
APRNEWS: Edito Géopolitique – Thiam a passé un message , va-t-il être entendu ?
Ce discours met en lumière les enjeux complexes à la croisée de la politique intérieure ivoirienne et des rivalités géopolitiques mondiales. Il illustre aussi les choix faits par les grandes puissances occidentales, préférant la stabilité contre la menace russe et terroriste, quitte à fermer les yeux sur certaines dérives démocratiques. La réaction de l’opposition ivoirienne reste un point clé à suivre : comment ces leaders vont-ils répondre à ce blocage géopolitique et quelle stratégie adopteront-ils face à ce soutien international qui semble verrouiller la scène politique actuelle ? Le défi est immense dans un contexte où la Côte d’Ivoire se trouve au cœur d’un jeu d’influences entre grandes puissances, avec un avenir politique national étroitement lié à ces dynamiques externes.
Dans son récent discours à la nation, le président Tidjane Thiam a adressé un message fort à ses partenaires internationaux, notamment la France, les États-Unis et le Conseil de sécurité des Nations unies. Il les tient directement responsables du maintien au pouvoir du régime d’Alassane Ouattara, qu’il qualifie de « vieillissant, corrompu, sous perfusion, à bout d’idées », notamment en raison d’un quatrième mandat qu’il juge anticonstitutionnel et des pressions exercées sur les leaders de l’opposition.
Pour mieux comprendre ce contexte, il est utile de rappeler l’évolution géopolitique post-Seconde Guerre mondiale où cinq grandes puissances (URSS, États-Unis, Royaume-Uni, Espagne/Portugal, France) se sont réparties l’influence mondiale en combinant force militaire, présence territoriale (anciennes colonies), puissance financière et poids diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU.
Aujourd’hui, la France, ancienne puissance dominante en Afrique francophone, voit son influence territoriale diminuer face à la montée en puissance de la Russie, qui s’implante stratégiquement dans plusieurs pays africains, notamment au Sahel. Dans ce contexte difficile pour la France, la Côte d’Ivoire émerge comme un acteur clé aux yeux des puissances occidentales, notamment les États-Unis, qui investissent dans les forces de sécurité ivoiriennes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et du maintien de la paix.
La présence simultanée des armées française et américaine en Côte d’Ivoire cristallise cette nouvelle géopolitique : la France, bien qu’affaiblie, garde une coopération militaire ancienne et forte, notamment via le centre de formation de l’Académie Internationale de Lutte Contre le Terrorisme (AILCT), tandis que les États-Unis affirment leur position via AFRICOM et des exercices militaires conjoints comme Flintlock 2023.
Lors d’une cérémonie militaire en présence du président Ouattara, ce défilé des forces d’élite françaises et américaines a envoyé un message subliminal fort de soutien aux autorités ivoiriennes actuelles. Cette manifestation visible de coopération stratégique valide implicitement la politique et la stabilité du régime Ouattara. Par contraste, le refus officiel de l’Afrique du Sud et du Nigeria de participer à ce défilé, sous prétexte d’impératifs opérationnels et de calendrier, illustre une distance diplomatique voire une désapprobation silencieuse de certains acteurs africains.
Thiam souligne ainsi que cette « ingérence majeure », soutenue entre autres par ces puissances extérieures, perpétue une forme de statu quo au détriment des aspirations démocratiques et des leaders de l’opposition. Face à cela, il appelle à ne pas soutenir un régime qu’il juge illégitime, tout en affirmant vouloir une alternance pacifique.




