
APRNEWS: État de droit RHDP vs PPA-CI, Perceptions politiques et réalités judiciaires en débat
Le débat entre les deux interlocuteurs met en lumière l'utilisation d'arguments partiellement vérifiables, avec des statistiques précises sur la liberté de presse d'un côté et des accusations de justice sélective de l'autre nécessitant une analyse approfondie des dossiers judiciaires. Ce dialogue reflète un défi commun dans de nombreuses transitions politiques, à savoir la complexité de concilier justice transitionnelle et réconciliation nationale, ainsi que la variation des perceptions de l'état de droit en fonction de la position politique occupée.
Point de vue critique (Lasme)
Lasme affirme que le pouvoir est concentré dans les mains d’un individu, au détriment du fonctionnement impartial des institutions. Il critique la sélectivité de la justice, rappelant que seul un camp, celui des pro-Gbagbo, a été poursuivi après 2011, tandis que des crimes imputés aux forces pro-Ouattara ou aux Dozos sont restés sans poursuites.
Blaise Lasme (opposition PPA-CI) présente un récit critique :
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Dénonce une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du président
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Pointe du doigt une justice sélective concernant les poursuites judiciaires post-crise de 2011
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Relève l’asymétrie judiciaire : seulement un camp (pro-Gbagbo) poursuivi selon lui
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Remet en cause l’égalité devant la loi, condition fondamentale d’un État de droit
Il pointe l’absence d’égalité devant la loi : la justice serait appliquée selon les intérêts politiques et non selon le droit, illustrant une justice à géométrie variable jugée incompatible avec l’État de droit.
Point de vue institutionnel (Kokora)
Kokora met en avant les avancées institutionnelles sous Ouattara : liberté d’expression, progrès de la presse, organisation de marches pacifiques de l’opposition.
Kokora N’Zi (majorité présidentielle RHDP) défend les progrès accomplis :
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Met en avant les avancées en matière de libertés (expression, presse, manifestation)
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Utilise des indicateurs objectifs (classement RSF passé de 155e à 53e)
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Souligne la tolérance envers l’opposition (autorisation de manifestations)
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Fait un rappel du contexte pré-2011 présenté comme plus répressif
Il note l’amélioration du classement de la liberté de la presse (53ᵉ place aujourd’hui alors qu’elle était 155ᵉ en 2011), l’existence de médias pluralistes et le dialogue politique—ce qui, selon lui, sont les marqueurs d’un État de droit moderne.
Kokora considère que l’État garantit le respect du droit dans sa globalité, même si des tensions et des désaccords restent perceptibles lors des grandes échéances électorales.
Points de friction essentiels
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La question de l’équité judiciaire concernant les crimes de la crise post-électorale
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La concentration du pouvoir exécutif versus les contre-pouvoirs effectifs
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La définition même de ce qu’est un État de droit (accent sur les libertés civiles versus égalité devant la justice)
Réalité observée
Selon Amnesty International, la liberté d’expression et de réunion reste limitée dans la législation et la pratique, des poursuites sélectives et des restrictions étant toujours documentées, notamment contre l’opposition ou la société civile.
Le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU a récemment interpellé l’État ivoirien pour garantir pleinement les droits politiques de toutes les figures de l’opposition, pointant des obstacles persistants à l’État de droit.
Le débat sur l’État de droit en Côte d’Ivoire reste vif : des progrès notables sont reconnus, mais des critiques récurrentes sur la sélectivité de la justice et la concentration des pouvoirs alimentent les doutes sur la réalité d’une gouvernance juridiquement impartiale.
Les deux interlocuteurs utilisent des arguments partiellement vérifiables : les statistiques sur la liberté de presse citées par N’Zi sont exactes, tandis que les accusations de justice sélective de Lasme mériteraient une analyse détaillée des dossiers judiciaires effectivement ouverts et traités.
Ce débat reflète une réalité plus large dans de nombreuses transitions politiques : la difficulté de concilier justice transitionnelle et réconciliation nationale, et le fait que les perceptions de l’état de droit varient souvent selon qu’on se trouve du côté du pouvoir ou de l’opposition.
