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Religion et politique, quel rapport ?

Dimanche, 13 août, 2017
© Sercom APRnews Photo Religion et politique, quel rapport ?

La religion peut être définie comme un système de croyances et de pratiques relatives au sens de la vie qui supposent toujours un au-delà des réalités sensibles.

Même à une période où chacun veut définir ce qu'il croit et ce à quoi il adhère, les systèmes de croyances ne sont pas sans détermination sociales. Le système de croyances et de pratiques des individus religieux est largement déterminé par l'existence d'églises ou d'institutions religieuses qui proposent des systèmes constitués et permettent aux individus d'incarner leurs idéaux religieux dans des groupes communautaires.

Que ce soit en Europe  -voire- surtout en Afrique, les changements sociaux sont indéniablement marqués par l'impact des religieux. Ce dernier en effet, imprègne partout la vie sociale et politique des pays africains (E. Dorier -Apprill, 2006). 
D'ailleurs, de nombreux travaux abordent la question de l'interférence du religieux et du politique dans les sociétés Africaines (chrétiennes de diverses confessions, Islam, religions traditionnelles Africaines, églises néo-traditionnelles et prophétiques, religions de masse, etc).

Même si la religion de chacun, en principe, ne concerne donc pas l'État et constitue une affaire privée. Il est sans contexte que l'Afrique ne vit pas la modernité comme une sécurisation qui relègue la religion dans la sphère privée. Comme le note évidemment et merveilleusement J.F. Bayart, « l'Afrique construit sa propre modernité en dialoguant avec Dieu » (J.F. Bayart, 1993). Ce qui rend obvie la rémanence de la fonction politique de la religion. De ce point de vue, Ignace N'Donga Maduku, a raison de noter que cette « fonction a un rôle stabilisateur de l'ordre social » en Afrique.

En dehors de la religion, la politique, au contraire, est avant tout un service rendu à la personne humaine, en tant qu'elle est garante du bien commun. Ce qui signifie qu'il n'appartient pas à la politique de décider si l'homme est religieux ou non, elle doit s'atteler par contre à garantir la vérité sur ce point. La relation politique et religieux ne doit pas être neutre parce qu'elle suppose de la part du politique de garantir la liberté de la religion, mais aussi de veiller à ce que cette liberté ne soit pas contraire à la liberté véritablement de l'homme. Pour ainsi dire, religion et politique, ce sont des domaines différents, mais s'influençant mutuellement.

Il est vrai que la politique est aux antipodes des phénomènes religieux. Relève du domaine politique tout ce qui a trait à l'organisation et à la régulation du vivre ensemble dans une société. Le politique gérerait le quotidien alors que la religion s'intéresserait aux réalités supra-naturelles. Mais certains systèmes religieux estiment avoir à intervenir dans le domaine politique : le sens ultime des choses peut conduire à une vision particulière de la politique à mettre en œuvre. 
Et le système de croyances religieuses s'accompagne très souvent d'un jugement sur le monde moderne ; ainsi, dans les années 1960, le concile Vatican II peut être considéré comme un essai d'adaptation du catholicisme au monde moderne lié à une réévaluation positive de la modernité. Les liens existant entre religion et politique peuvent s'analyser historiquement à travers les relations entretenues par les institutions religieuses avec les pouvoirs étatiques. Le christianisme naissant a été violemment combattu par le pouvoir romain, à partir de Constantin au contraire (Vème siècle après J.C.), il est devenu une religion liée au pouvoir politique, il sera inséré dans les structures de la féodalité et de la monarchie.

En France, par exemple, l'autonomie ou la séparation d'avec le pouvoir politique ne se concrétise que très lentement au XIX et XXème siècle. En effet, si la liberté religieuse a été établie par la déclaration des droits de 1789 (art. 10). La loi du 09 décembre 1905 a, quant à elle, institué la séparation des églises et de l'Etat, c'est-à-dire le régime de laïcité de l'Etat. Elle dispose que la République assure la liberté de conscience des citoyens et ne « reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». Il existe cependant « des tolérances », de la part des institutions publiques, à l'égard des religions, par exemple, des émissions religieuses du dimanche matin sur le service public, existence d'aumôneries dans les établissements scolaires, militaires et prisons, etc.

Par ailleurs, ce régime de laïcité n'est pas en vigueur sur tout le territoire français. Ainsi, en Alsace-Moselle, on applique le régime du concordat qui date du début du XIXème siècle. En fait, en 1905, cette région n'appartenait pas à la France. La loi ne la concerne donc pas. Les Ministres du culte y sont des fonctionnaires et l'enseignement religieux fait partie des programmes scolaires. Si le choix religieux, d'ordre privé, déborde sur l'espace public, il peut alors concerner l'Etat.

Ainsi, depuis 1989, les affaires dites du " foulard islamique" ont posé la question en France, du port par les élèves, de signes d'appartenance religieuse. Et depuis les avis rendus par le Conseil d'Etat des 27 novembre 1989 et 02 novembre 1992 (prônant des solutions cas par cas), la loi du 15 mars 2004 encadrant le port des signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics a tranché la question et a mis un terme en interdisant strictement le port des signes distinctifs.

Quoi qu'il en soit, et ce qu'il convient de retenir, c'est que dans la relation entre religion et politique, la religion de chacun, en principe, s'il relève strictement de la sphère privée ; en pratique, les églises sans intervenir directement dans la politique et sans prendre parti dans les choix électoraux de leurs membres, expriment sur certains sujets des orientations sociales et politiques. Le catholicisme apparait ainsi assez européen, tout comme l'Islam et le Protestantisme en Afrique, etc,  soucieux de limiter le développement d'une société à plusieurs vitesses, soucieux aussi de favoriser le bien être de ses membres, ses dirigeants non seulement luttent et combattent non seulement des attitudes exclusionnistes mais ainsi prennent parfois des positions qui sont d'ordre politiques.
                       
Pr. Danho Pierre 

Références

-Bayart J.F religions et modernité politique en Afrique noire -Dieu pour tous et chacun pour soi, Paris, Karthala, 1993.

-Dorier-Apprill. E, les échelles de pluralisme religieux en Afrique subsaharienne, l'information géographique, 2006/4 vol. 70 p.

-Dorier-Apprill. E, les enjeux socio-politiques du foisonnement Religieux à Brazzaville, politique Africaine, n° 64, déc. 1996.

-Citoyenneté et la vie démocratique, la documentation Française, octobre 2005.

-Dictionnaire de la vie politique sociale sous la direction de Dominique Chagnolland, Hatier, 1993.

-Ignace N'Donga Maduku, religion et politique en Afrique, Université de Montréal, groupe de théologies Africaines subsaharienne, doc. non datés.

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