
APRNEWS: Deux Norvégiens inculpés pour corruption liée à Denis Sassou-Nguesso
Le parquet norvégien a mis en examen deux hommes d’affaires et la société Petronor pour corruption présumée au profit du président congolais Denis Sassou-Nguesso. En cause : plus de 24 millions de dollars versés entre 2016 et 2024.
Les autorités judiciaires norvégiennes ont annoncé, lundi 26 janvier, l’inculpation de deux ressortissants du pays, Gerhard Ludvigsen et Knut Sovold, ainsi que de la filiale locale du groupe pétrolier Petronor. Tous trois sont soupçonnés d’avoir orchestré un réseau complexe de versements financiers au bénéfice du président congolais Denis Sassou‑Nguesso et de son entourage.
Selon l’acte d’accusation, les faits s’étendraient de 2016 à 2024 et impliqueraient la société Hemla Africa Holding, opérateur pétrolier norvégien actif en Afrique centrale. Celle-ci aurait transféré près de 25 millions de dollars à MGI International, société congolaise détenue par des proches du chef de l’État. L’entreprise possédait une participation de 25% dans la concession offshore PNGF Sud, exploitée conjointement avec Hemla E&P Congo, filiale de Hemla Africa Holding.
Un système de partage de revenus contesté
Les enquêteurs estiment que les sommes versées à MGI International n’avaient pas de justification commerciale claire. Elles auraient constitué, en réalité, la contrepartie d’avantages accordés par les autorités congolaises pour l’obtention et la sécurisation de la licence d’exploitation pétrolière.
Au total, près de 24,68 millions de dollars auraient été versés directement ou indirectement à la famille présidentielle. D’autres formes d’avantages – sous forme de prêts ou de services – sont également examinées par la justice norvégienne. Ce montage, selon le parquet, illustre un « mécanisme élaboré de captation de revenus publics » au profit du pouvoir en place à Brazzaville.
Petronor et les prévenus rejettent les accusations
Dans un communiqué publié à Oslo, Petronor a « rejeté catégoriquement » les accusations de corruption, affirmant que ses opérations « respectent les standards internationaux et les cadres réglementaires des pays concernés ». L’entreprise s’est dite « prête à coopérer pleinement avec la justice ».
Les deux dirigeants mis en examen ont, par la voix de leur avocat Halvard Helle, défendu « la légitimité d’une coopération économique avec les partenaires locaux d’un État exportateur de pétrole ». Ils affirment que la participation de MGI International relevait d’un partage de profits usuel dans le secteur énergétique africain.
Une affaire emblématique des dérives pétrolières africaines
L’enquête, suivie de près par les autorités antifraude norvégiennes, vient raviver le débat sur la transparence du secteur pétrolier en Afrique centrale. Au Congo-Brazzaville, où le pétrole représente plus de 60% des recettes publiques, plusieurs rapports d’ONG ont déjà dénoncé l’opacité des flux financiers liés à l’extraction des hydrocarbures.
Cette affaire s’ajoute à une longue série de scandales mettant en cause des majors et des négociants étrangers — de Glencore à Trafigura — accusés d’avoir versé des pots-de-vin pour sécuriser leurs intérêts sur le continent. La procédure ouverte à Oslo pourrait, cette fois, tester la capacité d’une justice européenne à sanctionner des pratiques de corruption transnationale dans un dossier impliquant directement un chef d’État en exercice.
