Zigui Ibrahim, militant du PPA-CI et cyber-activiste, a été interpellé par la police ivoirienne (PLCC) le 1er septembre 2025, à la suite de la diffusion d’une vidéo dans laquelle il invitait la population à « s’apprêter ». Cette arrestation intervient dans le contexte hautement sensible des préparatifs de la présidentielle dont la liste définitive des candidats sera annoncée par le Conseil constitutionnel le 10 septembre prochain.
Son interpellation illustre la vigilance accrue des autorités sur les réseaux sociaux à l’approche des échéances électorales, et rappelle l’importance pour les militants et citoyens de faire preuve de prudence dans leurs communications en ligne. Zigui Ibrahim risque ainsi de devoir observer le processus électoral à distance, ce qui relance le débat sur la liberté d’expression, le cyber-activisme et l’engagement citoyen en Côte d’Ivoire.
Ces événements témoignent de la montée des tensions politiques et du contrôle renforcé des discours sur internet, à quelques jours d’une annonce clé pour la vie politique nationale.

Analyse de l’Arrestation de Zigui Ibrahim et de son Contexte
L’arrestation de Zigui Ibrahim, survenue le 1er septembre 2025, est un événement significatif qui met en lumière plusieurs dynamiques cruciales de la vie politique ivoirienne à l’approche d’une échéance électorale majeure.
Un Contexte Électoral Extrêmement Tendu
L’élément le plus important pour comprendre cette arrestation est sa temporalité. Elle intervient à neuf jours seulement de l’annonce par le Conseil constitutionnel de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle (prévue le 10 septembre 2025). Cette période est traditionnellement une phase de haute sensibilité politique où :
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Les rivalités entre camps politiques sont à leur paroxysme.
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Les autorités sont en état d’alerte maximale contre tout discours susceptible d’être perçu comme une incitation au désordre ou à la violence.
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La moindre étincelle peut potentiellement enflammer l’espace public.
Le Message et son Interprétation
Le contenu de la vidéo de Zigui Ibrahim, bien que vague (« invitait la population à s’apprêter« ), est le cœur du problème. Dans le langage politique, un tel appel peut être interprété de multiples façons :
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Par les autorités : Comme un appel subliminal à la mobilisation, à la contestation, voire à des manifestations pouvant dégénérer. Elles y voient une menace pour l’ordre public et la stabilité à un moment critique.
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Par les sympathisants de l’opposition : Comme un encouragement légitime à se préparer politiquement, à rester vigilants face au processus électoral, ou à se mobiliser pacifiquement.
C’est cette ambigüité même qui est utilisée par les autorités pour justifier l’arrestation, arguant d’un « risque de trouble à l’ordre public ».
La Stratégie de Contrôle Renforcé des Autorités
L’arrestation n’est pas un acte isolé mais illustre une politique délibérée de la part des forces de l’ordre (ici la PLCC – Police Républicaine et de Contrôle du Cyberespace) et du gouvernement :
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Surveillance accrue des réseaux sociaux : Les plateformes en ligne sont perçues comme des amplificateurs de discours pouvant mobiliser rapidement des foules. Les autorités affirment vouloir lutter contre la désinformation et les appels à la haine.
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Message dissuasif : En arrêtant un « cyber-activiste » connu, l’État envoie un signal clair à tous les militants et citoyens : les prises de parole en ligne considérées comme subversives seront sévèrement réprimées. L’objectif est de « refroidir » l’espace numérique et d’empêcher toute velléité de contestation en ligne.
Les Enjeux et Débats Soulevés
Cet événement relance plusieurs débats fondamentaux pour la démocratie ivoirienne :
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Liberté d’expression vs. Sécurité nationale : Où se trouve la limite acceptable entre le droit des citoyens à s’exprimer, critiquer et mobiliser, et le devoir de l’État de protéger l’ordre public ? Les autorités privilégient clairement la sécurité, au risque d’étouffer la liberté d’expression.
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L’espace civique rétréci : L’arrestation d’un militant pour un message aussi crypté peut être perçue comme une tentative de réduire au silence les voix critiques, notamment celles de l’opposition (le PPA-CI étant un parti d’opposition). Cela crée un climat de peur et d’autocensure.
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Le rôle du cyber-activisme : Cet événement pose la question du rôle des influenceurs politiques en ligne et des limites de leur action dans un contexte électoral polarisé.
L’interpellation de Zigui Ibrahim est bien plus qu’un simple fait divers. C’est un marqueur politique qui révèle la volonté ferme des autorités ivoiriennes de contrôler strictement le narratif politique en ligne et hors ligne à l’approche de la présidentielle. Elle témoigne d’un climat de méfiance et de tension élevée où la prudence est de mise pour tous les acteurs politiques et les citoyens.
Si le gouvernement y voit une mesure nécessaire de préservation de la paix, ses détracteurs y dénonceront une dérive autoritaire et une entrave au débat démocratique. L’impact à moyen terme sera observé dans la capacité de l’opposition et de la société civile à s’exprimer librement durant le reste de la campagne électorale.

