constitutionnel pour irrégularités et dépassement de délai. Cette divergence a dégénéré en violences post-électorales de décembre 2010 à avril 2011, impliquant forces pro-Gbagbo et pro-Ouattara, avec des accusations mutuelles de crimes contre l’humanité. Gbagbo, libéré sous conditions à Bruxelles jusqu’en 2021, y était confiné avec vérifications policières régulières.
Appel à la Justice et Questions Ouvertes
Gbagbo exige que la CPI, via son avocat Emmanuel Altit, rouvre l’enquête sur les origines de la rébellion, le « génocide Wê », et le rôle de l’ONU et de l’Occident dans la tenue de l’élection sans désarmement préalable, insistant sur la recherche des « vrais coupables » pour rendre justice aux victimes. Il souligne l’absence de poursuites contre d’autres acteurs de la crise, affirmant avoir « fait sa part » pour établir la vérité comme condition de la paix en Côte d’Ivoire. Ce discours ravive les tensions persistantes autour d’événements qui ont causé des milliers de morts et des déplacements massifs
