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Air Force One : Boeing va recycler deux 747 destinés à la Russie

Mercredi, 2 août, 2017
© Sercom APRnews Photo Boeing va recycler deux 747 destinés à la Russie

Le Point- Après la polémique sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016, Moscou fait encore parler d'elle à la Maison-Blanche, mais dans un autre dossier. Les deux futurs avions Air Force One, utilisés par le président et ses équipes pour les déplacements officiels, pourraient être construits à partir de deux Boeing 747-8 initialement destinés à une compagnie russe, qui a fait faillite. L'opération, peu intéressante, permettrait tout de même à Donald Trump de sauver la face, après ses déclarations virulentes contre ce programme estimé à 3 ou 4 milliards de dollars. « Boeing construit un Air Force One 747 tout neuf pour les futurs présidents, mais les coûts s'envolent, plus de quatre milliards de dollars. Annulez la commande ! » avait lancé Donald Trump au moment de son élection, via son compte Twitter.

Transaero, ex-numéro deux du ciel russe derrière Aeroflot, a mis la clé sous la porte en 2015, et n'a jamais pris livraison des deux jumbo jets commandés en 2013 à Boeing. Les appareils ont cependant été assemblés, et sont aujourd'hui stockés dans le désert de Mojave en Californie, dans des conditions climatiques favorables à leur préservation. Selon des fuites relayées par la presse américaine, ils pourraient être vendus à l'US Air Force et transformés en avions présidentiels, pour un coût moindre que les quatre milliards de dollars initialement évoqués lorsque la construction d'avions neufs était à l'ordre du jour.

Des avions très spéciaux

Le prix catalogue d'un Boeing 747-8, la version la plus moderne avec un rayon d'action étendu et une motorisation mise à jour, est de 389 millions de dollars (mais les compagnies paient moins que le prix catalogue). Les 3 à 4 milliards de dollars peuvent donc paraître exagérés pour seulement deux avions, mais il ne faut pas oublier que ces appareils présidentiels ne ressemblent en rien aux avions de ligne des compagnies aériennes. Ils sont dotés d'équipements d'autoprotection très onéreux, car développés spécialement pour ces appareils. Ils disposent ainsi de leurres antimissiles, de systèmes d'isolation contre les menaces NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique) et de brouilleurs. Pour les télécommunications, de nombreux équipements doivent aussi être installés, pour assurer le chiffrement des échanges et donc l'intégrité et la confidentialité des ordres présidentiels, y compris pour les ordres de frappes nucléaires.

De plus, un système de ravitaillement en vol doit être installé, puisque l'avion est un chaînon essentiel de la sécurité du président, et doit pouvoir rester en vol sans interruption lorsqu'une menace existe. Enfin, et ce n'est pas négligeable, l'aménagement intérieur est beaucoup plus luxueux que celui des long-courriers classiques, avec chambres, salles de bains et salles de réunion.

Une facture pas vraiment allégée

Le coût de tous ces équipements est incompressible, et de grosses modifications devront être entreprises sur les avions déjà assemblés, alors qu'elles auraient été implémentées dès le départ sur des avions neufs. La réduction de coût pourrait donc être très limitée pour le Pentagone... Un analyste interrogé par Defense News estime à 10 ou 15 % « au maximum » la baisse du prix. Tout cela pour acheter des appareils qui ont dormi deux ans dans le désert, et qui devront donc être retirés du service un peu plus tôt que des appareils neufs.

« Nous sommes encore en train de discuter pour parvenir à un accord concernant la vente de deux 747-8 à l'US Air Force. Cette transaction se focalise sur le fait de fournir [un avion de] grande valeur à l'US Air Force et de proposer un bon prix pour le contribuable », a simplement précisé une porte-parole de Boeing, interrogée par l'AFP. « Nous sommes dans la phase finale de l'achat [...] et devrions conclure ce contrat bientôt », a indiqué pour sa part l'US Air Force, qui opère la flotte d'avions présidentiels (les hélicoptères de la Maison-Blanche étant opérés par le corps des Marines, d'où leur indicatif « Marine One » lorsque le président est à bord).

Les sources citées dans les médias américains précisent que les 747 de Transaero n'ont jamais été remis aux Russes, et qu'il n'est donc pas possible qu'ils aient pu installer des mouchards ou altérer la sécurité des appareils.

Le Boeing 747, développé dans les années 60 et en service depuis près d'un demi-siècle, est progressivement abandonné par les compagnies aériennes. Les derniers 747 d'Air France ont par exemple été retirés du service en janvier 2016.

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