
APRNEWS: Arnaque sentimentale à 144 millions de FCFA à Abidjan
S’appuyant sur des investigations techniques et numériques, les enquêteurs retracent les échanges électroniques ainsi que les flux financiers liés aux paiements exigés.
Un homme a été interpellé à Abidjan par la Plateforme de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC) pour avoir escroqué plus de 100 millions de FCFA à une femme rencontrée sur les réseaux sociaux, au terme d’une arnaque aux sentiments savamment construite. Cette affaire illustre la persistance des « arnacœurs » et la détermination des autorités ivoiriennes à réprimer la cybercriminalité.
Un scénario d’arnaque aux sentiments
Selon les éléments communiqués par la PLCC, le mis en cause s’est d’abord présenté sous l’identité de L.M., via un simple message sur les réseaux sociaux adressé à sa victime, une femme résidant à l’étranger. Le ton est rassurant, la conversation fluide, et les échanges deviennent quotidiens, personnels puis intimes, jusqu’à l’instauration d’un lien affectif fort, typique des arnaques sentimentales en ligne observées en Côte d’Ivoire.
Profitant de cette relation virtuelle, l’individu renforce progressivement la confiance de sa cible en se construisant un profil crédible, séduisant et cohérent, comme le font nombre de cyberescrocs spécialisés dans l’« arnaque aux sentiments » dans le pays. La distance géographique et l’isolement affectif de la victime constituent alors un terrain favorable à la manipulation émotionnelle.
Du roman amoureux à la fraude financière
Une fois la confiance solidement installée, le discours change de registre : l’escroc évoque un prétendu héritage, puis des difficultés financières et des urgences à régler rapidement. Les demandes d’argent se multiplient, sous forme de transferts, de cartes de recharge et d’autres moyens de paiement dématérialisés, en jouant systématiquement sur l’urgence et la culpabilisation affective, une mécanique bien documentée par les spécialistes de la lutte contre la cybercriminalité en Côte d’Ivoire.
Au fil des mois, le préjudice atteint plus de 114 millions, puis est évalué à plus de 144 millions de FCFA, la victime cédant à des sollicitations répétées au nom de l’amour, de la confiance et d’un futur commun promis. Ce mode opératoire s’inscrit dans la continuité des pratiques des « brouteurs », ces cyberarnaqueurs ivoiriens qui exploitent les réseaux sociaux et les plateformes de rencontre pour soutirer des sommes parfois considérables à leurs victimes.
Enquête numérique et interpellation
Les soupçons de la victime finissent par se renforcer lorsqu’elle constate des incohérences dans le récit de son interlocuteur et entreprend des vérifications. Elle découvre alors que l’identité de L.M. est fictive et qu’une autre personne, identifiée sous les initiales D.F.R., se cache derrière ce profil, ce qui la conduit à saisir la PLCC.
Ces opérations permettent de localiser puis d’interpeller le mis en cause, qui aurait reconnu les faits lors de son audition, comme c’est fréquemment le cas dans des dossiers où les preuves numériques sont abondantes.
Poursuites judiciaires et cadre légal
L’individu devra désormais répondre de ses actes devant la justice ivoirienne, dans un contexte où les autorités renforcent la répression de la cybercriminalité. Les charges retenues portent notamment sur l’utilisation frauduleuse d’éléments d’identification de personnes physiques, la menace de publication de contenus à caractère sexuel (sextorsion) et l’escroquerie en ligne portant sur plus de 144 millions de FCFA, en application de la loi n°2013‑451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité.
Cette loi prévoit des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes pour les auteurs de cyberescroqueries, dans un pays qui reste l’un des foyers historiques de l’arnaque en ligne, même si la répression s’est nettement intensifiée ces dernières années. Les mis en cause dans ce type de dossier peuvent également être déférés devant le Pôle pénal économique et financier, juridiction spécialisée dans les infractions économiques et cybernétiques.
Alerte aux internautes : vigilance accrue
Cette affaire rappelle que derrière un profil séduisant peut se cacher une organisation frauduleuse parfaitement structurée. Les autorités comme les chancelleries étrangères en Côte d’Ivoire alertent régulièrement sur les arnaques aux sentiments, recommandant de ne jamais envoyer d’argent à une personne rencontrée uniquement en ligne, quelles que soient les promesses formulées.
Les services spécialisés invitent les victimes potentielles à conserver les preuves (captures d’écran, échanges, références de transferts) et à saisir sans délai les unités en charge de la cybercriminalité, comme la PLCC à Abidjan, afin de maximiser les chances d’identifier les auteurs. Ils rappellent également que la honte ou la peur de l’exposition publique ne doivent pas empêcher le dépôt de plainte, la cyberescroquerie étant un délit pénalement sanctionné au même titre que les formes « classiques » de fraude.
