
APRNEWS: Côte d’Ivoire – Urgence d’un plafonnement des dépenses électorales pour sauver la démocratie.
La nécessité d’une loi sur le financement des campagnes électorales .En Côte d’Ivoire, le débat sur la transparence de la vie politique refait surface, notamment autour du financement des campagnes électorales.
Abidjan, 27 décembre 2025 – Les récentes élections législatives ont mis en lumière une anomalie persistante : la concurrence déloyale favorisée par des dépenses électorales incontrôlées. Les futurs députés, souvent victimes de ces pratiques, doivent impérativement militer pour une loi sur le financement des campagnes politiques.
La question du plafonnement des dépenses, absente de l’actuel cadre juridique, soulève des inquiétudes sur la sincérité du jeu démocratique et la capacité de tous les candidats à concourir sur un pied d’égalité.

Une concurrence électorale déséquilibrée
Lors des précédents scrutins législatifs, plusieurs observateurs et des organisations comme la Coalition de la société civile pour l’observation des élections (POECI) ont relevé de fortes disparités dans les moyens des candidats. Si certains disposent d’une logistique de campagne soutenue par d’importantes ressources financières, d’autres, souvent issus de partis modestes ou indépendants, peinent à se faire entendre.
Cette situation crée un biais en faveur des plus fortunés. Dans un pays où, selon la Banque mondiale, plus de 35% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les électeurs vulnérables peuvent être facilement influencés par des aides matérielles ponctuelles, faussant ainsi l’expression libre du vote.
Concurrence biaisée par l’argent
Dans un pays où l’illettrisme touche près de 43% de la population et où le chômage des jeunes dépasse 30%, selon les données de la Banque mondiale, les candidats aux moyens illimités l’emportent trop souvent par distribution d’aides matérielles plutôt que par la qualité de leurs programmes. La Commission électorale indépendante (CEI) a relevé ces disparités lors des scrutins de 2021, sans cadre légal pour les sanctionner.
« Tant qu’il n’y aura pas de plafonnement, ce sont les bourses les plus fournies qui dictent les résultats », déplore un député de l’opposition, sous couvert d’anonymat.
Le besoin d’un cadre légal sur la transparence financière
Contrairement à plusieurs pays africains qui ont déjà adopté des lois encadrant les dépenses électorales — comme le Sénégal (loi n° 2022-11 sur le financement des partis et des campagnes) ou le Bénin (Code électoral de 2018, article 113) — la Côte d’Ivoire ne dispose pas encore d’un dispositif clair fixant un plafond de dépenses par candidat.
Vers une loi sur la transparence financière
Contrairement au Sénégal, qui a adopté en 2022 une loi fixant un plafond de 1 milliard FCFA pour les présidentielles, ou au Bénin avec son code électoral de 2018, la Côte d’Ivoire manque d’un dispositif clair. Une telle réforme impliquerait :
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Plafonnds adaptés : 50 millions FCFA pour les législatives, par exemple.
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Déclaration obligatoire des fonds, vérifiée par un organe indépendant.
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Sanctions sévères : amendes ou invalidation des candidatures.
Le juriste Yacouba Konaté, de l’Université Félix Houphouët-Boigny, insiste : « C’est un vide juridique qui fausse le jeu démocratique. »
Réformes inspirées des voisins africains
| Pays | Plafond dépenses (ex. présidentielles) | Organe de contrôle |
|---|---|---|
| Sénégal | 1 milliard FCFA | COURAGE |
| Bénin | 2,5 milliards FCFA | CEL |
| Côte d’Ivoire | Aucun | CEI (limité) |
Transparency International alerte : sans régulation, les risques de corruption post-électorale explosent. Les nouveaux élus ont une fenêtre pour agir avant les municipales de 2026.
Cette loi restaurerait l’équité et la confiance des Ivoiriens dans leurs institutions.

Une réforme politique attendue
Pour être efficace, une telle loi devrait impliquer :
La fixation de plafonds de dépenses électorales adaptés au type d’élection (locale, législative, présidentielle).
La mise en place d’un organe de contrôle indépendant, chargé de vérifier l’origine et l’utilisation des fonds.
La sanction des dépassements de plafond, incluant des amendes ou l’invalidation des candidatures fautives.
Un financement public partiel afin d’aider les partis politiques à se structurer durablement.
Il ne s’agit pas seulement d’une question de justice électorale, mais aussi de gouvernance démocratique. Comme le rappelle un rapport de Transparency International (2024), les dépenses électorales non encadrées « augmentent les risques de corruption post-électorale, car les élus cherchent à récupérer leurs investissements politiques ».
Pour une démocratie plus équitable
À l’heure où la Côte d’Ivoire prépare de nouveaux rendez-vous électoraux, cette réforme apparaît comme une exigence incontournable. « Tant qu’il n’y aura pas de plafonnement des dépenses, les meilleurs programmes céderont la place aux meilleures bourses », résume un député de l’opposition, joint par téléphone.
Réintroduire l’équité financière dans la compétition politique, c’est donner à la démocratie ivoirienne les moyens de son authentique expression et restaurer la confiance entre électeurs et élus.
