
APRNEWS: Côte d’Ivoire – 32 manifestants condamnés à trois ans de prison, l’opposition dénonce une « répression politique »
Abidjan, le 23 octobre 2025 – Quatre jours avant une élection présidentielle déjà sous haute tension, la justice ivoirienne a condamné, mardi 21 octobre, trente-deux personnes à trois ans de prison ferme pour « troubles à l’ordre public » et « attroupement sur la voie publique ».
Ces citoyens avaient été arrêtés à Abidjan le 11 octobre lors d’une manifestation interdite organisée par le Front commun, une coalition réunissant les deux principaux partis d’opposition, le PPA-CI de Laurent Gbagbo et le PDCI de Tidjane Thiam.
Selon le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, sur quarante prévenus jugés en flagrant délit, huit ont été relaxés, tandis que les trente-deux autres ont écopé de trente-six mois de prison, assortis de cinq ans de privation de droits civiques et de trois ans d’interdiction de paraître sur le territoire d’Abidjan. Un délai de vingt jours leur a été accordé pour faire appel.
Au cours de l’audience, la majorité des accusés a nié toute participation à la marche. Plusieurs ont affirmé avoir été interpellés alors qu’ils se rendaient à des rendez-vous personnels à proximité du carrefour Saint-Jean de Cocody, point de départ initial du rassemblement. « J’avais rendez-vous à Saint-Jean et, dès que je suis descendu de mon véhicule, j’ai été arrêté », a déclaré un prévenu. Pour la défense, représentée par Me Roselyne Serikpa, cette décision est « injuste et politiquement motivée », soulignant que les forces de l’ordre avaient bloqué le site dès l’aube, empêchant toute manifestation effective.
Cette condamnation s’ajoute à une première série de jugements similaires rendus le 16 octobre, portant à plus de cent inculpations pour des faits analogues. Les arrestations se multiplient : selon le ministère de l’Intérieur, plus de 700 personnes ont été interpellées ces derniers jours dans tout le pays, tandis que la police reconnaît au moins un mort lors des affrontements, l’opposition en déplorant pour sa part deux.
Dans un contexte marqué par la méfiance à l’approche du scrutin du 25 octobre, l’opposition dénonce « un climat d’intimidation et de musellement ». Le PDCI et le PPA-CI accusent le gouvernement de vouloir « bâillonner toute contestation » par la force, alors que le président sortant, Alassane Ouattara, brigue un quatrième mandat très controversé. Plusieurs ONG, dont Amnesty International et la LIDHO, ont appelé les autorités à respecter la liberté de réunion pacifique, estimant que ces restrictions violent les droits fondamentaux garantis par la Constitution.
Alors que les forces de sécurité demeurent massivement déployées plus de 44 000 hommes selon le ministère de la Défense le climat politique ivoirien reste extrêmement tendu. Entre appels au calme du pouvoir et protestations des partis d’opposition, l’élection présidentielle de dimanche s’annonce l’une des plus disputées et les plus explosives de la dernière décennie.
