APRNEWS: En 2024/2025, le Bangladesh a acheté 41 % de son coton depuis l’Afrique

APRNEWS: En 2024/2025, le Bangladesh a acheté 41 % de son coton depuis l’Afrique

La demande en coton est tirée par un accès particulièrement avantageux au marché de l’Union européenne, qui absorbe environ 50% des exportations de prêt‑à‑porter et offre au Bangladesh un accès en franchise de droits au moins jusqu’en 2029.

L’Afrique est devenue un pilier de l’essor de l’industrie textile bangladaise, en fournissant désormais plus de quatre balles de coton sur dix importées par ce géant mondial de l’habillement. Cette interdépendance ouvre des opportunités, mais fait aussi émerger de nouveaux arbitrages pour les pays africains engagés dans la montée en gamme industrielle.

Le Bangladesh, premier importateur mondial de coton

En 2024/2025, le Bangladesh a importé 8,05 millions de balles de coton, soit une hausse de 6,2% sur un an, ce qui en fait le premier importateur mondial devant le Vietnam et très largement devant la Chine (5,19 millions de balles). Sur ce total, 41% – environ 3,3 millions de balles – proviennent d’Afrique, selon le dernier rapport du Département américain de l’agriculture (USDA) sur le marché mondial des fibres.

Le pays dépend à près de 98% du marché international pour couvrir ses besoins, sa production domestique restant embryonnaire, autour de 155 000 balles. Cette forte dépendance est la contrepartie d’une industrie textile très concentrée sur l’exportation, qui n’a pas jugé prioritaire l’investissement massif dans la culture locale de coton.

L’Afrique de l’Ouest au cœur des approvisionnements

Selon l’USDA, les principaux fournisseurs africains du Bangladesh sont le Bénin, le Cameroun, le Burkina Faso et le Mali, tous intégrés dans les grands bassins cotonniers d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le Bangladesh diversifie toutefois ses sources en important aussi massivement du Brésil (25% des achats) et de l’Inde (15%), ce qui réduit le risque de dépendance à une seule région.

Cette présence africaine renforcée sur le marché bangladais s’explique par la qualité fibreuse du coton ouest-africain, son positionnement prix et la montée en puissance des négociants structurés. Elle constitue une source importante de devises pour ces pays, alors même qu’ils cherchent simultanément à sortir du rôle exclusif de fournisseurs de matières premières.

Une industrie textile bangladaise sous haute tension concurrentielle

L’industrie de l’habillement au Bangladesh figure parmi les plus compétitives au monde, reposant sur une main-d’œuvre abondante, qualifiée et à faible coût, concentrée dans environ 4 500 usines employant près de 4 millions de personnes. Le pays a exporté pour 39,3 milliards de dollars de vêtements en 2024/2025 – pantalons, T‑shirts, chemises en maille, pulls, blouses et sous‑vêtements – confirmant la reprise après le choc de la pandémie de Covid‑19.

 l’inverse, les exportations vers les États‑Unis font face à des droits de douane d’environ 20%, poussant les industriels bangladais à consolider encore davantage leur position en Europe et à rechercher de nouveaux débouchés.

Perspectives : Vietnam en embuscade, capacité en forte hausse

Pour la campagne 2025/2026, l’USDA estime que le Vietnam pourrait détrôner le Bangladesh au rang de premier importateur mondial de coton avec 8,1 millions de balles, contre 8 millions projetées pour le Bangladesh. D’autres projections officielles évoquent aussi un scénario dans lequel le Bangladesh se maintient au premier rang avec des importations pouvant atteindre 8,1 à 8,4 millions de balles selon l’évolution de la demande mondiale.

Les capacités de consommation du secteur textile bangladais pourraient, à terme, monter jusqu’à 15 millions de balles de coton par an, contre environ 8,5 millions actuellement utilisées, si les investissements se poursuivent et si la demande extérieure reste porteuse. Ces marges de progression laissent entrevoir la poursuite d’un rôle central du pays dans les chaînes de valeur mondiales de l’habillement, et donc une demande soutenue de coton importé.

L’Afrique entre rente cotonnière et ambition industrielle

Cette dynamique ne va toutefois pas sans questionner la stratégie de long terme des producteurs africains, qui envisagent de plus en plus de capter une part plus importante de la valeur ajoutée sur place. Au Bénin, par exemple, le gouvernement, en partenariat avec la Zone industrielle de Glo‑Djigbé (GDIZ), projette de transformer la quasi‑totalité de la production nationale de coton d’ici 2030‑2032 grâce à la mise en place de près de 28 unités intégrées de textile et de confection.

Le parc textile de la GDIZ prévoit ainsi un écosystème complet, du filage à la confection, avec pour ambition de traiter 100% du coton béninois et d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée vers les marchés européens et américains. Ce type d’initiative, qui se multiplie en Afrique de l’Ouest, pourrait à moyen terme réduire les volumes de fibres brutes disponibles pour l’exportation vers des pays comme le Bangladesh, au profit d’une exportation accrue de fils, tissus ou vêtements « made in Africa ».

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