
APRNEWS: La croissance reste la croissance et le niveau de vie reste le niveau de vie
La croissance économique et le niveau de vie sont deux notions liées mais pas nécessairement corrélées de manière linéaire.La croissance économique en Afrique subsaharienne est une condition nécessaire mais insuffisante pour améliorer durablement le niveau de vie des populations. Bien que la région connaisse actuellement une croissance modérée et résiliente, avec un taux prévu d'environ 3,5% en 2025 et une accélération attendue, cette croissance ne se traduit pas systématiquement par une réduction significative de la pauvreté ni par une amélioration globale du bien-être. Le lien entre croissance et niveau de vie est complexifié par plusieurs facteurs politiques, sociaux et économiques qui déterminent comment les bénéfices de la croissance sont distribués. Des institutions parfois défaillantes, des marchés imparfaits et des choix politiques impactent la capacité des populations à accéder à des emplois de qualité, à des services publics efficaces et à une redistribution équitable des richesses. En outre, le bien-être ne se mesure pas uniquement par la croissance matérielle, mais aussi par l'accès à l'éducation, la santé, les libertés, et la soutenabilité des ressources pour les générations futures, ce qui est un défi supplémentaire pour le continent africain. Ainsi, la simple croissance du PIB ne garantit pas une amélioration automatique et généralisée des conditions de vie, en particulier dans un contexte où les inégalités et la gouvernance jouent un rôle crucial
La croissance économique mesure l’augmentation globale de la richesse produite par un pays, souvent mesurée par le PIB. Elle crée des biens, des services, et des revenus supplémentaires. En théorie, une croissance soutenue devrait permettre une amélioration du niveau de vie, qui correspond à la capacité des individus à satisfaire leurs besoins matériels et à bénéficier d’une meilleure qualité de vie (accès à l’éducation, santé, loisirs, etc.).
Cependant, cette relation n’est pas automatique ni linéaire, car :
La croissance peut profiter inégalement aux différentes couches de la population, ce qui limite son impact sur le niveau de vie global.
D’autres facteurs entrent en jeu pour améliorer le niveau de vie, comme la répartition des richesses, les politiques sociales, l’accès aux services publics et la qualité de l’environnement.
La croissance peut aussi entraîner des externalités négatives (pollution, épuisement des ressources) qui affectent le bien-être à long terme.
Une hausse du PIB n’indique pas forcément une hausse du pouvoir d’achat réel si l’inflation est forte.
Ainsi, la croissance économique est une condition nécessaire mais insuffisante pour améliorer le niveau de vie. Le lien entre les deux est complexe, influencé par des choix politiques, sociaux et économiques qui vont déterminer comment les fruits de la croissance sont distribués et convertis en bien-être pour la population.
Plusieurs exemples historiques illustrent des situations où la croissance économique n’a pas permis d’améliorer le niveau de vie de la population
Au Royaume-Uni dans les années 1980, la politique de libéralisation économique menée par Margaret Thatcher a favorisé une forte croissance dans certains secteurs, mais a aussi entraîné une destruction des services publics et une augmentation des inégalités sociales. Le niveau de vie de nombreuses classes moyennes et populaires s’est dégradé malgré la croissance.
Avant la Révolution industrielle (avant 1700), l’humanité a vécu une très longue période de stagnation où le PIB par habitant est resté quasi stable sans amélioration sensible du niveau de vie, notamment en termes d’espérance de vie, de nutrition, et de conditions matérielles. Cette période montre que l’absence de croissance peut durablement maintenir un niveau de vie bas.
De manière plus contemporaine, certains pays en développement enregistrent une croissance économique favorable sans que cela ne se traduise par une amélioration significative du bien-être des populations, du fait de la corruption, d’une mauvaise gouvernance, ou de l’absence d’investissements adéquats dans la santé, l’éducation et les services sociaux. La croissance est ainsi souvent « métamorphosée en malédiction » quand elle ne profite pas à la majorité.
Ces cas confirment que la croissance économique n’est pas une condition suffisante pour améliorer le niveau de vie.
La qualité de cette croissance, la répartition de ses bénéfices et les politiques publiques jouent un rôle décisif dans la traduction de la richesse produite en bien-être réel pour la population.
La croissance reste la croissance, et le niveau de vie reste le niveau de vie, deux concepts distincts dont la corrélation est difficilement linéaire.
