
APRNEWS: Comment le Coran aborde progressivement l’interdiction de l’alcool
L'alcool est aujourd'hui considéré par certaines personnes comme étant un "plaisir". Ses ravages sont pourtant terribles. Tant au niveau de la santé physique (cirrhoses, cancers) que de la santé mentale (addiction), les troubles qu'il cause sont là. Ses effets ne se limitent pas à l'individu mais touchent la famille (violences conjugales, parentales) et la société (coups et blessures, meurtres, accidents de la route).
L’interdiction de l’alcool en islam repose sur des textes coraniques et des hadiths qui soulignent ses méfaits spirituels, physiques et sociaux.Cette prohibition s’est faite progressivement pour faciliter son acceptation par les premiers musulmans. Elle vise à préserver la raison, la santé et la droiture morale.
Bases coraniques
Le Coran aborde l’alcool en plusieurs étapes : d’abord en notant ses aspects positifs mais en insistant sur ses maux dominants (Sourate Al-Baqara, 219), puis en interdisant la prière en état d’ivresse (Sourate An-Nisa, 43), avant une interdiction totale dans le verset 90 de la sourate Al-Ma’ida : « Ô vous qui croyez ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du diable. Évitez-les. »
Raisons spirituelles et morales
L’alcool altère le jugement et ouvre la porte à des péchés comme la violence, l’immoralité ou la négligence des devoirs religieux, contredisant l’appel à la pureté et à la pleine conscience devant Dieu. Les hadiths du Prophète Muhammad renforcent cela : « Tout enivrant est khamr (vin), et tout khamr est haram (illicite) », même en petite quantité, car il intoxique en grande dose.
Conséquences pratiques
Au-delà de la santé (maladies du foie, accidents), l’alcool détruit les familles et les sociétés, favorisant divisions et injustices. L’approche graduelle du Coran – de la réflexion au rejet total – a permis aux Arabes préislamiques, amateurs de vin, d’abandonner cette habitude en une génération, prouvant l’efficacité de cette sagesse.
L’interdiction de l’alcool dans le Coran s’est faite en quatre étapes progressives, révélées sur environ 23 ans, pour accommoder les habitudes des Arabes de l’époque et permettre une réforme graduelle sans choc brutal. Cette approche vise à éduquer, démontrer les méfaits et imposer l’abandon total.
Première révélation : Bilan des méfaits
Dans la sourate Al-Baqara (verset 219), révélé à Médine : « Ils t’interrogent sur le vin et le jeu de hasard. Dis : « Dans les deux il y a un grand péché et un bénéfice pour les gens, mais leur péché est plus grand que leur bénéfice. » » Cela incite à la réflexion sans prohibition immédiate.
Deuxième étape : Interdiction en prière
Sourate An-Nisa (verset 43), mecquoise : « Ô vous qui croyez ! N’approchez pas de la prière tandis que vous êtes ivres, jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites. » Cela limite l’alcool à des moments précis, soulignant son impact sur la conscience spirituelle.
Troisième étape : Condamnation du diable
Sourate An-Nahl (verset 67) compare l’ivresse à une tromperie divine, renforçant la prise de conscience des dangers cachés.
Interdiction totale
Enfin, sourate Al-Ma’ida (verset 90-91), médinoise : « Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du diable. Évitez-les donc afin que vous réussissiez. Le diable ne veut que susciter parmi vous la haine et l’inimitié par le vin et le jeu de hasard. » Cette révélation définitive, postérieure au traité de Hudaybiyya, scelle l’interdiction absolue.
Comment le musulman et la musulmane considèrent-ils l’alcool ?
Les textes de la révélation ont strictement interdit l’alcool (Coran 5/90). De toutes les choses que ces textes ont déclaré interdites, certaines sont telles qu’elles ne contiennent que ce qui est nocif à l’être humain (sur le plan physique, sur le plan spirituel, sur le plan mental, sur le plan familial, sur le plan social ou autre) ; d’autres choses sont telles qu’elles contiennent à la fois ce qui est utile et ce qui est nocif pour l’être humain, mais ce qui est nocif domine ce qui est utile ; les textes de la révélation les ont donc strictement interdites également. Ainsi en est-il de l’alcool, dont Dieu a explicitement dit qu’il contient ce qui est utile mais aussi ce qui est nocif mais ce qui est nocif domine (Coran 2/219). L’alcool procure par exemple à l’organisme une sensation de chaleur et l’aide ainsi à supporter le froid, mais cet avantage n’est pas suffisant pour contrebalancer les ravages qu’il cause par ailleurs ; Dieu l’a donc strictement interdit. « … Et il se peut que vous aimiez quelque chose alors qu’elle est nocive pour vous. Dieu sait et vous ne savez pas » (Coran 2/216). Un Compagnon habitant une région froide d’Arabie avait ainsi demandé au Prophète si les musulmans de cette région pouvaient absorber une boisson faite à partir du blé, qui les aidait à supporter le froid et les durs travaux. « Cette boisson cause-t-elle l’ivresse ? s’enquit le Prophète. – Oui. – Eh bien vous devez vous en abstenir » (rapporté par Abû Dâoûd, n° 3683).
A l’aube de la venue de l’islam, les habitants de la péninsule arabique étaient de grands amateurs d’alcool. L’alcool de raisin, de datte, de miel, de sorgho (dhura), etc. y étaient fabriqués et consommés avec grand plaisir. Voulant détacher les musulmans de l’alcool, l’islam ne s’y prit pas de façon brutale. Comme Al-Qaradhâwî l’a écrit, les sources de l’islam communiquent « croyances, conception de la vie et actes de culte ; pensée et sentiments ; éthique et valeurs ; règles de politesse et traditions ; droit et législation. Tous ces éléments sont constitutifs de la société musulmane. Le droit n’est – malgré son importance – qu’un élément parmi d’autres. Comment penser que par le simple fait d’avoir émis quelques règles juridiques, nous aurons donné naissance à la société musulmane voulue ? Une législation seule ne forme pas un peuple : elle doit être appuyée par un changement de pensée et de sentiments« (Shariat ul-islâm sâliha li-t-tatbîq fî kulli zamân wa makân, p. 134). C’est bien pourquoi Jundub ibn Abdullâh raconte l’expérience vécue en la compagnie du Prophète : « Nous étions, jeunes hommes, auprès du Prophète. Nous apprîmes la foi avant d’apprendre le Coran [c’est-à-dire les règlements coraniques]. Puis nous apprîmes le Coran, ce qui fit augmenter notre foi » (rapporté par Ibn Mâja, n° 61).
Pédagogie divine concernant l’alcool :
C’est pour la même raison que Aïcha, épouse du Prophète (sur lui la paix), raconte : « Parmi les premiers passages du Coran à avoir été révélés, il y a une sourate parmi les sourates mufassal, dans laquelle il est question du Paradis et de l’Enfer ; et puis, lorsque les hommes retournèrent vers l’islam, le licite et l’illicite furent révélés. Si dès le début Dieu avait révélé : « Ne buvez plus d’alcool », les hommes auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! ». Si dès le début Dieu avait révélé : « Ne commettez plus l’adultère ! », les hommes auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! »… » (rapporté par al-Bukhârî, n° 4707).
Ce n’est qu’après ce long et profond travail sur les cœurs que la révélation s’est mise à édicter obligations et interdits, parmi lesquels l’interdiction de l’alcool. Et même ici, elle a encore choisi la voie du pragmatisme. En effet, le texte coranique, aujourd’hui encore, témoigne de la patiente progression et de la pédagogie qui furent les siennes dans la mise en place de l’interdiction :
– d’abord il a été dit que l’alcool était source d’avantages et d’inconvénients et que ses inconvénients dominaient ses avantages (Coran 2/219) ;
– puis il a été dit qu’il est désormais interdit de se trouver en état d’ivresse au moment d’une des cinq prières quotidiennes (Coran 4/43) ;
– enfin l’alcool a été définitivement interdit (Coran 5/90). Ce processus s’est étalé sur une période de plusieurs années.
Le monde entier reconnaît que l’alcoolisme est un fléau sanitaire, familial et social. Le monde entier reconnaît les ravages causés par cette drogue. Mais si l’islam a, au VIIème siècle, réussi à amener globalement les hommes de toute une terre – l’Arabie – à se défaire de leur alcoolisme, c’est à cause de deux particularités : un profond travail sur les cœurs et les esprits sans interdiction dans un premier temps, puis, dans un second temps, une interdiction progressive liée à la responsabilité devant Dieu. Et c’est ce qui fait la différence d’avec la tentative avortée des Etats-Unis avec la Prohibition dans les années 20 du XXème siècle.
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D’après Ibn Hajar, ce fut en l’an 8 de l’hégire que l’interdiction complète de l’alcool eut lieu (Fat’h ul-bârî, 8/353).
