
APRNEWS: Fitch Ratings dégrade la note du Gabon – Quelles conséquences pour l’économie
Libreville, 24 décembre 2025 — L’agence américaine Fitch Ratings a annoncé, le 19 décembre 2025, avoir abaissé la note souveraine du Gabon à long terme en devises étrangères de « CCC » à « CCC- », tout en dégradant la note à long terme en monnaie locale à « CC »
Fitch Ratings abaisse la note du Gabon à « CCC- » : fortes tensions de trésorerie et incertitudes budgétaires
Souligne un communiqué publié sur son site officiel (source : Fitch Ratings, 19 décembre 2025).
Selon Fitch, cette décision traduit une accentuation des tensions de trésorerie de l’État gabonais, une hausse marquée du déficit budgétaire, ainsi qu’un accès de plus en plus restreint aux financements extérieurs, notamment sur les marchés de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).
Arriérés de paiement et déficit en forte hausse
L’agence note une accumulation préoccupante d’arriérés de paiement, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, auprès de créanciers bilatéraux et multilatéraux. D’après les données de la Direction générale de la dette (DGD), les arriérés de la dette gabonaise s’élevaient à 443,6 milliards FCFA (environ 792 millions de dollars US) à fin octobre 2025, contre 269 milliards FCFAfin décembre 2024.
« Ces arriérés extérieurs compromettent l’accès à d’importants nouveaux financements publics. Nous prévoyons que les arriérés de paiement intérieurs envers les fournisseurs, qui représentaient 13,2 % du PIB fin 2024, auront augmenté en 2025 », mentionne Fitch Ratings dans son rapport.
Cette situation coïncide avec une hausse significative des dépenses publiques depuis la mise en place du régime de Transition en août 2023, à la suite du renversement du président Ali Bongo Ondimba. Placé sous pression sociale, le nouveau pouvoir a intensifié les programmes sociaux et les investissements publics, creusant davantage le déficit budgétaire.
Une dérive des comptes publics
Fitch Ratings évalue le déficit budgétaire (sur la base des engagements) du Gabon à 6,1 % du PIB en 2025, contre 3,7 % en 2024. La dette publique totale atteindrait désormais 80,4 % du PIB, avec une trajectoire ascendante qui pourrait frôler les 87 % en 2027.
« Ce niveau est nettement supérieur à la médiane de 66 % observée pour les pays classés dans les catégories B, C et D. Le manque de visibilité sur la gestion financière de l’État en 2025 laisse craindre une dette encore plus élevée que prévu », alerte l’agence américaine.
Le FMI hors du jeu, pour l’instant
La possibilité d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) apparaît, pour l’heure, écartée. Fitch estime que l’accumulation des arriérés extérieurs, la politique budgétaire expansionniste et la fragilité du cadre politique font obstacle à tout accord à court terme.
« Aucun nouveau programme du FMI ne sera mis en place pour le moment », précise le rapport, soulignant qu’un éventuel retour du FMI nécessiterait des réformes budgétaires et structurelles profondes, potentiellement « impopulaires » dans le contexte politique actuel.
Du côté des autorités gabonaises, une source au ministère de l’Économie et du Relèvement national indique que le gouvernement « travaille à un programme économique national de redressement avant de solliciter tout appui financier extérieur ». Ce plan, en cours d’élaboration, devrait définir de nouvelles priorités pour stabiliser la trésorerie, réduire les arriérés internes et restaurer la confiance des partenaires financiers.
