APRNEWS: Gabon – Arrestation de l’ancien ministre du Tourisme pour corruption présumée et détournement de fonds publics

APRNEWS: Gabon – Arrestation de l’ancien ministre du Tourisme pour corruption présumée et détournement de fonds publics

Pascal Ogowé Siffon, ancien ministre du Tourisme du Gabon, a été interpellé hier par les services du B2, entre la présidence et son domicile à Libreville, dans un contexte de soupçons de détournement massif de fonds publics dépassant les 10 milliards de francs CFA.

Cette arrestation est intervenue quelques heures après l’officialisation de sa démission du gouvernement intérimaire dirigé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Une interpellation au cœur du dispositif sécuritaire

Selon des sources sécuritaires concordantes, l’ancien ministre a été stoppé par des éléments de la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM), plus connue sous le nom de B2, alors qu’il rentrait de la présidence vers son domicile. Cette unité, considérée comme le « bouclier » du chef de l’État dans l’architecture sécuritaire actuelle, est chargée des dossiers sensibles mêlant renseignement, sécurité de l’État et enquêtes sur les atteintes graves aux intérêts publics.

D’après des informations issues de milieux proches des services de renseignement, la mesure privative de liberté a été justifiée par un risque de fuite et la nécessité de préserver des éléments de preuve dans un dossier qualifié de « hautement sensible » par une source sécuritaire. L’ex-ministre aurait déjà été placé sous étroite surveillance ces dernières semaines, en raison d’allers-retours jugés suspects et de contacts avec des intermédiaires économiques visés par la même enquête.

Des soupçons de détournement de plus de 10 milliards

Au cœur du dossier, les enquêteurs évoquent un détournement présumé d’au moins 10 milliards de francs CFA, initialement alloués à la relance et au développement du secteur touristique gabonais. Ces fonds proviendraient de crédits publics, de recettes d’infrastructures touristiques et de programmes d’investissement censés financer des projets structurants, notamment des éco-lodges, des aménagements de sites naturels et la modernisation de l’offre d’hébergement.

Des premières investigations financières font apparaître de sérieuses irrégularités dans la chaîne de dépense, avec des écarts entre les montants engagés, les sommes effectivement décaissées et l’état réel d’avancement des projets sur le terrain. Plusieurs contrats, passés en procédure restreinte, sont dans le viseur pour des soupçons de surévaluation, de favoritisme et de conflits d’intérêts.

Favoritisme et conflits d’intérêts présumés

L’un des volets les plus sensibles du dossier concerne une entreprise privée liée à Pascal Ogowé Siffon, accusée d’avoir bénéficié de marchés publics sans appel d’offres concurrentiel. D’après des médias régionaux, la société « Le Cap Caravane », spécialisée dans l’organisation de déjeuners d’affaires sur des embarcations dans les mangroves, aurait obtenu un contrat lucratif dans le cadre de la promotion touristique, alors que son propriétaire siégeait encore au gouvernement.

Les enquêteurs s’intéressent à la manière dont certains marchés ont été attribués, notamment à des structures proches du ministre ou à des réseaux d’affaires gravitant autour du ministère du Tourisme. Des flux financiers jugés atypiques auraient été tracés vers des comptes et des entités sans rapport direct avec les programmes financés, ce qui renforce les soupçons de détournement et de blanchiment.

Une démission politiquement lourde de sens

La veille de son interpellation, Pascal Ogowé Siffon avait officiellement remis sa démission de ses fonctions de ministre du Tourisme et de l’Artisanat au président Oligui Nguema, en raison de son élection comme sénateur, les fonctions gouvernementales étant incompatibles avec l’exercice d’un mandat parlementaire. Le chef de l’État avait pris acte de cette décision tout en remerciant l’intéressé « pour le travail accompli dans l’intérêt supérieur du pays », et en confiant son intérim au ministre de l’Enseignement supérieur Simplice Désiré Mamboula.

Cette séquence nourrit les spéculations sur le calendrier de l’enquête et sur une possible volonté des autorités de laisser aboutir la transition gouvernementale avant de déclencher l’action coercitive, afin de ne pas fragiliser l’exécutif en place. Pour certains observateurs, ce dossier illustre la volonté affichée par le régime d’Oligui Nguema de durcir le ton contre la corruption au sein de l’appareil d’État, dans un contexte de recomposition politique post-transition.

Silence officiel et enjeux pour la gouvernance

Jusqu’ici, ni la présidence gabonaise ni le ministère de la Justice n’ont publié de communiqué détaillé sur les charges exactes retenues contre Pascal Ogowé Siffon, se contentant de renvoyer au travail des enquêteurs et aux procédures en cours. Le camp de l’ex-ministre, de son côté, dénonce en coulisses une « cabale politique » destinée à écarter une personnalité jugée trop influente dans certains cercles, tout en assurant qu’il entend répondre aux convocations de la justice.

Au-delà du cas individuel, cette affaire intervient alors que le pouvoir met en avant une refonte de l’architecture sécuritaire et un discours de « moralisation » de la vie publique, dans un pays marqué par de longues années de soupçons de mauvaise gestion des ressources. La manière dont sera conduite cette procédure – transparence de l’enquête, respect des droits de la défense, éventuelles poursuites ou non – constituera un test important pour la crédibilité de la lutte contre la corruption et la consolidation de l’État de droit au Gabon.

Catégories
Étiquettes
Partager ceci

Commentaires

Mots-clés (0)