
APRNEWS: A 15 ans, Marie-Irène Hassen mariée de force à Bokassa
𝐌𝐚𝐫𝐢𝐞-𝐑𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐇𝐚𝐬𝐬𝐞𝐧, 𝐥’𝐚𝐧𝐜𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞 𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐭 𝐜𝐚𝐩𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐝𝐞 𝐁𝐨𝐤𝐚𝐬𝐬𝐚 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐞 𝐝𝐢𝐩𝐥𝐨𝐦𝐚𝐭𝐞. À quatorze ans, Marie-Reine Hassen ne se doute pas que sa vie va basculer. Ce jour-là, dans le quartier de Bangui où elle vit avec sa famille, un militaire frappe à la porte : « Papa veut te voir », dit-il simplement. Elle monte dans la voiture, persuadée de rejoindre son père.
Elle se trompe. La voiture roule vers le palais de Jean-Bedel Bokassa, l’homme fort de Centrafrique, dont les désirs ne souffrent jamais de refus.
Le piège d’un pouvoir absolu
Au palais, le chef d’État se montre d’abord affable, évoquant sa vieille amitié avec le père de la jeune fille. Mais la courtoisie n’est qu’un masque. Quelques jours plus tard, une voiture revient la chercher. Elle est emmenée de force dans une résidence fastueuse au bord du fleuve Oubangui, la villa Kolongo. Marbre vert, dorures, silence. Et la peur.
Lorsque Marie-Reine et sa mère tentent de fuir vers le Cameroun, elles sont arrêtées, dénoncées, emprisonnées. Dans une cellule de terre battue, sous une tôle brûlante, la jeune fille découvre l’univers carcéral du régime bokassien. Deux ans d’enfermement, deux ans de survie.

La résistance d’une captive
En 1976, elle sort de prison. Seule. Bokassa l’attend. Il décide d’en faire son épouse. Un mariage fastueux est organisé, vitrine d’un pouvoir enivré par son propre faste. Marie-Reine Hassen, désormais adolescente, oppose à la brutalité du despote une résistance silencieuse. Elle met tout en œuvre pour ne pas enfanter. Puis elle découvre une arme inattendue : la peur maladive que Bokassa nourrit face à la folie. Alors, elle joue la folle. Et il finit par la relâcher.

De la survie à l’engagement politique
Libérée en 1978, elle s’exile en France, où elle reprend sa vie en main. Elle étudie les relations internationales à l’ILERI, puis aux États-Unis. En 2006, elle entre au gouvernement centrafricain, occupant successivement plusieurs portefeuilles ministériels — aux Affaires étrangères, à l’Économie, puis au Développement régional. En 2014, elle devient ambassadrice à Dakar.
En 2010 et 2015, elle est candidate à l’élection présidentielle en Centrafrique, affichant un rêve qu’elle porte depuis des décennies : celui d’un pays apaisé, dirigé par une femme libre.

La mémoire et la dignité retrouvées
De cette jeunesse confisquée, Marie-Reine Hassen ne parle qu’avec pudeur. Son parcours, à la croisée du drame et de la diplomatie, incarne à lui seul les blessures et les résiliences de la Centrafrique contemporaine — un pays où le pouvoir, souvent, s’est construit sur la captation des destins.
Aujourd’hui, loin des ors du régime qui l’a brisée, elle reste habitée par la conviction que la reconstruction politique passe d’abord par la mémoire et la justice.
