
APRNEWS: Burkina Faso – Le procès pour corruption impliquant des magistrats renvoyé au 2 février
Le procès pour corruption qui met en cause plusieurs magistrats, des douaniers et un avocat, et qui ébranle le cœur de l’appareil judiciaire burkinabè, a été renvoyé au 2 février 2026 par le tribunal de Koupéla, qui a refusé de remettre en liberté les prévenus et de dégeler leurs comptes, malgré les garanties de représentation avancées par la défense et les risques de « troubles à l’ordre public » invoqués par le parquet.
Les demandes de liberté provisoire ont été rejetées par le tribunal de Koupéla, qui juge une affaire inédite touchant plusieurs acteurs du système judiciaire burkinabè.
Le procès de grande envergure mettant en cause plusieurs magistrats, des douaniers et des avocats pour des faits présumés de corruption, de blanchiment de capitaux et de divulgation d’identité de témoin, a été renvoyé au 2 février 2026 par le Tribunal de grande instance (TGI) de Koupéla. L’audience, ouverte vendredi 16 janvier, n’a pas pu aller au fond du dossier, les juges estimant que le dossier n’était pas prêt à être jugé. Toutes les demandes de mise en liberté provisoire et de dégel des comptes bancaires des prévenus ont été rejetées.
L’affaire, révélée à la fin de l’année 2025, a ébranlé l’appareil judiciaire du Burkina Faso. Dix magistrats – parmi lesquels un président de chambre, un procureur général, des substituts et des juges d’instruction –, ainsi qu’un avocat, sont accusés d’avoir perçu ou proposé des avantages indus en contrepartie de faveurs judiciaires. Ces poursuites incluent également des faits de trafic d’influence et de détention illégale d’arme à feu.
Un procès déplacé pour impartialité
Conformément au principe de dépaysement judiciaire, le procès se tient à Koupéla, relevant de la Cour d’appel de Fada N’Gourma, afin de garantir l’impartialité de la procédure. Dès l’ouverture de l’audience, la défense a sollicité un renvoi, arguant de la nécessité de mieux s’approprier un dossier « dense et sensible ». Le parquet n’a pas objecté à cette demande, en application de l’article 321 du Code de procédure pénale, qui autorise le renvoi d’une affaire « lorsque le dossier n’est pas en état de recevoir jugement ».
Après débats et suspensions successives, le tribunal a finalement fixé la nouvelle date au 2 février, maintenant la détention des accusés en attendant cette échéance.
Argumentaires croisés autour de la détention
Les avocats des prévenus ont plaidé pour une libération provisoire, rappelant que la détention « doit demeurer une exception » et que leurs clients « n’ont ni l’intention ni la capacité d’influencer la suite de la procédure ». Ils ont également souligné que plusieurs décisions judiciaires dépendaient de la situation personnelle de certains magistrats détenus, paralysant de facto une partie du système judiciaire.
Le ministère public a rejeté ces arguments, estimant qu’une libération, même temporaire, pourrait « engendrer des troubles à l’ordre public » et provoquer « un sentiment d’injustice dans l’opinion publique ». Il a également invoqué des considérations sécuritaires, jugeant le contexte inapproprié pour un assouplissement des mesures de sûreté.
Quant aux demandes de dégel de comptes, elles ont été jugées prématurées, le parquet estimant qu’y faire droit « pourrait laisser présager de l’orientation du dossier ».
Une affaire à forte charge symbolique
Cette affaire, qui met en cause plusieurs hauts magistrats de la Cour d’appel de Ouagadougou, est sans précédent dans l’histoire récente de la justice burkinabè. Elle intervient dans un contexte de défiance croissante envers les institutions publiques et de lutte affichée contre la corruption, notamment au sein de l’administration et du système judiciaire.
L’audience du 2 février sera scrutée de près, tant par les acteurs du droit que par l’opinion publique, impatiente de connaître la suite de ce procès qui met à nu les fragilités d’une justice en quête de crédibilité.
