
APRNEWS: Les autorités maliennes ont confié la fabrication des passeports à la Chine.
Un parfum d’opacité plane sur l’un des plus importants marchés publics maliens de l’année : la fabrication des nouveaux passeports biométriques.
Le marché, estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, a été attribué sans appel d’offres ouvert à la société chinoise EMPTECH, basée à Shenzhen un choix révélé par le journal « Le Sphinx » et diverses sources locales.
La procédure d’attribution par entente directe, sans concurrence ni débat public, interroge sur le respect des principes de transparence et de bonne gouvernance. Si le code des marchés publics malien prévoit des exceptions à la mise en concurrence, celles-ci sont encadrées par des critères stricts qui, dans ce cas précis, n’ont fait l’objet d’aucune publication officielle. Ni le détail des critères d’éligibilité, ni le montant exact du contrat, ni l’audit des capacités du prestataire n’ont été rendus publics, renforçant la suspicion d’une gestion non transparente et creusant un fossé de défiance entre l’État et la société civile.
Cette situation n’est pas sans précédent : EMPTECH s’était déjà vu attribuer un marché analogue au Burkina Faso, peu après la sortie du pays de la CEDEAO. L’expérience burkinabè, marquée elle aussi par des critiques d’opacité, a, selon les experts, favorisé la consolidation de la position d’EMPTECH au Mali. Les techniciens du prestataire chinois sont désormais présents à la Maison du Savoir Numérique, suscitant de vives inquiétudes quant au sort des données stratégiques et personnelles des citoyens maliens.
Derrière la modernisation promise des passeports maliens, l’autre enjeu est celui de la souveraineté numérique. « Les données biométriques sont une ressource nationale stratégique. Les confier à une entreprise étrangère, c’est risquer d’ouvrir une brèche dangereuse dans la sécurité de l’État », alerte un expert en cybersécurité à Bamako. À l’heure où de nombreux États africains tentent de renforcer leur autonomie technologique, le choix d’une solution clé en main importée apparaît pour beaucoup comme une dépendance accrue face aux acteurs extérieurs.
Dans une société malienne en quête de transparence, l’absence de communication officielle sur ce dossier majeur alimente les théories de la suspicion et fragilise la légitimité du gouvernement. Un juriste avertit : « L’opacité nourrit toujours la rumeur et la rumeur fragilise l’État. »
