
APRNEWS: Donald Trump investit dans le Corridor de Lobito – Une surprise politique
Les États-Unis viennent de boucler un financement majeur de 553 millions de dollars pour le corridor de Lobito en Angola, concrétisant une promesse faite en 2024 par Joe Biden et reprise aujourd’hui par l’administration Trump, qui en fait un pilier de sa stratégie d’accès aux minéraux critiques africains.
Au-delà de la réhabilitation d’un axe ferroviaire et portuaire clé pour le cuivre et le cobalt de la RDC et de la Zambie, ce projet s’inscrit au cœur de la rivalité logistique et géopolitique entre Washington et Pékin sur le continent.
Un prêt américain de 553 millions de dollars
L’agence américaine International Development Finance Corporation (DFC) a signé un accord de prêt de 553 millions de dollars avec le consortium Lobito Atlantic Railway (LAR), emmené par Trafigura et Mota Engil, pour moderniser le corridor de Lobito. Ce financement, complété par un prêt de 200 millions de dollars de la Development Bank of Southern Africa (DBSA), porte l’enveloppe totale annoncée à 753 millions de dollars, soit l’un des plus importants engagements récents des États-Unis dans une infrastructure africaine de transport.
La cérémonie de signature s’est tenue le 17 décembre à Washington, en présence des dirigeants de Trafigura et de Mota Engil, du ministre angolais des Transports Ricardo D’Abreu, du PDG de la DFC et du secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires économiques, énergétiques et commerciales, Caleb Orr. L’accord donne corps à une promesse formulée en 2024 par l’ex-président Joe Biden dans le cadre du Partenariat pour les infrastructures et l’investissement global (PGII), aujourd’hui assumée et accélérée par le président Donald Trump, réélu en 2024.
Réhabiliter un corridor stratégique vers l’Atlantique
Le prêt de la DFC financera la réhabilitation du port minéralier de Lobito et d’environ 1 300 kilomètres de voies ferrées le long de la ligne de Benguela, afin d’acheminer plus rapidement les minerais de la ceinture cuprifère d’Afrique centrale vers l’océan Atlantique. Le projet vise à multiplier par dix la capacité de transport du corridor, pour atteindre 4,6 millions de tonnes par an, tout en réduisant de près de 30% les coûts logistiques pour les exportateurs de cuivre et de cobalt.
Présenté comme une alternative plus rapide et plus fiable aux itinéraires routiers actuels, le corridor de Lobito pourrait ramener le temps de transit des cargaisons de la RDC de 45 jours par la route à environ deux jours par le rail, selon les projections communiquées par la DFC. Pour Luanda, il s’agit d’un levier de transformation économique : le ministre Ricardo D’Abreu parle d’un « tournant historique » capable de faire de Lobito une plateforme régionale pour le fret minier et, à terme, pour d’autres flux commerciaux.
Extension vers la RDC et la Zambie
Au-delà de l’axe angolais, Washington soutient aussi l’extension du réseau ferroviaire vers l’est, en direction de la RDC et de la Zambie, principaux producteurs africains de cuivre et de cobalt. La DFC a ainsi émis une lettre d’intention à Mota Engil pour le financement de la réhabilitation de la ligne Dilolo–Sakania, une infrastructure estimée à plus d’un milliard de dollars, incluant un prolongement jusqu’à la frontière zambienne.
Parallèlement, le projet global du corridor de Lobito prévoit la construction de 515 km de rail en Zambie et 315 km en RDC pour relier les gisements de la Copperbelt à la ligne de Benguela et au port de Lobito. Ce maillage doit permettre au consortium LAR, auquel l’Africa Finance Corporation (AFC) est associée sur la partie zambienne, d’attirer des volumes massifs de cuivre et de cobalt, soutenus par plusieurs protocoles d’accord de miniers comme KoBold Metals ou First Quantum Minerals.
Une rivalité frontale avec la Chine
Ce coup d’accélérateur américain intervient alors que la Chine renforce simultanément ses propres corridors ferroviaires miniers en Afrique australe. Le 20 novembre, Pékin a signé avec la Zambie et la Tanzanie un accord de 1,4 milliard de dollars pour moderniser la ligne TAZARA, long de 1 860 km, qui relie la ceinture cuprifère zambienne au port tanzanien de Dar es Salaam sur l’océan Indien.
L’objectif de ce programme est de porter les volumes de fret de TAZARA d’environ 100 000 tonnes par an à 2,4 millions de tonnes, repositionnant ce corridor historique comme un axe majeur des exportations de cuivre vers les marchés asiatiques. Face à ce chantier, soutenu au plus haut niveau par le Premier ministre chinois Li Qiang, le corridor de Lobito apparaît comme la réponse occidentale, soutenue par les États-Unis et l’Union européenne, pour diversifier les routes d’approvisionnement en minéraux critiques et réduire la dépendance à des chaînes logistiques dominées par la Chine.
Enjeux et fragilités pour les pays africains
Si la compétition sino-américaine favorise un afflux d’investissements dans des infrastructures longtemps négligées, elle pose des défis majeurs aux pays concernés. Sur le corridor de Lobito, plusieurs centres de recherche pointent les incertitudes autour de la viabilité économique à long terme, alors que de larges volumes de fret sont encore liés à un nombre limité d’opérateurs miniers, dont certains sont contrôlés par des capitaux chinois.
Plus largement, le risque est réel de voir se reproduire un schéma bien connu : celui de pays africains cantonnés au rôle d’exportateurs de minerais bruts, tandis que la transformation, le raffinage et la fabrication des technologies liées à la transition énergétique restent captés hors du continent. Plusieurs économistes plaident ainsi pour que ces grands projets ferroviaires s’accompagnent de politiques industrielles ambitieuses, visant à développer sur place des usines de raffinage, de composants batteries ou de semi-produits métallurgiques à plus forte valeurajoutée
