
APRNEWS: En Ouganda, la réélection de Yoweri Museveni plonge le pays dans une spirale répressive
À peine la réélection contestée de Yoweri Museveni annoncée, l’Ouganda sombre dans une répression d’une brutalité inédite. Le chef de l’armée, Muhoozi Kainerugaba, a revendiqué l’élimination de 30 opposants et l’arrestation de 2 000 personnes, assumant publiquement une stratégie de terreur destinée à étouffer toute contestation.
Kampala – Correspondance.
À peine les résultats officiels confirmant la victoire de Yoweri Museveni pour un septième mandat consécutif ont-ils été proclamés que la situation politique en Ouganda s’est brutalement durcie. Vendredi 23 janvier, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major et fils du président, a revendiqué sur le réseau social X la mort de trente membres de la Plateforme d’unité nationale (NUP), le principal parti d’opposition dirigé par Bobi Wine. Le militaire a également annoncé l’arrestation de plus de deux mille personnes, qualifiées de « terroristes » et de « complices » du chanteur devenu député.
Cette communication, à la fois martiale et provocatrice, illustre le tournant autoritaire que connaît le pays depuis le scrutin. Dans le même message, le général Kainerugaba s’est félicité d’un « succès total des opérations de sécurisation du territoire », revendiquant ouvertement l’emploi de la force contre toute contestation politique.
Des élections entachées d’irrégularités
Le processus électoral, marqué par des coupures d’Internet prolongées et un déploiement massif des forces de sécurité, a été dénoncé par de nombreux observateurs internationaux. Plusieurs rapports font état d’intimidations, de bourrages d’urnes et de pressions administratives sur les bureaux de vote. Malgré ces critiques, la commission électorale a validé, dès le 21 janvier, la victoire de M. Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Aucun recours crédible n’a pu être présenté, la plupart des cadres de l’opposition ayant été arrêtés, assignés à résidence ou forcés à la clandestinité. Bobi Wine lui-même, dont le domicile a été pris d’assaut au lendemain du scrutin, aurait quitté Kampala pour une destination inconnue, selon ses proches.
Répression et disparition d’opposants
Dans plusieurs régions du pays, les témoignages de violences se multiplient. Le député Muwanga Kivumbi, arrêté mercredi, avait rapporté quelques jours plus tôt l’exécution de dix de ses partisans par des militaires. Les ONG locales recensent déjà des centaines de disparitions depuis le début du processus électoral. Les avocats de la NUP dénoncent des détentions arbitraires et des perquisitions domiciliaires sans mandat.
« Nous assistons à une criminalisation systématique de toute forme de dissidence, » alerte un responsable d’Amnesty International basé à Nairobi. Les autorités ougandaises n’ont pas, à ce stade, commenté ces accusations.
L’ombre du “projet Muhoozi”
En toile de fond de cette répression, la figure du général Kainerugaba prend une place croissante. Longtemps présenté comme le dauphin officieux du président, l’officier de 51 ans multiplie les déclarations suggérant sa volonté de succéder à son père. Ses prises de position, souvent diffusées sur les réseaux sociaux, entretiennent l’image d’un héritier impatient, à la fois militaire et politique, qui assume une gestion brutale de la contestation.
À Kampala, la peur domine. Les quelques médias encore indépendants évitent d’aborder le sujet, tandis que les organisations internationales appellent à la retenue. Pour la première fois depuis la fin des années 1990, l’Ouganda semble renouer avec les pires réflexes autoritaires d’un régime où le pouvoir et l’armée ne font plus qu’un.
