
APRNEWS: Côte d’Ivoire & Kenya rajoutés sur la liste des pays à haut risque sur les questions de blanchiment d’argent.
Un pays jugé « à haut risque » de blanchiment d'argent présente des lacunes stratégiques dans son système de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ce qui représente une menace pour la stabilité financière internationale. Les institutions financières de l'UE doivent renforcer leur vigilance envers les pays figurant sur cette liste, laquelle est établie par la Commission européenne sur la base des travaux du Groupe d'action financière (GAFI). Ces vulnérabilités peuvent inclure des lacunes législatives et un manque de sanctions effectives contre les délinquants
La Côte d’Ivoire et le Kenya ont été ajoutés en 2025 sur la liste des pays à haut risque sur les questions de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, selon la mise à jour de l’Union européenne effectuée le 10 juin 2025. Cette liste comprend désormais cinq pays africains : l’Algérie, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Kenya et la Namibie.
L’inscription de la Côte d’Ivoire et du Kenya parmi les pays à haut risque s’explique par plusieurs faiblesses persistantes dans leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, notamment un vide législatif, un manque de transparence dans les transactions financières, peu de sanctions concrètes contre les contrevenants, et une coopération internationale encore insuffisante.
Cette décision entraîne un durcissement des contrôles financiers, avec des exigences accrues de vigilance des banques et des entreprises européennes dans leurs opérations impliquant ces pays. Cela peut freiner les flux commerciaux, les investissements et augmenter le coût des opérations, affectant potentiellement la dynamique économique.
Les autorités ivoiriennes et kényanes sont cependant engagées dans des plans d’action afin de remédier à ces lacunes et améliorer leurs systèmes de contrôle. Ces mesures visent à restaurer la confiance des partenaires internationaux et à faciliter la sortie de la liste à moyen terme.
En parallèle, d’autres pays africains comme le Sénégal et l’Ouganda ont été retirés de cette liste noire en raison de réformes significatives dans leur dispositif anti-blanchiment.
Cette inscription place la Côte d’Ivoire et le Kenya sous pression internationale pour renforcer la transparence financière et la lutte contre la criminalité économique
Analyse
L’inscription de la Côte d’Ivoire et du Kenya sur la liste européenne des pays à haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LCB-FT) en juin 2025 représente un défi majeur pour ces deux économies dynamiques d’Afrique. Cette décision, fondée sur des carences persistantes, a des implications immédiates et à long terme.
Les Raisons de l’Inscription : Des Faiblesses Structurelles Identifiées
L’Union européenne justifie son classement par plusieurs déficiences critiques dans les systèmes financiers ivoirien et kényan :
Vide législatif et réglementaire : Le cadre juridique existant est jugé incomplet ou insuffisamment appliqué pour répondre aux standards internationaux (notamment ceux du Groupe d’action financière, GAFI).
Manque de transparence : L’opacité des transactions financières, potentiellement due à des registres de bénéficiaires effectifs peu fiables ou à une supervision laxiste, empêche de tracer l’origine des fonds.
Sanctions inefficaces : Le nombre de poursuites et de condamnations pour blanchiment d’argent est faible, ce qui ne dissuade pas assez les contrevenants et affaiblit le système répressif.
Coopération internationale limitée : Les échanges d’informations avec les autorités judiciaires et financières d’autres pays sont lents ou insuffisants, entravant les enquêtes transnationales.
Les Conséquences Immédiates : Un Coût Économique et Financier
L’impact le plus direct se fera sentir sur les relations économiques avec l’Europe et au-delà :
Renforcement des contrôles (Due Diligence Renforcée) : Les banques et entreprises européennes devront appliquer des mesures de vigilance accrues pour toute transaction impliquant des clients ou des partenaires de ces pays. Cela inclut des vérifications approfondies sur l’origine des fonds et l’identité des bénéficiaires.
Ralentissement des flux : Ces contrôles supplémentaires entraîneront des délais de traitement plus longs pour les paiements, les transferts et les investissements.
Surcoûts et risques réputationnels : La complexité administrative augmentera le coût des opérations. De plus, les entreprises internationales pourraient devenir plus réticentes à faire des affaires dans ces pays par crainte de risques réglementaires ou d’atteinte à leur réputation.
Frein à l’investissement : Cet environnement plus contraignant et risqué pourrait décourager les investisseurs étrangers, potentiellement affectant la croissance économique de la Côte d’Ivoire et du Kenya, deux piliers économiques de leurs régions respectives.
Les Réponses et Perspectives : Une Feuille de Route pour la Sortie
Face à cette pression internationale, les autorités des deux pays ont réagi avec une volonté affichée de corriger les faiblesses pointées du doigt :
Plans d’action correctifs : Ils sont engagés dans des réformes ambitieuses pour combler les vides législatifs, renforcer les capacités des organes de contrôle (comme les cellules de renseignement financier) et améliorer la coopération judiciaire internationale.
Objectif : la restauration de la confiance : L’objectif principal à moyen terme est de sortir de cette liste noire en démontrant l’efficacité de leurs nouveaux dispositifs. L’exemple du Sénégal et de l’Ouganda, retirés de la liste grâce à des réformes significatives, sert de modèle et de motivation.
Une opportunité de renforcement structurel : Au-delà de l’enjeu de réputation, cette pression externe peut être une opportunité pour ces pays de moderniser leur système financier, de mieux lutter contre la corruption et la criminalité économique, et ainsi de créer un environnement des affaires plus sain et attractif sur le long terme.
L’ajout de la Côte d’Ivoire et du Kenya à la liste noire de l’UE est un signal d’alarme sérieux. S’il entraîne à court terme des contraintes économiques et financières tangibles, il agit surtout comme un catalyseur forçant des réformes structurelles nécessaires. La réponse des deux gouvernements, à travers la mise en œuvre rigoureuse de leurs plans d’action, sera déterminante pour minimiser l’impact négatif et réussir, à l’image du Sénégal, à sortir de cette liste en restaurant la confiance de leurs partenaires internationaux.
