APRNEWS: Le ministre du Tourisme écroué pour un détournement de 10 milliards de francs CFA

APRNEWS: Le ministre du Tourisme écroué pour un détournement de 10 milliards de francs CFA

L’ancien ministre du Tourisme, Pascal Michel Ogowe Siffon, a été placé sous mandat de dépôt et écroué à la prison centrale de Libreville, dite « Sans famille », dans le cadre d’une affaire de détournement présumé de plus de 10 milliards de francs CFA destinés au secteur touristique gabonais.

 procédure judiciaire met désormais directement en cause la secrétaire générale du ministère du Tourisme, Liliane Ngari, cousine du président Brice Clotaire Oligui Nguema, plaçant l’exécutif face à un test majeur de crédibilité en matière de lutte contre la corruption et d’indépendance de la justice.

Un ancien ministre écroué à « Sans famille »

Selon plusieurs médias locaux, Pascal Ogowe Siffon a été interpellé le 16 décembre 2025 par les agents de la Direction générale de la contre-ingérence et de la sécurité militaire (B2), alors qu’il venait de quitter la présidence de la République, quelques heures après avoir présenté sa démission du gouvernement de transition. Après plusieurs jours d’audition, il a été présenté au tribunal de Libreville puis placé sous mandat de dépôt et transféré, dans la nuit du 23 au 24 décembre, à la prison centrale de Libreville, où il est désormais détenu pour des faits présumés de détournement de plus de 10 milliards de francs CFA.

D’après les premiers éléments de l’enquête, de graves irrégularités auraient été relevées dans les écritures comptables et financières du ministère du Tourisme durant la période où il en avait la charge, concernant notamment des crédits publics et des fonds affectés à la relance du secteur touristique. L’ancien ministre, récemment élu sénateur de la Commune d’Akanda, n’aura pas eu le temps de bénéficier de l’immunité parlementaire attachée à ce nouveau mandat, son arrestation étant intervenue avant son installation au Sénat.

Une affaire à 10 milliards qui éclabousse le ministère

Les soupçons portent sur un montant global supérieur à 10 milliards de francs CFA censés financer des projets de développement touristique, dans un contexte où le tourisme est présenté par les autorités comme un pilier de la diversification économique du pays. Ces fonds proviendraient de crédits budgétaires, de recettes liées à des établissements hôteliers sous contrôle de l’État et d’enveloppes dédiées à la promotion du tourisme national.

Au fil des auditions menées au B2 puis devant les autorités judiciaires, Pascal Ogowe Siffon aurait multiplié les déclarations mettant en cause l’appareil administratif de son ministère, évoquant l’existence d’un circuit opaque de gestion des deniers publics. Des sources proches du dossier indiquent que les enquêteurs cherchent à reconstituer la traçabilité des flux financiers, à identifier les comptes de transit et à déterminer la responsabilité de chaque acteur dans la chaîne de décision et d’exécution.

Liliane Ngari au cœur de la tourmente

Au centre des développements récents de l’affaire figure Liliane Ngari, secrétaire générale du ministère du Tourisme, décrite par plusieurs sources comme un rouage essentiel de l’administration et de la chaîne de dépenses du département. Selon des informations relayées par des médias et plateformes d’information gabonaises, l’ex-ministre l’aurait désignée, lors de ses auditions, comme une actrice centrale de certaines opérations financières contestées et comme une interlocutrice clé dans la validation ou le décaissement des fonds en cause.

Une confrontation entre Pascal Ogowe Siffon et Liliane Ngari aurait eu lieu le 22 décembre au tribunal de Libreville, quelques heures avant l’incarcération de l’ancien ministre, signe du rôle désormais central de la haute fonctionnaire dans le déroulé judiciaire. Le lendemain, la secrétaire générale aurait de nouveau été entendue de longues heures au tribunal, sans qu’une décision publique sur un éventuel mandat de dépôt n’ait été annoncée, alimentant un climat d’incertitude et de spéculations au sein de l’opinion.

La question sensible du lien familial avec le président

L’enjeu de ce dossier dépasse le seul ministère du Tourisme en raison du lien de parenté entre Liliane Ngari et le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, dont elle est présentée comme la cousine dans plusieurs analyses et commentaires politiques. Cette proximité familiale place la présidence face à un dilemme : laisser la justice suivre son cours, y compris si cela conduit à la mise en examen ou à l’incarcération d’un proche, ou risquer de nourrir les accusations d’impunité qui pèsent régulièrement sur les entourages des dirigeants africains.

Depuis le coup de force du 30 août 2023 et son accession au pouvoir, le président Oligui Nguema a multiplié les annonces et signaux autour d’une gouvernance de rupture, d’une moralisation de la vie publique et d’une lutte affichée contre la corruption et les détournements de deniers publics. Une gestion jugée indulgente ou sélective dans l’affaire Ogowe Siffon–Ngari fragiliserait ce discours, en renforçant l’idée que les réseaux familiaux et politiques restent, en pratique, à l’abri des sanctions les plus lourdes.

Un test pour la Ve République gabonaise

Dans plusieurs milieux politiques et judiciaires à Libreville, l’affaire est désormais perçue comme un « cas d’école » susceptible d’illustrer la capacité réelle des nouvelles autorités à rompre avec les pratiques d’hier. Certains observateurs évoquent la volonté de la hiérarchie judiciaire de démontrer que « nul n’est au-dessus de la loi », y compris au sein du cercle familial du président, tandis que d’autres redoutent une instrumentalisation politique du dossier.

Au-delà des seules responsabilités pénales, le traitement de ce dossier pèsera sur la crédibilité de la Ve République gabonaise en matière d’État de droit, d’indépendance de la justice et de lutte contre l’impunité des hauts commis de l’État. Le verdict à venir, notamment sur le sort judiciaire de Liliane Ngari, sera scruté tant au Gabon qu’à l’étranger comme un révélateur du degré de cohérence entre le discours de rupture du pouvoir et la réalité des pratiques institutionnelles.

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