APRNEWS: Décès du Colonel Claude Pivi ce mardi 6 janvier à l’Hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré.

APRNEWS: Décès du Colonel Claude Pivi ce mardi 6 janvier à l’Hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré.

Colonel Claude Pivi, figure centrale des violences politiques en Guinée depuis plus de quinze ans et ex-ministre de la Sécurité présidentielle de la junte du CNDD, est décédé ce mardi 6 janvier 2026 à Conakry, alors qu’il était détenu dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre 2009.

Colonel Claude Pivi, figure centrale des violences politiques en Guinée depuis plus de quinze ans et ex-ministre de la Sécurité présidentielle de la junte du CNDD, est décédé ce mardi 6 janvier 2026 à Conakry, alors qu’il était détenu dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre 2009. Sa disparition intervient avant l’issue définitive de la procédure judiciaire emblématique ouverte contre les anciens dignitaires du régime de Moussa Dadis Camara.

Un décès en détention au Camp Almamy Samory Touré

Selon le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry, Claude Pivi est mort en détention le 6 janvier 2026 à l’Hôpital militaire du camp Almamy Samory Touré, où il avait été admis pour des soins. Les autorités judiciaires ont annoncé l’ouverture d’une autopsie médico-légale afin de déterminer les causes exactes de ce décès, dans un contexte marqué par de fortes suspicions et une forte charge symbolique autour de son cas.

Le colonel, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt après son évasion spectaculaire de la prison centrale de Conakry en novembre 2023, avait été repris et de nouveau placé sous haute surveillance, la junte au pouvoir ayant fait de son arrestation une priorité nationale. Sa mort au sein même de l’appareil sécuritaire d’État, dans le camp emblématique d’Almamy Samory Touré, ne manquera pas d’alimenter les débats sur les conditions de détention et de prise en charge médicale des accusés du « procès du 28 septembre ».

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Un parcours militaire au cœur des régimes guinéens

Né en 1960 à Nzérékoré, en Guinée forestière, Claude Pivi se fait d’abord connaître comme pratiquant d’arts martiaux avant d’intégrer l’armée guinéenne en 1985, où il enseigne le karaté à de nombreux soldats, dont Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba ». Il participe aux opérations militaires de la Cedeao dans les années 1990 au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau, forgant une réputation de combattant aguerri et redouté au sein des troupes d’élite.

Sous la présidence de Lansana Conté, Pivi devient sergent-chef du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata) et s’impose comme porte-parole des soldats mutins lors de la crise de mai 2008, ce qui accroît sa visibilité dans l’armée. À la prise de pouvoir du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) conduit par Moussa Dadis Camara en décembre 2008, il est nommé ministre chargé de la Sécurité présidentielle, occupant ainsi un poste stratégique au cœur du nouveau régime militaire.

Le rôle controversé dans le massacre du 28 septembre

Le 28 septembre 2009, la répression d’un meeting de l’opposition au stade de Conakry fait plus de 150 morts, des centaines de blessés et de nombreux viols, un épisode rapidement qualifié de massacre par les organisations internationales. Ministre de la Sécurité présidentielle à cette date, Claude Pivi est accusé de complicité d’assassinat, de viol, de torture, de coups et blessures volontaires, de non-assistance à personnes en danger, ainsi que de pillage et d’incendie volontaire.

Inculpé en 2013, il reste pourtant longtemps en liberté et conserve une influence politique et sécuritaire, y compris sous la présidence d’Alpha Condé, qui le maintient au dispositif de sécurité présidentielle malgré sa mise en cause dans le dossier du stade. L’ouverture en septembre 2022 du procès du massacre du 28 septembre, présenté comme la plus grande audience criminelle jamais organisée en Guinée, le place au banc des accusés aux côtés de Moussa Dadis Camara et d’autres figures du CNDD.

Condamnation à perpétuité, évasion spectaculaire et cavale

Le 31 juillet 2024, la justice guinéenne condamne Claude Pivi à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 25 ans, pour crimes contre l’humanité, notamment meurtre, enlèvement, torture, séquestration et pillage liés au massacre du stade. Quelques mois plus tôt, en novembre 2023, il s’était évadé de la maison centrale de Conakry lors d’une attaque armée attribuée à un commando dirigé par son fils Verny, ce qui avait mis à nu les défaillances de l’appareil sécuritaire guinéen.

Devenu l’homme « le plus recherché de Guinée », Pivi fait l’objet d’un avis de recherche assorti d’une récompense d’environ 54 000 à 55 000 euros pour toute information permettant sa capture, un montant rarement vu dans l’histoire judiciaire du pays. Sa cavale avait fragilisé le procès et relancé les interrogations sur la capacité de l’État à juger les anciens hommes forts des régimes successifs, dans un contexte où les victimes réclamaient justice depuis plus d’une décennie.

Un héritage entre peur, loyautés et quête de justice

En Guinée forestière, sa région d’origine, Claude Pivi jouissait d’une réelle base de soutien, nourrie par son image d’homme de terrain, de protecteur et de militaire proche des populations locales. Cette popularité locale a longtemps pesé sur les calculs politiques, certains analystes estimant qu’Alpha Condé avait cherché à capitaliser sur cette aura en le maintenant à un poste clé malgré la pression internationale autour du dossier du 28 septembre.

Pour de nombreux proches des victimes du massacre, la mort de Pivi en détention, avant l’achèvement de tous les recours possibles, laisse un sentiment de justice inachevée et de vérité partielle sur la chaîne de commandement et les responsabilités précises. Son décès clôt toutefois le parcours d’un acteur majeur de la violence politique guinéenne des années 1990–2010, dont la trajectoire, de karatéka à colonel et ministre, résume les ambivalences d’une armée au cœur de la vie politique nationale.

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