
APRNEWS: Bénin -L’arrestation du fils de Boni Yayi plonge « Les Démocrates » dans la tourmente après le putsch manqué
Au lendemain de la tentative de coup d’État qui a visé le président Patrice Talon dans la nuit du 6 au 7 décembre, les autorités béninoises ont procédé à une série d’interpellations visant les présumés complices des mutins.
Une arrestation au cœur de la crise post-putsch Selon des sources sécuritaires concordantes, Chabi Yayi, fils de l’ancien chef de l’État Thomas Boni Yayi, a été interpellé tard dans la nuit de samedi à dimanche et placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour « complot contre la sûreté de l’État » et « tentative de renversement des institutions ».
Cette arrestation intervient dans un climat politique déjà sous haute tension, quelques jours après l’assaut mené par un groupe de militaires conduits par le lieutenant-colonel Pascal Tigri contre la résidence présidentielle et la télévision nationale, avant que l’armée loyaliste, appuyée par le Nigeria et des partenaires régionaux, ne reprenne le contrôle.
Le putsch manqué du 7 décembre
À l’aube du 7 décembre, des soldats sont apparus à la télévision publique béninoise pour annoncer la destitution de Patrice Talon et la mise en place d’un « comité militaire » se présentant comme une instance de refondation nationale.
Très rapidement, les forces de défense et de sécurité ont réagi, affrontant les mutins autour de la radiotélévision nationale et près de la résidence du chef de l’État, dans une opération qui a fait plusieurs victimes avant le rétablissement de l’ordre constitutionnel en fin de journée.
Pour venir à bout de la rébellion, le Bénin a bénéficié d’un appui nigérian, Abuja ayant mené des frappes ciblées contre une base où s’étaient retranchés les putschistes à la périphérie de Cotonou, tandis que la CEDEAO annonçait l’envoi de renforts pour « préserver l’ordre constitutionnel ».
Boni Yayi condamne « une attaque ignoble »
L’ancien président Thomas Boni Yayi, aujourd’hui à la tête du parti d’opposition « Les Démocrates », est sorti de son silence quelques jours après les événements, dans un message solennel diffusé sur les réseaux sociaux. Il y exprime sa « tristesse » face à cette tentative de prise de pouvoir par les armes, condamne avec fermeté une « attaque sanglante et ignoble » contre la République et dit avoir personnellement exprimé sa solidarité à Patrice Talon et à sa famille.
Boni Yayi réaffirme dans cette déclaration son attachement à la « primauté des urnes » et à des élections libres et transparentes, tout en appelant la population au calme et à la paix, dans un pays qu’il décrit comme éprouvé par la montée des tensions politiques à l’approche de la présidentielle d’avril 2026.
Un parti d’opposition pris en étau
Le parti « Les Démocrates », principal parti d’opposition fondé par Boni Yayi, se trouve dans une position délicate. Dans un communiqué rendu public le 7 décembre, la formation a officiellement rejeté toute prise de pouvoir par la force, salué l’action des forces de défense et réaffirmé son attachement « aux valeurs démocratiques » et à la stabilité des institutions.
Ce même parti dénonce depuis plusieurs mois son exclusion du scrutin présidentiel de 2026, ses candidats n’ayant pas obtenu le nombre de parrainages requis, décision confirmée par la Cour constitutionnelle et perçue en interne comme le signe d’un verrouillage du jeu politique.
Dans ce contexte, l’arrestation de Chabi Yayi, personnalité issue du premier cercle familial de l’ancien chef de l’État, alimente le sentiment chez les cadres et militants d’être ciblés politiquement, même si les autorités présentent ces interpellations comme relevant exclusivement de l’enquête sur la tentative de putsch.
Enquête en cours et climat de suspicion
Le gouvernement a fait savoir qu’une enquête approfondie était en cours pour identifier l’ensemble des responsabilités, internes comme externes, dans la tentative de déstabilisation du 7 décembre, indiquant que des militaires et des civils figuraient parmi les personnes interpellées.
Le chef présumé des putschistes, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, est toujours activement recherché, certaines sources évoquant sa fuite hors du territoire national et la préparation éventuelle de mécanismes de coopération judiciaire et de mandats internationaux.
Alors que le pouvoir insiste sur la nécessité de « faire toute la lumière » et de traduire les responsables devant la justice, l’opposition craint un glissement vers une instrumentalisation sécuritaire de la crise pour affaiblir davantage ses rangs à quelques mois d’un scrutin présidentiel déjà très controversé.
